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Bulletin Quotidien Europe N° 13925
ACTION EXTÉRIEURE / Islande

Les électeurs islandais appelés à se prononcer samedi 29 août sur la reprise des négociations d’adhésion avec l’UE

Appelés aux urnes samedi 29 août, les Islandais devront trancher par référendum une question qui divise la classe politique locale : « Faut-il rouvrir les négociations d’adhésion avec l’Union européenne ? » Le scrutin découle de l’accord de coalition conclu en 2024, lors de la formation du gouvernement de la Première ministre, Kristrún Frostadóttir, issue du parti Alliance sociale-démocrate, qui prévoyait l’organisation d’un vote avant 2027.

À quelques jours du scrutin, le camp du 'oui' dispose d’une très légère avance dans les sondages. Il recueille 51,3% des intentions de vote, selon la dernière étude d’opinion réalisée par l’institut Maskína et publiée mercredi 26 août par le journal Vísir.

Ce n’est pas la première fois que Reykjavik envisage de rejoindre l’Union européenne. L’Islande avait déjà engagé des négociations d’adhésion entre juillet 2010 (EUROPE 10188/3) et mai 2013. Les discussions avaient atteint un stade avancé, avec 27 chapitres ouverts sur 33 et 11 provisoirement clôturés, sans toutefois aborder les dossiers les plus sensibles.

L’arrivée au pouvoir d’une coalition dominée par le Parti de l’Indépendance et le Parti du progrès, deux formations opposées à l’adhésion, avait conduit à la suspension des discussions, avant le retrait unilatéral de la candidature en 2015 (EUROPE 11274/17).

Les partisans du 'oui' mettent en avant les bénéfices économiques de l’adhésion. Les enjeux économiques d’une éventuelle adhésion à l’UE ont largement dominé la campagne. Membre de l’espace Schengen de libre circulation des personnes, participant au marché unique européen et appliquant déjà une large partie de l’acquis communautaire, l’Islande est déjà étroitement intégrée à l’Union.

Pour les partisans du 'oui', l’adhésion n’est qu’un aboutissement logique et inévitable. « Nous sommes déjà à 75% dans l’UE », résumait la Première ministre début août.

Un constat partagé par la commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, qui, cette semaine à Zagreb, avait estimé possible de « finaliser les négociations d’adhésion d’ici un à deux ans ».

Le camp du 'oui' met notamment en avant les bénéfices qu’apporterait une adhésion, à commencer par la perspective, à terme, d’abandonner la monnaie nationale. Selon ses partisans, l’adoption de l’euro permettrait de réduire la vulnérabilité d’une économie très exposée aux chocs extérieurs. L’écart avec la zone euro nourrit cet argumentaire ; en juillet, l’inflation atteignait 5,3 % en Islande, contre 2,9 % dans la zone euro.

« Tous les pays qui ont adopté l’euro ont vu leurs taux d’intérêt baisser. Abandonner la couronne rendrait inévitablement notre marché plus compétitif et plus stable », a affirmé la députée sociale-démocrate Ása Berglind Hjálmarsdóttir

En août, la Banque centrale islandaise a relevé son principal taux directeur de 25 points de base, à 8%.

La pêche, une ligne rouge infranchissable. Le camp du 'non', soutenu par les principales organisations patronales, insiste sur la préservation de la souveraineté du pays et le contrôle exclusif de ses ressources naturelles.

« Compte tenu du niveau élevé de notre PIB, nous serions contributeurs nets au budget européen. Un coût qui n’en vaut pas la peine », a affirmé Bjarni Benediktsson, ancien Premier ministre, membre du Parti de l’Indépendance et actuel directeur général de la Confédération des entreprises islandaises.

D’après un sondage Gallup réalisé auprès des 1 800 entreprises membres de la confédération, 66% d’entre elles se disent opposées à une adhésion à l’Union européenne.

La pêche concentre une grande partie des crispations. Véritable colonne vertébrale de l’économie islandaise, ce secteur particulièrement lucratif a représenté environ 40% des exportations du pays entre juillet 2025 et juillet 2026. Par ailleurs, l’Islande reste l’un des poids lourds mondiaux du secteur, avec près d’un million de tonnes de captures en 2024, soit environ 1,2% des prises halieutiques mondiales.

« La maîtrise pleine et entière de nos ressources naturelles est une ligne rouge absolue », a prévenu Heiðrún Marteinsdóttir, directrice générale de Fisheries Iceland, organisation qui représente les principaux acteurs du secteur.

Parmi les principales inquiétudes figurent la levée des restrictions sur les investissements étrangers, le risque de voir des entreprises de pêche locales passer sous contrôle étranger, mais aussi la répartition des quotas et, plus largement, les règles encadrant l’activité.

« Nous voulons que ces décisions soient prises en fonction des intérêts islandais, et non à Bruxelles », a insisté Mme Marteinsdóttir.

La déclaration récente du commissaire européen à la Pêche, Costas Kadis, selon laquelle « un traité d’adhésion peut prévoir certaines dérogations aux règles applicables à un nouvel État membre », n’a pas vraiment rassuré le secteur. « Il faut rester réaliste, l’UE n’a jamais accordé de véritable exemption à l’une de ses politiques communes dans un traité d’adhésion. Obtenir une dérogation complète à la politique commune de la pêche nous paraît totalement irréaliste », a poursuivi Heiðrún Marteinsdóttir. (Louis Dubar et Victor di Bartolo)

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