Difficile à comprendre. Le Danemark vient d'assumer pour six mois la présidence du Conseil, et tout indique que ce sera une présidence efficace et équilibrée. Le président du Conseil européen garde logiquement ses prérogatives, car la terminologie est trompeuse: les deux organes sont séparés et leur tâches diffèrent radicalement. Pour nos lecteurs, c'est une banalité. Mais pour les opinions publiques et la plupart des journalistes des pays tiers, la terminologie institutionnelle de l'UE demeure un casse-tête. Rien n'a vraiment changé à ce sujet depuis la question célèbre de M. Kissinger: l'Europe, quel numéro de téléphone ? Les institutions et les personnalités concernées pratiquent un modus vivendi qui permet de surmonter, en principe, la confusion et les malentendus. Combien de fois le président du Conseil européen, M. Van Rompuy, et le président de la Commission, M. Barroso, souscrivent des prises de position communes afin de donner à l'extérieur l'impression que l'Europe peut parler d'une seule voix. Mais chaque institution, la Commission européenne en particulier, doit en même temps faire valoir son autonomie et ses pouvoirs spécifiques.
La terminologie est actuellement un désastre. Le Conseil européen, ce sont les chefs de gouvernement ; il constitue donc le niveau le plus élevé des institutions communautaires, le plus puissant. Il n'a rien à voir avec le Conseil de l'Europe, sinon la ressemblance sémantique, source de confusion et de malentendus, car ce dernier réunit tous les pays européens, qu'ils soient ou non membres de l'UE ; il dépasse même les frontières européennes car en font partie Turquie et Russie, dont la plupart du territoire est asiatique,
Revenons à l'UE: si au Conseil européen vous enlevez l'adjectif, vous avez une Institution dont la présidence change tous les six mois et les pouvoirs sont sectoriels. Je ne vais pas expliquer à nos lecteurs une situation qu'ils connaissent parfaitement, j'entends simplement justifier la confusion pour l'opinion publique, étendue parfois aux moyens d'information. Le fonctionnement de la présidence semestrielle du Conseil sans adjectif n'est pas évident pour tous ; en particulier, le Premier ministre du pays qui l'exerce ne préside rien du tout, étant membre du Conseil européen, sous la présidence stable de M. Van Rompuy !
Si ce Premier ministre est dynamique et souhaite se faire entendre et être directement impliqué dans l'activité communautaire (comme c'était le cas pour le chef du gouvernement polonais), il se présente devant le Parlement européen - qui l'invite volontiers - et est disponible pour représenter l'UE dans différentes circonstances, en accord avec Mme Ashton qui est submergée de travail (et a logiquement laissé de côté sa fonction théorique, et absurde, de vice-présidente de la Commission européenne). C'est clair ? J'en doute.
Le Parlement européen s'affirme, mais... Dans cet enchevêtrement de pouvoirs, le PE est le garant indispensable de l'autonomie de la Commission et d'autres aspects de l'orthodoxie communautaire: les parlementaires qui jouent un rôle vigoureux et précieux en ce sens sont nombreux. Mais ce Parlement est-il déjà pleinement conscient de ses pouvoirs et des répercussions concrètes de certaines de ses délibérations ? Il a fait échouer la prolongation de l'accord de pêche avec le Maroc pour une question de principe ; il avait évidemment le droit de l'évoquer, mais en évitant de compromettre l'activité des pêcheurs européens.
Le PE agit parfois comme s'il avait besoin de se mettre en valeur, se faire connaître par l'opinion publique, en multipliant les déclarations et les activités spectaculaires, comme les déplacements en masse, les rencontres avec d'autres parlements ou la création d'organismes parlementaires mixtes dans lesquels la rhétorique domine. Les réunions du PE avec les parlementaires du Mercosur aboutissent régulièrement au panégyrique de la zone de libre échange réciproque (la plus vaste du monde ! Souligne-t-on avec emphase) qui n'a aucune chance d'aboutir, alors que des accords bilatéraux avec différents pays de ce continent, le Brésil en tête, seraient possibles et utiles. Les activités spectaculaires sont les bienvenues si le coût ne déborde pas. J'apprécie davantage les prises de position de parlementaires qui ont quelque chose à dire (il en existe) et qui le font sans alourdir le budget, en s'exprimant individuellement ou au nom de leur groupe.
Son rôle essentiel. Le rôle essentiel du PE réside maintenant dans l'activité législative, à égalité avec le Conseil. Il s'agit de l'évolution démocratique la plus importante depuis l'introduction de l'élection directe, et le PE l'exerce souvent de manière impeccable: il façonne l'activité de l'UE, il influence directement la vie quotidienne des citoyens. La manière dont il a déterminé la réglementation financière future de l'UE, texte par texte, influencera l'avenir de l'Europe. Il peut jouer un rôle analogue dans la mise au point des textes qui détermineront la nouvelle politique de cohésion et la nouvelle politique agricole commune.
(FR)