Les ministres des Finances des pays de la zone euro, les banquiers centraux, la Commission européenne et le Mécanisme européen de stabilité (MES) ont affiché, vendredi 22 mai à Nicosie, la même volonté de limiter les mesures de soutien à l’économie à des dispositifs ciblés et temporaires afin de répondre au choc inflationniste provoqué par la flambée des prix énergétiques consécutive au blocage du détroit d’Ormuz.
« Alors que la crise persiste, l’Europe doit maintenir un équilibre difficile, mais nécessaire. D’une part, il est crucial de protéger la stabilité budgétaire ; d’autre part, nous ne pouvons ignorer les fortes pressions auxquelles sont confrontés les ménages, les entreprises et les économies européennes. Ce qu’il faut, c’est de l’adaptabilité et des interventions collectives soigneusement conçues afin de soutenir l’économie sans compromettre la stabilité à long terme », a déclaré le président de l'Eurogroupe, Kiriakos Pierrakakis, vendredi midi, lors d'une conférence de presse organisée à l'issue d'une réunion informelle.
Gouverner « sans contredire la politique monétaire ». Dans le prolongement des conclusions générales arrêtées en début de semaine par les ministres des Finances des pays du 'G7' (EUROPE 13870/1), la présidente de la BCE, Christine Lagarde, le commissaire européen à l'Économie, Valdis Dombrovskis, le directeur général du MES, Pierre Gramegna, et M. Pierrakakis ont tous privilégié des mesures « temporaires, ciblées et adaptées » ('temporary, targeted and tailored').
« Toute déviation par rapport à ces trois principes serait en réalité dommageable et conduirait, en conséquence, à une orientation différente de la politique monétaire », a averti Mme Lagarde.
Interrogés sur la demande italienne d'étendre aux dépenses pour la transition énergétique l'application d'une clause de flexibilité du Pacte de stabilité et de croissance, tant M. Pierrakakis que M. Dombrovskis ont préconisé le respect du cadre budgétaire européen.
« Certains pays souhaitent appliquer strictement les règles existantes, tandis que d’autres sont plus favorables à une certaine flexibilité. Mais tout le monde s’accorde sur le fait que les mesures ne doivent pas être contre-productives », a déclaré le Président de l'Eurogroupe.
Et d'ajouter : « Nous comprenons tous que nous disposons d’un cadre budgétaire solide qui fonctionne. Notre objectif est donc d’apporter une réponse aussi précise et efficace que possible à la crise, sans contredire la politique monétaire ».
Perspectives de la BCE. Alors que le Conseil des gouverneurs de la BCE pourrait décider de remonter ses taux directeurs lors de sa prochaine réunion, le 11 juin prochain (EUROPE 13861/19), la présidente de la BCE a réitéré vendredi que l'institut monétaire poursuivait une approche fondée sur les données, en étudiant particulièrement les effets de second tour et l’ancrage des anticipations d’inflation.
« Nous observons aussi attentivement les réserves disponibles, notamment de pétrole, et la capacité à répondre à la demande sans créer de pénuries », a déclaré Mme Lagarde.
Logement abordable. Durant leur réunion, vendredi matin, les ministres des Finances des pays de la zone euro ont également échangé sur l'accessibilité du logement, enjeu sociétal qui s'invite progressivement dans l'agenda de compétitivité de l'Union.
« Nous avons écouté avec intérêt l’expérience des pays qui ont traité efficacement certains aspects du problème, et en même temps, il y avait une compréhension commune qu’il n’existe pas de solution unique applicable uniformément partout. Les particularités nationales exigent souvent des approches politiques différentes », a indiqué le président de l'Eurogroupe.
Euro numérique. Par ailleurs, les ministres ont fait le point avec la présidente de la commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du PE, Aurore Lalucq (S&D, française), sur l'état d'avancement des travaux législatifs. M. Pierrakakis a évoqué de « bonnes discussions ».
« Nous devons maintenant maintenir cette dynamique positive afin de conclure les négociations interinstitutionnelles d’ici la fin de l’année », a-t-il déclaré. (Bernard Denuit)