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Bulletin Quotidien Europe N° 10407
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'UE et la Grèce: confiance officielle, pressions et un brin de méfiance

Au moment où le parlement grec débat de l'avenir du pays, les remarques de cette rubrique d'hier sur l'attitude du Sommet européen méritent quelques approfondissements allant au-delà des textes officiels.

Un malentendu à dissiper. Il serait trop optimiste d'affirmer que le mot confiance soit le plus approprié pour indiquer à lui seul l'atmosphère qui entoure dans l'UE les efforts de la Grèce visant à redresser la situation économique nationale. Les termes gentils et les encouragements à l'égard des efforts helléniques et de l'action des autorités ont dominé les prises de position publiques et ils caractérisent les Conclusions officielles du Conseil européen ; mais plusieurs déclarations orales étaient plus prudentes et parfois critiques.

Il est d'abord indispensable de dissiper un malentendu: j'ai l'impression que parfois une certaine confusion existe entre la Grèce pays membre de l'UE et la Grèce pays de la zone euro. Le premier aspect n'a rien à voir avec les débats en cours: l'hypothèse d'une sortie grecque de l'UE est inexistante, elle n'effleure ni les responsables politiques ni - j'en suis sûr - les opinions publiques. Les aspects politiques et culturels dominent, l'apport grec au patrimoine européen et la dette de notre civilisation sont évidents pour tous. Une Europe sans la Grèce n'est même pas concevable, sa présence est irremplaçable et définitive ; en cas de difficultés économiques, les instruments communautaires de soutien agissent pleinement. La présence de la Grèce dans la zone euro n'a aucun rapport direct avec son statut de pays communautaire.

L'existence de la monnaie unique présuppose que tous les participants respectent les règles ; sans quoi, l'édifice s'écroule. Personne n'y est exclu, et les pays en difficulté bénéficient de mécanismes de soutien qui sont sans cesse renforcés et élargis. Mais la zone ne peut fonctionner que comme un ensemble ; l'hypothèse d'un participant défaillant est incompatible avec l'existence de la monnaie unique.

Austérité sélective ? Certaines déclarations en marge du Sommet indiquaient clairement que les craintes ne sont pas apaisées. Jean-Claude Juncker est parmi ceux qui se battent pour un soutien économique à la Grèce aussi généreux que possible ; il estime par exemple que les financements de l'UE au titre de la politique de cohésion doivent être mis à disposition de la Grèce, sans lui réclamer la partie prescrite de financement national. Mais il craint que les sacrifices pèsent sur le dos des citoyens pauvres, alors que les privilèges des riches (ils ne manquent pas dans le pays) sont sauvegardés. Voici un extrait de phrases de M. Juncker: « Le peuple grec est soumis à des sacrifices énormes, sauf les plus riches… » Et un autre, déjà cité dans cette rubrique: « Je voudrais que les milliardaires et millionnaires soient davantage impliqués», suivi par la remarque suivante: « Mais cela relève de la compétence du gouvernement grec…». Voici le rappel de Didier Reynders, ministre belge des Finances: « Nous augmentons la pression parce qu'il y a eu des précédents: on a connu des statistiques fausses, beaucoup d'hésitations… Il faut être certains que le plan sera appliqué. »

Les points d'interrogation sont nombreux. Inutile de multiplier les citations: l'état d'âme est clair. L'impression que la volonté de redressement en Grèce est encore insuffisante pourrait s'expliquer par les points d'interrogation qui subsistent autour de certaines réformes considérées comme incontournables, mais dont la mise en œuvre est loin d'être acquise: paiement effectif des impôts par l'ensemble des citoyens ; taxation des armateurs et des propriétaires des yachts (si nombreux dans les ports); cadastre des propriétés immobilières ; réduction des dépenses militaires. Certains observateurs estiment que la défense des pauvres représente une couverture facile, alors qu'en réalité ce sont les riches qui défendent leurs privilèges.

Et que dire de ces banques qui pratiquent des taux d'intérêt d'usure, mais rechignent à accepter les mesures qui seules justifieraient l'usure qu'elles pratiquent ? Sans oublier des affirmations qui méritent réflexion: « Il est beaucoup moins embarrassant de déclarer que l'on aide la Grèce, alors qu'en réalité on aide ses propres banques ». Heureusement, une partie des responsables politiques a maintenu sa fermeté sur l'exigence que les créanciers privés soient (« volontairement », bien entendu) impliqués dans le refinancement de la dette grecque, et les discussions progressent (voir pour les détails notre bulletin d'hier).

Deux sujets à approfondir. Cette rubrique reviendra sur l'évolution de deux autres dossiers sur lesquels le Conseil européen s'est exprimé et qui méritent, à mon avis, quelques remarques: a) l'évolution du processus d'adhésion des pays balkaniques et quelques idées nouvelles à cet égard ; b) l'approbation de la stratégie européenne pour la région du Danube et sa signification. (F.R.)

 

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