Bruxelles, 25/03/2011 (Agence Europe) - Le vide politique au Portugal met à mal la mise en place du dispositif européen destiné à surmonter la crise de la dette souveraine. Tous les regards étaient tournés, jeudi 24 et vendredi 25 mars, sur la façon dont Lisbonne comptait gérer la chute du gouvernement national alors que les marchés financiers s'inquiètent de la façon dont le pays fera face à ses échéances financières. Refusant cette fois d'envisager une aide financière internationale pour le Portugal, les leaders européens ont presque mis un point final à leur réponse à la crise de la dette. Ils ont accédé à la requête de l'Allemagne de prolonger la durée des contributions nationales au Mécanisme européen de stabilité.
Avez-vous discuté d'une éventuelle aide financière au Portugal ? « Pas du tout », a déclaré le président du Conseil européen Herman Van Rompuy. « Nous n'avons pas parlé de cette possibilité », a enchaîné le président de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso. Le Premier ministre portugais José Sócrates a expliqué la situation politique nationale après que le parlement a rejeté la quatrième vague de mesures d'austérité que son gouvernement préconisait (EUROPE n°10344). Il a dit clairement qu'en cas d'élections législatives, « quel que soit le futur gouvernement, tous les engagements en matière d'objectif budgétaire seront respectés », a indiqué M. Barroso. Et de préciser: « Il existe un consensus large, peut-être pas sur les mesures spécifiques mais sur les objectifs, pas seulement pour cette année, mais dans les deux ans à venir ». Lisbonne s'est engagée à réduire son déficit public à 4,6% du PIB national en 2011, 3% en 2012 et 2% en 2013. Supérieure à 7%, le déficit de 2010 pourrait toutefois être plus lourd que prévu.
Après avoir jugé « approprié » une aide de 75 milliards d'euros, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a estimé, vendredi, que le Portugal ne devrait pas demander une aide. Notre confiance envers ce pays est « complète », a déclaré le président français Nicolas Sarkozy. Mais selon la chancelière allemande Angela Merkel, « le gouvernement et l'opposition doivent non seulement dire publiquement qu'ils soutiennent les objectifs mais aussi par quelles mesures d'application ils veulent y arriver ».
« Notre économie n'a pas besoin d'une aide de l'extérieur, elle a besoin de confiance », a déclaré M. Sócrates. Certes, le rejet des mesures par le parlement national n'a pas fait augmenter cette confiance, a-t-il reconnu, en rappelant que « le paquet de mesures prévu par le gouvernement (avait) été soutenu par les institutions européennes ». « Mais aucune alternative à ce programme n'a été présentée » car, si c'était le cas, les marchés seraient plus confiants concernant la capacité du pays à atteindre ses objectifs budgétaires, a-t-il considéré. Le Portugal pourra-t-il respecter ses échéances financières d'avril ? « Je rejette ce type de questions qui ont pour effet d'affaiblir la position du Portugal », a-t-il répondu, très agacé. Et de conclure: « Le Portugal a les moyens financiers suffisants ». Lisbonne doit rembourser plus de neuf milliards d'euros de dettes à ses créanciers d'ici juin (4,2 milliards en avril et 5 milliards en juin). Des élections pourraient avoir lieu en juin. Les coûts de refinancement de la dette portugaise ont continué à grimper.
Réponse exhaustive. Au-delà des difficultés portugaises, les Vingt-Sept se sont félicités d'avoir presque totalement entériné leur réponse à la crise de la dette (EUROPE n°10343). M. Van Rompuy en a énuméré les différents éléments: - renforcement des fonds de sauvetage, l'actuelle Facilité EFSF et le futur Mécanisme européen de stabilité dont la création requiert une modification simplifiée du Traité de Lisbonne ; - adoption par 23 États membres du 'Pacte pour l'euro+' ; - endossement de l'accord du Conseil sur le paquet législatif renforçant la gouvernance économique (EUROPE n°10337) ; - définition d'orientations économiques en vue de la présentation, d'ici fin avril, des programmes nationaux de stabilité et de croissance et de réforme économique ; - assainissement du secteur bancaire, notamment à travers les 'stress tests' en cours de réalisation dans l'Union européenne.
« Certaines personnes craignent que ce travail vise à démanteler l'État providence et la protection sociale. Pas du tout, c'est pour les sauver. Ce que nous faisons, c'est nous assurer que nos économies sont suffisamment compétitives pour créer des emplois et maintenir le niveau de vie de tous nos citoyens », a assuré M. Van Rompuy, en référence aux manifestations, jeudi à Bruxelles, hostiles aux politiques d'austérité. Satisfait que l'Union marche sur ses deux jambes économiques et monétaires, M. Barroso s'est réjoui que l'UE tienne ses engagements vis-à-vis du G20 sur « la consolidation budgétaire, les instruments financiers, l'assainissement du secteur financier et la gouvernance financière ». « Tout ce que nous avons fait a permis de faire avancer l'intégration européenne, plus que ce que j'aurais espéré au moment de l'adoption du Traité de Lisbonne », a reconnu Mme Merkel. Selon elle, « la façon de penser a changé dans tous les États membres: aujourd'hui, on reconnaît partout que la crise n'était pas uniquement le résultat de la spéculation mais aussi de problèmes à résoudre par des réformes structurelles ».
ESM & EFSF. Les leaders européens ont arrêté les modalités du Mécanisme européen de stabilité (ESM). Doté d'une capacité de prêt de 500 milliards d'euros, l'ESM remplacera mi-2013 la Facilité EFSF uniquement mobilisée à ce jour pour soutenir l'Irlande (EUROPE n°10342).
Première contributrice aux fonds de sauvetage (22 milliards d'euros pour l'ESM), l'Allemagne a obtenu que les parts nationales au capital versé (80 milliards d'euros) du futur mécanisme consistent en cinq montants égaux versés sur la période 2013-2017. Si nécessaire, les pays de l'Eurozone accélèreront leur contribution afin que les fonds propres du Mécanisme européen de stabilité soient suffisants par rapport à ses engagements financiers.
Nous veillerons à ce que les 500 milliards d'euros soient disponibles tout en garantissant une notation AAA pour le mécanisme, a souligné M. Van Rompuy. Rappelons que l'ESM prévoira, au cas par cas, une participation des créanciers privés en cas de restructuration de la dette souveraine d'un pays faisant appel au mécanisme. Comme l'EFSF, il pourra intervenir sur les marchés primaires pour acheter des titres de dette directement à un pays émetteur.
Le renforcement à 440 milliards d'euros de la capacité effective de prêt de la Facilité EFSF est acté. Pas la façon d'y parvenir, même si un doublement des garanties semble la piste privilégiée.
La Finlande, dont le gouvernement gère les affaires courantes d'ici aux élections, n'a pas de mandat pour décider. Le Conseil ÉCOFIN prendra une décision définitive d'ici juin sur cette question. C'est dans ce contexte que s'inscrivent les négociations sur l'allègement des conditions assorties aux prêts octroyés à l'Irlande. Le cas irlandais a été retiré de l'agenda en raison des 'stress tests' bancaires en cours dans ce pays et dont les résultats seront connus à la fin de la semaine prochaine, a indiqué M. Van Rompuy. Nous devons « évaluer toutes les conséquences » de ces tests sur le programme d'ajustement économique que met en œuvre l'Irlande, a-t-il ajouté, en précisant que le Conseil ECOFIN prendra des décisions « dès que possible ». Le programme d'austérité irlandais prévoit une enveloppe de dix milliards d'euros pour recapitaliser le secteur bancaire auxquels s'ajoute un fonds de prévoyance de 25 milliards. Selon les autorités irlandaises, plus de dix milliards seront nécessaires.
Mme Angela Merkel a par ailleurs qualifié de « très encourageante » la décision de six pays non membres de la zone euro (Bulgarie, Danemark, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie) d'adhérer au 'Pacte pour l'euro+', finalisé lors du Sommet de l'Eurozone (EUROPE n°10335). À travers ce pacte qui reste ouvert à tous les États membres, les pays participants s'engagent à faire converger leurs politiques économiques dans des domaines relevant de leurs compétences nationales (emploi, retraites, finances publiques). Destiné à accroître la compétitivité des pays de la zone à la traîne, il constitue la contrepartie à l'effort accru de solidarité demandé aux pays vertueux. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a réitéré les raisons pour lesquelles son pays n'appliquerait pas le 'Pacte pour l'euro +' (EUROPE n°10344).
L'Allemagne, la Belgique, l'Espagne et la France ont présenté les mesures qu'elles déclineront dans leurs programmes nationaux de réforme à remettre à la Commission, d'ici fin avril, dans le cadre du Semestre européen. Notamment, le gouvernement belge va déposer une loi qui limite à 0,3% l'augmentation des salaires réels en 2011 et 2012. « Le système d'indexation des salaires au coût de la vie qui est appliqué en Belgique permet au coût unitaire de main-d'œuvre de ne pas dépasser la moyenne de la zone euro, ce qui est précisément l'objectif poursuivi par le Pacte », précise le premier ministre belge Yves Leterme, dans une lettre aux présidents du Conseil européen et de la Commission. En octobre, Bruxelles procèdera à une évaluation de la réforme de 2005 du système de pensions, avec « le cas échéant, un nouveau resserrement des critères de mise à la retraite anticipée ». (M.B. avec A.N./A.By/G.B./H.B./S.P./L.C.)