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Bulletin Quotidien Europe N° 7684
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/sommet de lisbonne

Pour Antonio Guterres, la "stratégie de Lisbonne" et le rôle reconnu au Conseil européen en matière économique et sociale signifient la "primauté de la politique" sur l'économie - La Commission aura un "rôle central" dans ce nouveau processus

Lisbonne, 24/03/2000 (Agence Europe) - Pour quelqu'un qui, comme moi, "vit avec une énorme intensité le projet politique européen, ce jour est un jour d'une très profonde satisfaction", car le sommet de Lisbonne a "dépassé nos meilleures expectatives", a dit à la presse le président du Conseil européen Antonio Guterres à l'issue du sommet extraordinaire des 23 et 24 mars consacré à l'emploi, la réforme économique et la cohésion sociale. L'UE sort de Lisbonne avec "une stratégie claire, une détermination politique ferme et une méthode de coordination efficace" qui lui permettra, dans une décennie, de devenir l'économie la plus compétitive et dynamique du monde, une économie fondée sur la connaissance et capable de maintenir une croissance soutenue, avec davantage d'emplois et une plus grande cohésion sociale. La stratégie convenue à Lisbonne est "doublement gagnante", car elle respecte l'équilibre entre l'économie et le social, la compétitivité et la cohésion. Nous sommes convaincus que l'application des mesures convenues aujourd'hui nous permettra d'avoir dans les années à venir une croissance moyenne d'environ 3%, a dit M. Guterres.

M. Guterres a cité ensuite parmi les résultats essentiels la décision du Conseil européen de "prendre en main la responsabilité de déterminer les priorités stratégiques de la politique économique et sociale de l'Union, en étroite coopération avec la Commission et en se fondant sur des indicateurs quantitatifs et qualitatifs". Chaque printemps, le Conseil européen tiendra une session à cet effet. C'est une "attitude tout à fait nouvelle", qui affirme "la primauté de la politique sur l'économie". Ce rôle du Conseil européen sera "éminemment politique et stratégique", et il permettra une "articulation entre des politiques nationales autour d'objectifs européens, pour le bien des citoyens", a souligné M. Guterres, qui a dit et répété que la Commission européenne jouera dans ce processus un « rôle moteur qui la placera au centre de la vie communautaire", et que cette nouvelle méthode obligera les différentes formations du Conseil à un travail permanent.

La nouvelle "méthode de coordination ouverte" est "une véritable révolution dans nos méthodes de travail", selon le Premier ministre portugais, qui a souligné que les chefs d'Etat et de gouvernement ont réussi, à Lisbonne, à s'entendre sur une série de mesures concrètes, d'objectifs précis qui concernent la vie quotidienne des Européens, qu'il s'agisse de l'accès pour tous à la nouvelle société de la connaissance, de la formation tout le long de la vie, du taux d'emploi. M. Guterres conteste que les conclusions du sommet soient un peu déséquilibrées au détriment du volet social. "Tout ce sommet était empreint d'une profonde préoccupation sociale", a-t-il dit, et parmi les résultats profondément significatifs" sur ce plan social, il a cité l'objectif de porter le taux d'emploi moyen dans l'UE (qui est aujourd'hui de 61%) à un niveau aussi proche que possible de 70% d'ici à 2010, et de faire en sorte que la proportion de femmes actives (actuellement 51% en moyenne) dépasse, à la même date, 60%. Pour la première fois depuis des années, nous indiquons le plein emploi comme un objectif central, a noté M. Guterres.

Quant aux conclusions du sommet concernant la libéralisation des marchés de l'énergie et des transports (qui, contrairement à ce qu'auraient espéré certains Etats membres, ne comportent pas d'échéance), M. Guterres a expliqué que, pour bénéficier de la "nouvelle économie", l'UE a besoin de libéraliser deux secteurs décisifs: les communications et les services financiers. Sur ces deux aspects, nous avons des dates, et nous continuerons le travail sur les autres secteurs, a-t-il indiqué.

Selon M. Prodi, ce sommet représente "un tournant"

Le président de la Commission européenne Romano Prodi, -qui participait à la conférence de presse finale à côté du président du Conseil Affaires générales Jaime Gama et du Secrétaire général du Conseil de l'UE/Haut Représentant pour la Pesc Javier Solana- a salué la manière dont Antonio Guterres avait dirigé ce sommet "opérationnel, concret", qui représente "vraiment un tournant". Les mesures permettant de mettre les "nouveaux instruments" technologiques à la portée de tous et "tout de suite, dans tous les pays", pour les jeunes, sont fondamentales, comme celles sur la libre circulation des chercheurs (nous y avons ajouté aussi la libre circulation des enseignants, a-t-il souligné), et celles sur la libéralisation des services publics, étant donné que les "sensibilités" des Etats membres à ce sujet sont très différentes. "Je ne voudrais pas qu'on sous-estime le mandat donné à la Commission concernant la soutenabilité des systèmes de retraites", a remarqué par ailleurs M. Prodi. L'"important rendez-vous du printemps" donné à l'avenir au Conseil européen signifie un "changement radical" de notre manière de travailler, selon M. Prodi.

Par ailleurs, il s'est félicité des résultats obtenus par le Conseil en ce qui concerne les Balkans (voir la page 6), en constatant que l'UE démontre ainsi son engagement de "donner un destin politique et économique à cette région", notamment en libéralisant unilatéralement les échanges. M. Prodi a aussi tenu à souligner que, à Lisbonne, l'UE a pris un "engagement politique fort pour la reprise de la navigation sur le Danube".

Pour Tony Blair, le sommet marque la fin du modèle social des années 80 et
le passage à une politique active de l'emploi

"Ce sommet qui marque un tournant dans la pensée économique européenne", qui s'oriente davantage vers les réformes structurelles et la modernisation du modèle social européen, a estimé le premier ministre britannique Tony Blair. Abandonnant l'agenda social des années 80, le Sommet marque le passage d'une politique de préservation des droits des employés à une politique active de l'emploi. Le "rôle des gouvernements va changer, ils s'occuperont moins de protection et davantage de l'investissement dans l'éducation et la formation". Le premier ministre britannique a souligné que les performances des Etats membres en matière d'emploi seront comparées avec celles des pays les plus avancés, "où que ce soit dans le monde", et pas seulement dans l'UE, montrant ainsi que "nous n'avons pas une vision insulaire de l'UE".

Détaillant le calendrier défini à Lisbonne, Tony Blair a insisté en particulier sur l'accélération de la libéralisation des secteurs de l'énergie et des transports, mais sans dates, la France s'étant opposée à la fixation d'une échéance dans ce domaine relevant, selon elle, d'autres forums. Tony Blair a toutefois minimisé ce différend avec la France, en soulignant qu'il s'agissait "du Sommet le moins controversé" auquel il ait assisté, en raison de son excellente préparation. Pour le premier ministre britannique, l'objectif de créer 20 millions d'emploi d'ici 10 ans est réaliste car "il existe des postes à combler, le problème est que les gens ne sont pas formés pour les remplir".

Pour la France, le sommet a reconnu "le modèle social européen"

Pour le président français Jacques Chirac, deux conclusions peuvent être tirées du Sommet. D'une part, "le modèle social européen a été reconnu par tous, même si il existe des differences entre nous". D'autre part, "le message est que le développement passe par la croissance et l'emploi et que l'innovation est au coeur de nos stratégies". Et il a ajouté: "pour la première fois, les Quinze ont compris que dans le cadre de notre propre culture, le progrès social pouvait être le moteur du développement économique". A son avis, l'objectif de croissance de 3% inscrit dans les conclusions du Conseil "n'est pas un voeu pieux, mais un objectif mobilisateur".

Le premier ministre Lionel Jospin s'est félicité des résultats de la "persévérance française" pour inclure l'objectif de croissance dans les textes. Le président et le premier ministre français se sont également félicités de la référence à "l'agenda social européen" dans les conclusions, en espérant qu'il puisse être adopté lors du Sommet de Nice pendant la Présidence française de l'UE. Lionel Jospin a indiqué que la Commission avait été chargée d'étudier la question.

A propos du différend avec le Royaume-Uni concernant certaines libéralisations, le premier ministre français a estimé que l'on ne peut pas mettre sur le même plan la libéralisation des télécommunications, secteur où la mobilité et la rapidité sont indispensables, et l'énergie ou les transports où "le rythme de déplacement est sans commune mesure". "La France est pour une libéralisation ordonnée des échanges mais aussi pour que l'on tienne compte de la diversité des secteurs et des conditions sociales dans lesquels ils se trouvent", a remarqué Lionel Jospin en appelant au pragmatisme et à poursuivre les discussions dans les Conseils sectoriels ad hoc. Il a toutefois reconnu que le secteur public ne peut pas rester en dehors de la modernisation

Interrogé sur la question autrichienne, Jacques Chirac s'est dit "frappé par l'unité des 14" ajoutant que "personne n'a cherché à remettre en cause les mesures adoptées le 31 janvier". Si l'Autriche a indiscutablement, au sein de l'UE, une égalité de droits, elle a également une égalité de devoirs.

Pour l'Espagne, l'UE est désormais prête à rivaliser avec les Etats-Unis

Le premier ministre espagnol José Maria Aznar s'est déclaré très satisfait des résultats du Sommet. Il ne s'agit pas d'une "mode du libéralisme" qui commence, comme le croient certains, mais d'un progrès qui s'engage. Pour lui, "nous sommes sur la bonne voie pour rivaliser avec les Etats-Unis et atteindre le plein emploi", et il compte appliquer en Espagne les mesures qui ont été préconisées ici. Bien qu'il ne s'agisse pas des mêmes échéances que celles proposées par le gouvernement espagnol, José Maria Aznar s'est félicité du calendrier et des objectifs fixés. Interrogé sur l'annulation du congrès du PPE à cause du problème autrichien, le premier ministre espagnol a espéré que la réunion pourra avoir lieu avant le Sommet de Feira.

L'Italie demande une marge de manœuvre régionale

Le premier ministre italien Massimo D'Alema a plaidé pour davantage de flexibilité dans le processus de réformes économiques car un tel processus doit tenir compte des profondes différences, en termes d'emploi et de marché du travail, qui existent dans certains Etats membres d'une région à l'autre. Selon lui, il n'est "pas raisonnable que les règles communautaires imposent les mêmes politiques fiscales dans des régions ayant des taux de chômage aussi différents que le Nord et le Sud de l'Italie". Devant la presse, le ministre des Affaires étrangères Lamberto Dini a dit à ce sujet que l'Union européenne devrait permettre la mise en oeuvre dans les Etats membres de politiques "diversifiées", par exemple en matière fiscale, afin de permettre à certaines régions d'atteindre les objectifs qu'elle s'est elle-même fixés. M. Dini a rappelé par exemple que, à l'époque où existait la Cassa del Mezzogiorno, des exemptions fiscales étaient possibles pour une certaine période afin d'encourager la création d'entreprises ; aujourd'hui, "ceci n'est plus permis" par les règles de l'UE, a-t-il dit.

M. Schüssel s'est dit prêt à faire preuve de "patience et ténacité" mais n'a constaté aucune percée

Dans sa conférence de presse, le chancelier Schüssel a constaté que ce sommet avait été pour lui la première occasion d'avoir un dialogue à Quinze, mais qu'il n'avait apporté aucune "percée" sur l'affaire autrichienne. Il faut savoir faire preuve de "patience et de ténacité", et nous sommes prêts à le faire, a-t-il dit, en ajoutant qu'il faut aussi maintenir la plus grande transparence possible et répondre à toutes les questions que pourront poser les partenaires de l'Autriche: "nous n'avons rien à cacher", s'est-il exclamé. M. Schüssel a déploré les mesures prises au-delà des sanctions décidées le 31 janvier par les Quatorze, en indiquant que les victimes de ces mesures ont été en particulier des échanges culturels et des jeunes, et il a constaté avec satisfaction que M. Guterres avait pris ses distances par rapport à ces réactions excessives. Personne ne devrait croire qu'on peut "faire tomber un gouvernement de l'extérieur".

EUROPE rendra compte dans son prochain bulletin d'autres réactions de chefs de gouvernement et de la présidente du Parlement européen.

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