Répondant aux rumeurs sur la remise en cause par l'Allemagne de l'aide de l'UE à la Turquie tant dans le cadre des négociations d'adhésion que des négociations sur la modernisation de l'Union douanière, afin de faire pression sur Ankara pour respecter l'État de droit, la Commission européenne a indiqué, mardi 1er août, qu'« une suspension de l'aide de préadhésion n'était pas une décision que l'UE pouvait prendre isolément de l'approche générale relative aux relations avec la Turquie », soulignant la nécessité de « tenir compte des implications pour les bénéficiaires de cette aide en Turquie ».
« La Commission continue de croire que l'engagement de l'UE avec la Turquie est d'autant plus nécessaire, compte tenu des derniers développements. Plus d'un tiers des fonds de préadhésion pour 2014-2020 mettent l'accent sur des réformes spécifiques en vue de l'adhésion à l'UE, en particulier dans les secteurs prioritaires que sont la démocratie, la gouvernance, l'autonomisation de la société civile, l'État de droit et les droits fondamentaux », a souligné un porte-parole de la Commission.
Sur la question du gel du financement de préadhésion, le commissaire chargé de la Politique de voisinage et des Négociations d'élargissement, Johannes Hahn, « a eu l'occasion de clarifier les choses (lors du dialogue politique UE/Turquie, le 25 juillet, NDLR). Il a déclaré qu'il s'agissait d'une décision relative à la suspension ou à la fin des pourparlers d'adhésion. Donc, il y a différentes modalités qu'il faut respecter », a précisé une porte-parole de la Commission.
Quant à l'idée de lancer des négociations pour moderniser l'Union douanière UE/Turquie, vieille de 21 ans, « il s'agit d'une proposition de l'UE » ; la Commission a soumis une proposition de directive de négociation en décembre 2016 et il revient au Conseil de décider, a-t-elle ajouté.
Selon plusieurs médias, le gouvernement allemand préparerait une missive destinée à la Haute Représentante de l'UE, Federica Mogherini, ainsi qu'à M. Hahn, plaidant pour la suspension des travaux préparatoires en vue des négociations sur la modernisation de l’Union douanière, car celle-ci enverrait un « mauvais signal » à Ankara. La lettre mentionnerait d'autres mesures souhaitées par Berlin à mettre en œuvre au niveau européen pour faire pression sur la Turquie concernant le respect de l’État de droit, allant jusqu'à « envisager la suspension de l'aide de préadhésion, si cela s’avère nécessaire ». (Emmanuel Hagry)