Face à la remontée du nationalisme et à la crise de la mondialisation libérale, « il existe un chemin humaniste et progressiste », a estimé Emmanuel Macron, lundi 27 août à Paris, lors de la Conférence annuelle des ambassadeurs français.
Prêt à mener un combat européen « long et difficile », notamment en vue des élections européennes de mai 2019, le président français ne renonce en rien à sa conviction pro-européenne déclinée fin septembre 2017 à l'Université de la Sorbonne (EUROPE 11870), et il entend redoubler d'efforts pour convaincre citoyens et dirigeants européens de la nécessité pour l'Europe de défendre son intégrité et ses valeurs à l'heure du Brexit et des démocraties illibérales et de se doter d'une « autonomie stratégique », si elle veut peser sur la scène internationale.
Le dirigeant français a décliné sa vision d'une « Europe de plusieurs cercles » avec une Europe-marché plus large que l'Union européenne actuelle, qui nouerait des partenariats stratégiques avec des voisins comme la Turquie et dialoguerait avec la Russie. Au cœur de cet ensemble, les pays de la zone euro s'intégreraient graduellement via une convergence fiscale et sociale accrue.
Pour avancer dans cette voie, l'Allemagne devra revenir sur le tabou des « transferts » financiers entre États membres et la France devra faire de même concernant son refus de modifier les traités « pour l'UE et la zone euro », a estimé M. Macron.
Dans le domaine de la sécurité, l'Europe, en renforçant sa politique commune de défense et en proposant de créer un Fonds européen pour la défense (EUROPE 12040), « a pris conscience qu'elle devait se protéger », a estimé le dirigeant français. Il a plaidé pour que l'architecture européenne de sécurité soit revisitée afin de renforcer encore les liens de solidarité et de défense mutuelles inscrits dans les traités (article 42.7).
Attribuant la crise du multilatéralisme à l'administration américaine, qui « semble tourner le dos à l'histoire », le président français n'a toutefois pas nié que « le commerce n'est pas équitable au niveau international » ni que « la mondialisation a construit des inégalités qui ne sont plus soutenables ».
La France, qui assumera la présidence du G7 en 2019, prône une réforme de l'OMC et de l'OIT, organisation bientôt centenaire. Elle compte défendre aussi la diplomatie environnementale pour concrétiser l'Accord de Paris sur le climat.
Enfin, le 11 novembre se tiendra le Forum de Paris sur la paix - auquel participeront des États, des organisations internationales et la société civile - destiné à lancer une réflexion sur la gouvernance mondiale.
Quant à la question migratoire, qui a provoqué une « crise politique » dans l'UE, M. Macron a estimé qu'elle a été provoquée par l'absence de solidarité européenne (voir autre nouvelle). « Ce qu'il se passe en Italie, nous l'avons produit », mais cela n'excuse pas le discours xénophobe qui n'apporte aucune solution, a-t-il considéré.
Rappelant que la France avait pris en charge 250 réfugiés recueillis en mer cet été par des bateaux soumis à la politique italienne de rejet systématique, il a prôné une politique européenne d'immigration à construire avec l'Afrique pour limiter les flux migratoires et organiser des retours plus efficaces. (Mathieu Bion)