Bruxelles, 05/07/2000 (Agence Europe) - La décision du gouvernement autrichien d'organiser un référendum sur les sanctions des Quatorze (les autres Etats membres) à l'égard de l'Autriche (voir EUROPE d'hier, p. 4) a suscité des réactions qui s'efforcent (à quelques exceptions près) d'être modérées, mais qui sont quant au fond négatives et préoccupées. Les préoccupations résultent surtout du fait que la question qui sera posée aux citoyens demande en pratique si, à leur avis, le gouvernement de Vienne doit utiliser tous les moyens, y compris le blocage de la réforme institutionnelle de l'UE, pour obtenir la levée des sanctions.
Le porte-parole de la Commission européenne a déclaré que celle-ci regrette la décision d'organiser le référendum, car elle estime qu'une telle initiative ne résout pas les problèmes; mais elle respecte la décision souveraine prise à Vienne. Si, à la suite du référendum, le résultat était un blocage de la réforme et des décisions de l'UE en général, il y aurait évidemment des répercussions. La Commission poursuivra la politique suivie jusqu'à présent, c'est-à-dire obtenir que la machine communautaire fonctionne et que le mécanisme des décisions reste aussi efficace que possible. Elle est convaincue que qui bloque le mécanisme décisionnel, a davantage à perdre qu'à gagner, car les décisions qui l'intéressent sont aussi bloquées. Le commissaire européen de nationalité autrichienne, M.Fischler, a observé qu'il n'existe aucune raison pour que les autorités autrichiennes s'en prennent à la Commission car elle a maintenu des relations de travail normales avec Vienne et veille à ce que les droits autrichiens soient respectés.
M.Fischler a rappelé que le chancelier Schüssel rencontrera la Commission européenne, à Bruxelles, la semaine prochaine; ce sera l'occasion pour une franche explication.
A Vienne, le chancelier s'est limité à confirmer qu'il attend le rapport des "trois sages" tout de suite après l'été, et une décision des Quatorze avant le sommet de Biarritz; dans le cas contraire, la consultation populaire se déroulerait à la fin octobre ou en novembre.
La décision du chancelier autrichien a suscité des réactions négatives dans certains groupes politiques au Parlement européen. Patrick Cox, président du groupe libéral, a affirmé lors d'une conférence de presse que la "menace implicite" d'un éventuel blocage des décisions est une "évolution indésirable" et serait un "processus inacceptable" si elle devait se concrétiser. Ce n'est pas, pour l'Autriche, la meilleure façon de se faire des amis, a dit M.Cox, en ajoutant: "M.Haider est peut être hors du gouvernement, mais il n'est pas hors de vue". En suivant les désirs de quelqu'un qui n'est pas au gouvernement, le chancelier risque de compliquer la question à un moment où il faudrait plutôt essayer de ne pas faire "augmenter la température".
Cette décision risque, affirme à son tour l'élu vert autrichien Johannes Voggenhuber, de créer une "rupture culturelle" avec l'Europe, avec des conséquences pour toute une jeune génération d'Autrichiens . Par cette décision le chancelier montre enfin qui est celui qui a son mot à dire au sein de la coalition: Jörg Haider, qui, pour des raisons de politique de parti, a un intérêt "véhément" dans l'organisation de ce réferendum.