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Bulletin Quotidien Europe N° 12708

29 avril 2021
ACTION EXTÉRIEURE / Interview macÉdoine du nord
Le président Pendarovski estime que l’UE doit être plus présente dans les Balkans occidentaux
Bruxelles, 28/04/2021 (Agence Europe)

À l’occasion de sa visite à Bruxelles, mardi 27 et mercredi 28 avril, pour s’entretenir notamment avec le président du Conseil européen, Charles Michel, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, et le commissaire à l’Élargissement, Olivér Várhelyi, le président de la République de Macédoine du Nord, Stevo Pendarovski, a accordé une interview à EUROPE.

L’occasion de faire le point sur les négociations d’adhésion à l’UE de son pays, les influences étrangères dans les Balkans occidentaux ou encore un possible redécoupage des frontières dans la région. (propos recueillis par Camille-Cerise Gessant)

Agence Europe - Le processus de négociation de la Macédoine du Nord est bloqué en raison d'un conflit bilatéral avec la Bulgarie (EUROPE B12618A2). Pensez-vous qu'il sera possible d'avoir une percée prochainement ?

Stevo Pendarovski - Nous sommes prêts, même aujourd'hui, à relancer ces négociations avec la Bulgarie. Mais malheureusement, après les élections en Bulgarie, c'est toujours impossible, parce que le scrutin n’a pas désigné de gagnant clair qui pourrait former le gouvernement.

Nous attendons que la partie bulgare identifie qui va parler en son nom, nous aimerions que cela se fasse le plus rapidement possible.

J'ai également proposé à Charles Michel et au commissaire Olivér Várhelyi d'opter pour une sorte de membres associés à la commission (bilatérale entre la Macédoine du Nord et la Bulgarie) ou des personnes de l'Union européenne, peut-être des experts en histoire, des historiens, pour lesquels on pourrait s'entendre sur les noms des deux côtés.

Parce que le travail de la commission est gelé et il serait certainement utile que nous nous adjoignions quelqu'un de neutre. Sinon, si on parle seuls, les Bulgares utiliseront et abuseront de leur position au sein de l'Union européenne et nous serons en dehors parce qu'ils ont plus de poids. Et ce n'est certainement pas un terrain de jeu égal. 

La Présidence portugaise du Conseil souhaiterait que la première conférence intergouvernementale ait lieu avant la fin de sa Présidence, fin juin (EUROPE B12631A15). Vous pensez que cela ne sera pas possible ?

Notre ambassadeur parle presque quotidiennement avec la Présidence portugaise. Elle est en train de préparer une sorte de matériel pour une éventuelle percée, elle met quelques idées sur papier. Nous n'avons encore rien vu, car elle attend le partenaire du côté bulgare, après les élections. Elle nous dit qu’elle était prête à tester au moins certaines idées, qui pourraient être utiles.

Certains États membres souhaiteraient découpler les processus de l'Albanie et de la Macédoine du Nord (EUROPE B12596A16). Que pensez-vous de cette idée ?

L'intégration européenne est un objectif fondé sur le mérite. Si vous êtes à la hauteur et si l'Union européenne juge que vous êtes à la hauteur, vous entrerez dans l'Union. Nous ne sommes pas jugés collectivement.

Si l'Albanie était à la hauteur après les élections et si, en raison de l'opposition bulgare, nous n'étions pas en mesure de parvenir à un compromis, il est certain que personne de raisonnable ne dirait "oh, vous devriez attendre que la Macédoine du Nord et la Bulgarie résolvent ce différend pour obtenir des mesures supplémentaires pendant des mois et des années".

J'espère que le découplage est une question qui n'est pas sur la table pour le moment. Il ne le sera peut-être pas dans les prochains mois, mais si cela traine avec la Bulgarie pendant des années, ce sera une question tout à fait légitime.

Vos citoyens souhaitent-ils toujours que la Macédoine du Nord devienne membre de l'UE ?

Cela devient légèrement, mais lentement et progressivement le problème, car, surtout l'année dernière avec cette pandémie, toute la région a été l'objet d'une influence de pays extra-régionaux.

Et si vous partez, si vous n'êtes pas présent en quantité suffisante, alors un autre prend votre place. L'année dernière, en particulier, nous avons assisté à des tentatives de pays tiers, de pays extérieurs à la région, dont l'agenda n'est pas si compatible avec celui de l'Europe de pénétrer dans la région et de diffuser leurs idées.

Les citoyens ne voient pas assez l'Europe. Certains d'entre eux, qui ne représentent pas encore une grande partie de la population, mais une petite partie, commencent à regarder dans d'autres directions.

Donc, pour vous, l'UE ne vous a pas assez aidés dans le contexte de la crise de la Covid-19 ?

Je ne voudrais pas critiquer trop sévèrement l'Union européenne, mais je ne fais que confirmer ce simple fait. Il est vrai que l'année dernière, l'UE n'a pas été aussi présente qu'avant le début de la pandémie.

À cause de la pandémie, tout le monde a commencé à ne s'occuper que de ses propres citoyens, ce qui est bien sûr la première tâche de chaque dirigeant national, mais d'autres pays en dehors de l'intégration euro-atlantique ont été beaucoup plus présents dans les Balkans occidentaux.

L'année dernière, nous avons été le sujet ou l'objet d’une abondante campagne de désinformation politique selon laquelle "les Européens ne tiennent pas parole, l'Union européenne ne résout que lentement ce problème, la cohésion au sein de l'Alliance occidentale n'est pas au niveau qu'elle avait auparavant. Alors, pourquoi ne pas chercher des alternatives ?"

Je ne peux pas évoquer un tel niveau de propagande contre les valeurs occidentales au cours des dix ou quinze dernières années, cela n'est probablement jamais arrivé avant. Et nous ne sommes pas aussi résistants à ce type de menaces hybrides que les démocraties plus matures.

Que devrait faire l'UE pour être plus présente ?

Être plus présente, tout simplement. C'est un bon signe que le commissaire à l'Élargissement soit physiquement présent, la semaine prochaine, dans les six capitales des Balkans occidentaux, quand les premières doses de vaccins du Fonds de solidarité de l'UE seront distribuées.

J'ai également dit à Charles Michel qu’il faudrait nous inclure davantage dans la Conférence sur l'avenir de l'Europe. Il ne suffit pas de dire "nous avons ouvert un site web et vous pouvez transmettre vos messages". Je lui ai demandé d'inviter non pas des politiciens de la région, mais des citoyens. Un exemple : avec les échanges Erasmus, nous avons des milliers de jeunes partout dans l'UE qui apprennent de première main les valeurs européennes. Ce n'est pas un tabou pour les jeunes. Il faut multiplier cela, l’élever à un autre niveau.

Il y a quelques jours, un document officieux émanant prétendument du Premier ministre slovène a été révélé, selon lequel il serait possible de modifier les frontières de votre région. Que pensez-vous de cette idée ?

Il y a deux ans, j'ai été le premier homme politique de la région à dire publiquement - et cela a été critiqué par certains dirigeants régionaux -, que changer les frontières signifiait la guerre et une guerre sanglante.

Même les tentatives de modification des frontières les plus légères, de quelques mètres, ne sont pas possibles, car les blessures de la dernière série de guerres balkaniques des années 1990 sont toujours présentes.

C'est une idée très anachronique pour le 21e siècle. Ce que nous devons faire, c'est dire publiquement et à voix haute que ces idées ne seront jamais discutées. Elles n'appartiennent tout simplement pas au discours européen, aux valeurs européennes.

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