Bruxelles, 03/09/2013 (Agence Europe) - La mise à contribution ('bail-in') des déposants non assurés des deux grandes banques chypriotes a mis les PME de l'île à genoux.
Dans le cadre de la restructuration du secteur bancaire chypriote, la totalité des dépôts non garantis au-delà de 100 000 euros de la banque Laiki (aujourd'hui démantelée) et 47,5% de ceux de la Bank of Cyprus (BoC) ont été convertis en actions.
Un projet de rapport de la Commission européenne et de la BCE, établi à l'issue de la 1ère mission de suivi de la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) à Nicosie - et dont EUROPE a eu copie -, indique qu'« une part significative de ces dépôts non garantis représente le capital de travail des PME » pour lesquelles la saignée a été plutôt violente. Ces entreprises y ont en effet laissé près d'un milliard d'euros, soit 6% de la richesse annuelle de l'île. Les restrictions au mouvement des capitaux, progressivement assouplies mais toujours en place, n'ont, par ailleurs, pas pu empêcher la fuite de dépôts, qui s'est faite dans un environnement où le crédit était déjà serré.
Les deux institutions européennes déplorent le retard pris dans la restructuration du secteur bancaire. En juillet, les Dix-sept avaient insisté sur la nécessité de remettre la BoC sur pied. Aujourd'hui, la 'troïka' prévient: un « retour total à la libre circulation des capitaux ne sera autorisé qu'une fois finalisées la résolution et la recapitalisation de BoC et l'approbation de la stratégie de restructuration des coopératives ». Le Président chypriote, Nicos Anastasiades, avait plusieurs fois prévenu que les restrictions en place posaient des problèmes de liquidités aux banques et, par ricochet, pesaient sur l'économie (EUROPE 10865 et 10867).
L'emploi à Chypre a plongé. Alors qu'en avril, la 'troïka' avait anticipé un taux de chômage de 15,5% pour 2013 et de 16,9% pour 2014, elle modère aujourd'hui son optimisme. Le chômage à Chypre devrait s'établir à 17% cette année et 19,5% l'année prochaine, selon les prévisions mises à jour.
Malgré tout, les projections de la 'troïka' en matière de croissance restent inchangées, avec un recul du PIB de 8,7% attendu en 2013 et de 3,9% l'année prochaine. Pour remonter la pente, les autorités chypriotes misent sur les revenus potentiels des réserves gazières identifiées, mais la Commission appelle à la prudence. « La stratégie du gouvernement doit prendre en compte de manière plus explicite et globale l'incertitude quant à la taille réelle des réserves disponibles et le moment auquel elles seront disponibles », indique le rapport. Du côté du tourisme, qui apparaît désormais « encore plus clairement » comme un moteur pour la croissance future et l'emploi, l'écriture d'un plan d'action est préconisée.
Le plan d'aide sur les rails malgré certains retards. La Commission et la BCE constatent que le programme chypriote est de manière générale sur les rails et a loué les efforts fournis par le pays sur le plan budgétaire au 1er semestre. Les revenus de l'État se sont révélés meilleurs que prévu, alors que ses dépenses ont été moindres par rapport à ce qui avait été estimé. Cette évaluation globalement positive ouvre la voie au versement d'1,5 milliard d'euros pour la recapitalisation des coopératives, le feu vert de l'Eurogroupe qui se réunira vendredi 13 septembre à Vilnius. La Commission devra auparavant approuver cette restructuration en vertu des règles relatives aux aides d'État. (EL)