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Bulletin Quotidien Europe N° 11836
ACTION EXTÉRIEURE / Turquie

Malgré de fortes divergences sur le respect de l’État de droit, la relation entre l'UE et Ankara ne rompt pas

Si l’objectif était de montrer leur unité sur de nombreux sujets de coopération, ce sont bien les divisions sur les questions de l’État de droit et des droits de l’homme qui ont marqué la conférence de presse entre Européens et Turcs, à l’issue de leur dialogue politique à haut niveau tenu mardi 25 juillet à Bruxelles.

« Nous sommes les témoins d’une tendance inquiétante d’emprisonnement d’un nombre important de membres de l’opposition démocratique, de journalistes et de défenseurs des droits de l’homme en Turquie. (…) Nous avons souligné que notre coopération et notre dialogue doivent être soutenus par des mesures positives concrètes dans le domaine de l’État de droit, des libertés fondamentales et des relations bilatérales avec les États membres », a expliqué la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini.

De son côté, le commissaire aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, a rappelé que les droits de l’homme, l’État de droit, la démocratie et les libertés fondamentales étaient des éléments fondamentaux pour avancer sur la voie européenne.

Le ministre turc des Affaires européennes, Ömer Çelik, a réitéré qu'Ankara était prête à discuter des questions liées à l'État de droit. Selon lui, afin de résoudre ces problèmes, il est nécessaire d’ouvrir les chapitres 23 (appareil judiciaire et droits fondamentaux) et 24 (liberté, sécurité, justice) de négociation d'adhésion à l'UE actuellement bloqués par la République de Chypre (EUROPE 11832). « Nous sommes plus que prêts pour discuter de tout cela en détail », a-t-il souligné.

« Il n’y a pas que la question chypriote qui rend difficile l’ouverture de chapitres de négociation », a rétorqué Mme Mogherini. M. Hahn a rappelé que les États membres avaient décidé qu’en raison de la situation actuelle en Turquie, aucun nouveau chapitre ne serait ouvert.

Or, pour M. Çelik, les négociations d’adhésion à l'UE constituent la « colonne vertébrale » des relations entre l'UE et la Turquie. « On ne peut pas les mettre de côté et se concentrer (seulement) sur l’énergie, le terrorisme, et le commerce », a-t-il considéré.

« Personne ne peut dire qu’il n’y a pas de démocratie en Turquie », a prévenu le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Çavuşoğlu. Il a aussi estimé que l’UE, « malgré le fait qu’il y ait eu un coup d’État », « voyait toutes les mesures prises contre le FETO comme des violations de la loi ». Selon M. Çavuşoğlu, il faut une « division entre le terrorisme et les activités politiques et journalistiques », sous-entendant que les personnes arrêtées, qu’elles soient issues de l’opposition ou exerçant la profession de journalistes, le sont pour des liens avec des organisations terroristes.

Le ministre des Affaires étrangères a aussi estimé que les défenseurs des droits de l’homme détenus le sont en raison de leur appartenance au FETO, le mouvement islamiste conservateur dirigé par l'imam Gülen accusé d'être l'instigateur du coup d'État manqué de juillet 2016. Alors que plusieurs membres d’Amnesty international ont été récemment arrêtés, Mme Mogherini a tenu à rappeler le soutien de l’UE à cette « organisation sérieuse et respectée », dont elle avait rencontré le Secrétaire général, Salil Shetty, plus tôt dans la journée.

Malgré ces divergences, Européens et Turcs ont décidé d’aller de l’avant dans leur coopération. Les deux parties ont convenu de la tenue de dialogues politiques de haut niveau sur l’énergie en septembre, le transport en novembre et l’économie en décembre.

M. Çelik a aussi annoncé que le prochain sommet UE-Turquie aura lieu à Adana mais aucune date n’a été donnée. Lors de leur rencontre, les deux parties ont également discuté de l'application de l'accord UE/Turquie visant à endiguer les flux migratoires vers l'UE et de la situation des réfugiés syriens en Turquie. Il a aussi été question du processus grippé de libéralisation des visas pour les ressortissants turcs, de la modernisation de l’union douanière et de questions de politique étrangère. (Camille-Cerise Gessant)

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