Bruxelles, 21/02/2016 (Agence Europe) - Les chefs d'État ou de gouvernement de l'Union européenne ont salué, dans la nuit du vendredi 19 au samedi 20 février, un accord (voir autre nouvelle) juste et équilibré qui clarifie le statut spécial que le Royaume-Uni a toujours entretenu au sein de l'Union et consacre, pour certains, une Europe où l'intégration se fera à deux vitesses.
« Le Royaume-Uni a besoin de l'UE et l'UE a besoin du Royaume-Uni. Casser un tel lien maintenant irait totalement à l'encontre des intérêts mutuels », a déclaré le président du Conseil européen, Donald Tusk, à l'issue d'une deuxième journée de travaux marquée par une série de rencontres restreintes qui ont culminé en un dîner au cours duquel l'accord a été scellé. « Nous avons tous accepté de sacrifier une partie de nos intérêts propres pour le bien commun », a ajouté l'ancien Premier ministre polonais, satisfait que la décision juridiquement contraignante qu'ont prise les Vingt-huit ne compromette pas « les valeurs fondamentales de l'Europe », telles que le principe de « non-discrimination » sur base de la nationalité.
Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a qualifié l'accord de « juste pour le Royaume-Uni, pour les autres États membres et pour l'UE », de « juridiquement solide » et qui respecte « les principes de base » de l'UE. Pour la chancelière allemande, Angela Merkel, le Conseil européen a « fait preuve de souplesse ». « Une union toujours plus étroite n'est pas l'objectif du Royaume-Uni. Je vois les choses tout à fait différemment », a-t-elle dit, à l'issue de la réunion.
Londres veut garder « le meilleur des deux mondes »
Le Premier ministre britannique, David Cameron, en est aujourd'hui convaincu: cet accord « suffit pour moi pour recommander que le Royaume-Uni reste dans l'Union européenne, en ayant le meilleur des deux mondes ». Il a motivé sa position en soulignant que son pays « sera définitivement en dehors d'une union toujours plus étroite », en dehors de l'espace Schengen et en dehors de l'euro, soit en dehors de tout « ce qui ne marche pas pour nous ». Mais, a-t-il poursuivi, le Royaume-Uni doit continuer à faire partie de cette « Europe qui travaille pour nous, en influençant les décisions qui nous concernent dans le siège du conducteur du plus grand marché du monde et en prenant les mesures pour garder les gens en sécurité ».
M. Cameron a réuni, samedi matin, le cabinet du Westminster pour lui présenter le contenu de l'accord et il entamera le processus du référendum le lundi 22 février. Ce référendum sera « le moment unique qui ne se présente qu'une fois par génération pour façonner le destin de notre pays », a-t-il souligné. La date du référendum au cours duquel les Britanniques devront se prononcer en faveur d'un maintien de leur pays dans l'UE sur la base de cette relation renouvelée a été fixée au jeudi 23 juin, soit le premier jour d'une réunion à Bruxelles du Conseil européen. Contrairement à la position personnelle de M. Cameron, certains ministres britanniques, comme Michael Gove (Justice) ou Iain Duncan Smith (Travail), sont désormais libres de militer dans le camp des partisans d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union.
Aux Britanniques de se prononcer et aux autres d'avancer
« La balle est désormais dans les mains des Britanniques. À eux de décider », a observé le Premier ministre italien, Matteo Renzi, comme l'ont fait de nombreux dirigeants à l'issue de la réunion. M. Renzi s'est félicité que « la clarté » ait été faite sur le statut spécial du Royaume-Uni. Il a aussi espéré que le référendum britannique sera une opportunité pour les Européens de réfléchir à une refondation de leur projet d'union. « Le risque, c'est perdre l'idéal originel des citoyens », a-t-il noté. Pour le président français, François Hollande, « l'Europe doit avancer » pour affronter les défis économiques et sécuritaires et « ne plus se poser les mêmes questions sur la place d'un pays en son sein ». « Les pays qui le voudront pourront s'associer encore davantage pour porter de nouvelles ambitions pour le projet européen », a-t-il considéré, s'exprimant pour « une Europe différenciée », mais qui ne soit pas un « self-service ». Pour le Premier ministre belge, Charles Michel, le sommet européen a aussi consacré « l'Europe à deux vitesses (qui) n'est pas une Europe à la carte ». « Ceux qui veulent jouer un rôle de locomotive doivent pouvoir le faire », a-t-il souligné.
Un groupe de Visegrad satisfait et uni
Considérant que cet accord est aussi « satisfaisant » pour la Pologne que pour l'UE, le Premier ministre polonais, Mme Beata Szydlo, s'est réjouie, à l'issue de la réunion, de la cohésion et de la stabilité du groupe de Visegrad (République tchèque, Hongrie, Pologne et Slovaquie) dans les négociations marathon de deux jours à Bruxelles où ces pays voulaient avant tout défendre les droits et acquis européens de leurs travailleurs qui ont émigré au Royaume-Uni. Un objectif qui a été atteint, selon la Pologne ou encore la Hongrie. Ce groupe est ainsi de plus en plus uni et pris en compte par les autres partenaires européens, a souligné Mme Szydlo. Le ministre polonais des Affaires européennes, Konrad Szymanski, a, quant à lui, insisté sur le fait que le maintien du Royaume-Uni était également très important pour préserver l'équilibre politique au sein de l'UE, surtout pour ce qui est du camp euro-atlantiste qui regarde l'Union essentiellement à travers le prisme du marché intérieur. (Mathieu Bion et Jan Kordys avec Camille-Cerise Gessant, Aminata Niang, Sophie Petitjean)