login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12082
Sommaire Publication complète Par article 19 / 19
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1227

***    NATHALIE BRACK : Opposing Europe in the European Parliament. Rebels and Radicals in the Chamber. Palgrave Macmillan (Springer Nature, P.O. Box 105280, D-69042 Heidelberg. Tél. : (49-6221) 345-4301 – Courriel : customerservice@springer.com – Internet : http://www.springernature.com ). Collection « Palgrave Studies in European Union Politics ». 2018, 213 p., 20 €. ISBN 978-1-137-60199-5.

Le paradoxe veut que, longtemps, la voix des eurosceptiques se soit faite essentiellement entendre au sein de l’assemblée de l’entité qu’ils réprouvent. C’est moins vrai désormais puisque rares sont les parlements des Etats membres de l’Union européenne qui ne comptent plus des élus populistes, nationalistes et extrémistes déterminés à s’en prendre à ‘l’Europe de Bruxelles’. Il n’en demeure pas moins que la présence de députés européens hostiles à l’Union et leurs activités au sein des hémicycles européens méritaient depuis longtemps d’être étudiés de plus près. C’est chose faire grâce à la politologue Nathalie Brack qui y a consacré sa thèse de doctorat, reprise dans ces pages.

Ce travail a reçu en 2015 le Prix Xavier Mabille de « meilleure thèse en science politique ». La lecture de l’ouvrage témoigne de la pertinence de ce choix dans la mesure où l’auteure y montre et y explique avec grandes clarté et précision la manière dont les eurosceptiques, une fois élus au Parlement européen, conçoivent et exercent leur mandat. Plus spécifiquement, celle qui est aujourd’hui maître de conférences au Centre de la vie politique de l’Université libre de Bruxelles parvient à montrer comment ces acteurs en nombre sans cesse croissant – et le prochain scrutin européen ne devrait rien arranger sur ce plan… – font face à la tension entre la plateforme sur la base desquels ils ont été élus et les tâches et attentes auxquelles ils sont confrontés en tant qu’élus… européens. Le comportement du Parlement européen face à ces ‘corps étrangers’ se trouve lui aussi finement étudié.

Nathalie Brack a fondé son étude sur plus d’une centaine d’entretiens avec des députés eurosceptiques et leurs assistants, ainsi qu’avec des fonctionnaires du Parlement européen. Elle a aussi finement analysé deux années durant le contenu de leurs questions parlementaires ainsi que leur comportement lors des votes afin de pouvoir bien cerner leur profil – et leurs différences. Sa conviction fondamentale est que l’euroscepticisme doit être compris « non pas comme une opposition aux politiques européennes, mais comme une opposition systémique à l’intégration européenne et à ses résultats ». Son travail éclaire toutefois combien le front anti-européen est éclaté. Ainsi, l’un des premiers apports de l’auteure est d’esquisser une typologie de ce type d’acteurs : elle discerne ainsi « l’Absent », à savoir le ou la parlementaire qui s’investit peut à Bruxelles ou Strasbourg en préférant davantage le terrain local ou national, ce qui l’amène à retirer peu de satisfaction de son mandat européen ; il y a aussi « l’Orateur public » qui profite de sa présence au Parlement européen pour « dénoncer et délégitimiser l’Union européenne de l’intérieur », son objectif étant « d’être présent au cœur du système pour le dénoncer sans vouloir le réformer » ; il existe aussi le « Pragmatiste » qui cherche à remplir son rôle de parlementaire européen sans renier ses convictions eurosceptiques et, enfin, le « Participant » qui se voit plus en législateur qu’en opposant.

Cette diversité de profils incite ensuite l’auteure à étudier la manière dont le contexte institutionnel (règles de procédure, temps de parole, etc.) influe sur le comportement des élus eurosceptiques, avant de voir quelles pourraient être les retombées de leur présence pour le Parlement européen lui-même. Ses conclusions sont, sur ce plan, aussi inattendues que rafraichissantes puisque, à ses yeux, « la présence et les stratégies des eurodéputés eurosceptiques contribuent à accroître la représentativité du PE en tant qu’institution ouverte à la société dans sa diversité ». Voilà aussi qui, selon elle, pourrait contribuer à la politisation de l’Union et à amener les partisans de l’intégration européenne à ne plus se satisfaire d’une démocratie parlementaire réduite aux arrangements entre (grands) partis. Du coup, ne faudra-t-il pas bientôt se demander si les eurosceptiques ne seront pas, en définitive, les sauveteurs d’un projet européen revivifié ?

Michel Theys

***    CHRISTOS FRANGONIKOLOPOULOS : L’Union européenne. Le défi inévitable de la légitimité démocratique. Editions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél. : (30-231) 0256146 – fax : 0256148 – Courriel : http://www.epikentro.gr ). 2018, 200 p., 11 €. ISBN 978-960-458-775-9.

Professeur agrégé de relations internationales au Département de journalisme et des médias de l'Université Aristote de Thessalonique, part dans ces pages du constat d'un excès d'optimisme au sujet de la « fin de l'histoire ». Ceux qui, comme lui, ont étudié et analysé l'Union européenne ont glorifié la promesse que le libéralisme économique et l'expansion des structures de prises de décision supranationales apporteraient plus de richesse pour tous et résoudraient les problèmes mondiaux ; ils se trouvent aujourd’hui surpris et désarmés face aux réactions anti-européennes qui s’expriment dans les peuples d’Europe, lesquels ont le sentiment d’être les oubliés dans l’aventure. Cela ne signifie pas qu'une intégration plus approfondie n'est pas requise, mais, développe l’auteur de cet essai, il serait peut-être souhaitable que l'Union européenne prenne du recul et réfléchisse à la manière d'encourager un dialogue démocratique plus global avant d’aborder les prochaines étapes de l'intégration. Opérer un tel retour permettrait, en tout cas, de consolider les fondements du processus sur lesquels repose l'intégration européenne... Au début du livre, l’auteur pose la question de manière brutale : « Dans quelle mesure l'Union européenne est-elle démocratique ? » Il y répond dans les quatre chapitres du livre. Il livre d’abord une analyse du débat perpétuel sur la légitimité démocratique de l'Union. Il s’intéresse ensuite à la crise née de l’euro qui s’est révélée être une « euro-négation ».  Le troisième chapitre le voit emprunter les voies que pourrait emprunter une Union européenne en quête d'expiation, le dernier portant sur le débat à mener pour tracer le chemin vers l'avenir. Une bibliographie sélective, un index des noms et un lexique des termes ponctuent l’ouvrage. (AKa)

***  Il Federalista. Rivista di politica. Edif (8 Villa Glori, I-27100 Pavia. Internet : http://www.ilfederalista.eu ). 2017, n° 3, 76 p.. Abonnement annuel : 25 € (Europe), 30 € (étranger).

Ce numéro de la publication liée au Movimento Federalista Europeo est tout entier un hommage rendu à son fondateur, Mario Albertini. Sur la base d’un colloque organisé par la revue et la Fondation Albertini à l’Université de Pavie, il rappelle en six contributions l’action ainsi que la contribution théorique et politique de cet ami et complice d’Altiero Spinelli à la cause fédéraliste. Pour les héritiers de ce professeur disparu voici vingt ans, il est particulièrement indispensable de se pénétrer de sa pensée maintenant que l’Europe se trouve « bousculée par des vents populistes, traversée par la peur et la tentation de revenir au passé nationaliste », ce qui fragilise grandement l’Union européenne. D’où l’intérêt, entre autres, de (re)découvrir, grâce à l’éclairage du Pr. Battegazzorre (science politique à l’Université de Pavie où Albertini a lui-même longuement enseigné), comment ce penseur du fédéralisme démystifiait l’Etat national et l’idée même de nation. Pour les fidèles d’Albertini, la lecture de ces pages contribuera à convaincre que l’unique manière de sécuriser la construction européenne est de « remettre la vision politique au centre de son projet, en faisant évoluer le système actuel de gouvernance européenne basé sur les règles vers un véritable gouvernement politique ». (MT)

***    SOTIRIS DALLIS : L'Europe « difficile ». A la recherche de la nouvelle solidarité européenne. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2018, 162 p., 9,54 €. ISBN 978-960-02-3319-3.

L'intégration européenne a jusqu'à présent confirmé sa valeur en étant à même de relever les défis de l'histoire. Alors qu’a été fêté le 60ème anniversaire de la signature des Traités de Rome, les Etats membres se retrouvent désormais dans l’obligation impérative de promouvoir une vision positive de l'Union européenne en tant que source d'opportunités et de protection contre les menaces. Aujourd'hui, il leur faut se convaincre que, plus que jamais auparavant, l'unité est une lutte à mener, à poursuivre avec détermination. Telle est la conviction du Pr. Sotiris Dalis (relations internationales et études  Méditerranéennes à l'Université d'Egée) pour qui, « si nous voulons vraiment continuer à travailler dans la même direction de coopération et de coexistence que celle définie dans le préambule du traité de 1951 sur la Communauté européenne du charbon et de l'acier, nous devrions continuer ou recommencer à considérer l'unification européenne comme une utopie spécifique et la nouvelle solidarité européenne d'intérêts qui viendra compléter l'intérêt national, car nous sommes européens et nous serons encore plus européens à l'avenir ! ». Voilà ce qu’il tente de mettre en évidence dans cet essai qui, se voulant contribution à un nouveau débat, annonce essentiellement… l'éveil de l'Europe : celle-ci serait en train de s'éveiller, de sortir de la léthargie dans laquelle elle était tombée ces dernières années et qui avait permis aux puissances ethno-laïques et euro-défensives extrémistes d'imposer dans une certaine mesure leurs programmes toxiques. A tel point que si la question peut se poser de savoir si « l'Union européenne survivra à la fin de l'année 2018 », toutes les raisons de sortir par le haut de cette crise existentielle s’accumulent aussi désormais, ce qui amène l’auteur à penser que le bon sens pourrait bien l’emporter à la fin…   (AKa)

***  STAVROS PAPAGIANNEAS : Rebranding Europe. Fundamentals for Leadership Communication. Editions Academic and Scientific Publishers (34 Keizerslaan, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 2892656 – Internet : http://www.aspeditions.be ). 2017, 176 p.. ISBN 978-90-5718-620-2.

« L’Europe a tout fait pour devenir impopulaire ». En dressant ce diagnostic « à un moment critique pour le projet européen », l’auteur de ce livre met le doigt là où l’Union européenne a (ou devrait avoir) mal : sa responsabilité dans la « crise de l’identité européenne » qui transcende toutes les autres (migratoire, économique, Brexit...). Sans se garder de poser un jugement politique sur les actions de l’Union, Stavros Papagianneas analyse surtout comment les décisions, l’attitude et les contradictions des institutions européennes ont dilué l’essence du projet communautaire aux yeux des citoyens. S’il fallait pointer un moment de bascule, la descente aux enfers de l’Union aurait commencé en 2008, lorsqu’elle s’est avérée incapable d’honorer l’une de ses promesses fondamentales : celle de la prospérité. Le modèle social européen s’est depuis trouvé écrasé sous le poids de l’austérité et des réformes d’inspiration néolibérale, juge l’expert, « déçu de la manière dont l’Union a traité la crise de la dette grecque ». Or, l’ancien président de la Commission Jacques Delors avait prévenu : « Si les politiques européennes mettent en danger la cohésion et les standards sociaux, le projet européen n’a aucune chance de rallier le soutien des citoyens européens ». Par la suite, l’image de marque européenne n’a encaissé que des coups, notamment avec la tradition du pantouflage des hauts fonctionnaires, la division des Etats membres face à la question migratoire ou encore le Brexit.

Cette chronologie des malheurs européens, qui constitue la première partie du livre, n’apprendra rien à ceux qui suivent de près l’actualité et l’évolution de l’Union. Si ce n’est que, dans son procès, l’Europe n’a pas réussi à faire entendre son plaidoyer. Cet ancien chargé de communication de la Commission et attaché de presse de diverses missions diplomatiques à Bruxelles a assisté, aux premières loges, à l’échec de la communication européenne. Son analyse s’enrichit de l’avis de divers acteurs et leaders d’opinions dans le domaine. Et le constat est sans appel : avec sa communication lente, désuète, désincarnée, inaudible et complexe, l’Union n’a pas su combattre efficacement le Brussels bashing, les affabulations mensongères, extrémistes ou populistes, celles-là même qui ont eu raison de la raison dans le référendum ayant mené au Brexit. Or, tout n’est pas (encore) perdu. Dans la seconde partie – la plus conséquente – de son œuvre, Stavros Papagianneas développe d’innombrables pistes pour recréer du lien entre les institutions européennes et les citoyens, lien qui passe notamment par la transparence et l’honnêteté, la mise en œuvre d’une stratégie claire de communication innovante et créative, l’usage intelligent des réseaux sociaux, la cohérence des messages ou encore – last but not least – le soutien des médias dignes de ce nom aux quatre coins de l’Union. Autant de solutions qui peuvent, à la lecture, sembler évidentes, banales, voire naïves, mais qui, tant qu’elles ne seront pas concrétisées, se doivent d’être répétées. (MU)

***    PANAGIOTIS IOAKIMIDIS : La crise, l’Europe et la gauche. La nature et la résolution de la crise, Syriza en Europe, la gauche européenne et la social-démocratie. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2017, 156 p., 9,50 €. ISBN 978-960-02-3201-1.

Que la Grèce, l'Europe et la gauche soient en crise ces dernières années ne peut être nié par personne. Ce sont trois crises qui sont dans une osmose dialectique dans le sens où l'une affecte et nourrit l'autre, même si chacune a ses propres origines. C’est à remonter aux racines de ces crises et à les analyser de manière critique que Panagiotis Ioakimidis, professeur émérite d’Etudes européennes à l’Université d’Athènes et ancien ambassadeur-conseiller du ministère grec des Affaires étrangères, s’emploie dans ce petit volume, divisé en quatre sections. La première le voit examiner la nature, l'identité et les caractéristiques de la crise européenne sous tous ses aspects (politique, institutionnel, économique, constitutionnel, etc.), mais aussi les multiples défis que doit relever l'Union européenne dans son environnement externe (Russie, Moyen-Orient, montée de Daech, etc.). Il y examine également la nature, les caractéristiques et la spécificité de la crise grecque. La deuxième partie le voit analyser méthodiquement et évaluer l’action du gouvernement de coalition actuellement au pouvoir en Grèce, notamment à la lumière des négociations avec l’Union européenne et de leurs conséquences multiformes. La troisième section se réfère à la Gauche européenne moderne et à la social-démocratie, au contenu de la crise dans laquelle elles se trouvent et aux références idéologiques et aux défis auxquels elles sont confrontées dans un environnement mondialisé. Enfin, la quatrième section voit l’auteur passer en revue les conditions pour que la crise puisse être surmontée en Grèce. (AKa)

Sommaire

INSTITUTIONNEL
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
ÉCONOMIE - FINANCES
SOCIAL
BRÈVES
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE