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Bulletin Quotidien Europe N° 10243
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'UE doit surveiller davantage ses financements aux pays tiers

Les États membres de l'UE, et l'UE elle-même, multiplient les mesures visant à surveiller leurs dépenses, à les rationaliser, à combattre les gaspillages. Au Royaume-Uni, il est explicitement question d'une politique de rigueur ; ailleurs on évite le terme austérité, mais la réalité est là. Pourquoi une orientation analogue ne s'appliquerait-elle pas aux financements extérieurs ? La question est, en fait, de plus en plus posée, je peux en témoigner ; mais de manière indirecte ou couverte, pour ne pas froisser les pays tiers concernés ni certains organismes qui se considèrent comme investis de la tâche de protéger ce qu'on appelait autrefois le « tiers monde ». Il n'est évidemment pas question que l'Europe renie ses engagements ni qu'elle renonce à aider les pays tiers moins favorisés, mais qu'elle surveille la destination de ses financements et l'usage qui en est fait, au moment où des sacrifices et des efforts sont demandés à ses citoyens.

Austérité en Europe. Pour les dépenses internes, les contrôles sur l'utilisation des fonds communautaires sont de plus en plus rigoureux ; c'est une évolution positive. Combien a-t-on découvert de gaspillages, d'abus, de déviations, depuis que les organismes responsables ont renforcé et amélioré leur surveillance, et que les résultats sont rendus publics ! Le Parlement européen a bloqué les crédits destinés à l'École européenne de formation policière (Police Academy) dont l'utilisation paraissait inefficace et douteuse. La Bulgarie risque de perdre une partie considérable des financements européens qui lui sont réservés, faute de projets valables et d'instruments pour en garantir l'usage correct. Dans tous les États membres, sur le plan national, des réformes parfois douloureuses rendent plus sévères les conditions des dépenses ou en modifient les critères (santé, retraites) ; on demande partout des sacrifices aux populations.

La surveillance doit être tout aussi rigoureuse pour les dépenses externes. Des symptômes en ce sens apparaissent. À la veille de la conférence internationale sur l'aide au Pakistan, les chefs des délégations de l'UE et des États-Unis ont souligné ensemble l'exigence que le régime fiscal pakistanais soit radicalement révisé afin que les couches les plus riches de la population soient soumises à l'impôt, au moment où « les contribuables européens, américains et d'autres pays paient » (voir notre bulletin n° 10236). Démagogie ? C'est possible ; mais si c'est le cas, elle ne m'appartient pas, elle est cosignée par Hillary Clinton et Catherine Ashton. Personne n'ignore par ailleurs que le Pakistan s'est doté de la bombe atomique, et cette rubrique a déjà exprimé le malaise que suscitent les financements aux pays qui la détiennent ou qui la préparent. Ce n'est pas l'aspect politique que je juge, c'est de financements européens que je parle.

La presque totalité de l'opium du monde. Dans ce contexte, comment éviter de citer l'Afghanistan ? Cette rubrique n'est pas l'endroit approprié pour discuter de l'attitude des États-Unis ; les grands media et les commentateurs illustres le font à longueur de journée. Mais l'aspect économique soulève en lui-même certaines perplexités. Des organismes de l'ONU et quelques enquêtes journalistiques sérieuses indiquent que 92% de l'opium mondial est cultivé dans le sud de l'Afghanistan. La production avait baissé en 2001, mais elle a été ensuite relancée, entretenant un marché de l'héroïne évalué à 15 milliards de dollars par an, géré par les plus puissantes organisations criminelles du monde. Les projets visant à contrôler la culture de l'opium sanitaire et médicale, en destinant le reste des terres à des productions alimentaires plus correctes ont échoué, la production d'opium a été relancée et les experts se demandent si les organisations criminelles ne financent pas directement les talibans et leur armement. Comment ne pas comprendre l'attitude des pays européens qui souhaitent se retirer le plus rapidement possible de l'aventure afghane, avec les coûts faramineux qu'elle implique (pour ne pas parler des pertes de vies humaines), ainsi que le souhait du président américain d'en sortir aussitôt que possible ?

Dépenses à partager. L'UE continue par ailleurs à assumer des dépenses qui pourraient, du moins en partie, être couvertes par d'autres. Le financement des réfugiés palestiniens est une responsabilité à laquelle le budget communautaire ne doit jamais renoncer, concernant les soins sanitaires, l'école des enfants et ainsi de suite. Mais d'autres sources pourraient y participer et prendre en charge d'autres soutiens. Les pays du Golfe qui investissent des milliards d'euros pour acheter dans l'UE des équipes de football et des hôtels de luxe, ou pour devenir propriétaires d'actions d'entreprises européennes, pourraient aussi contribuer plus activement aux soutiens aux organisations palestiniennes, au-delà des aides à caractère religieux.

Le soutien européen aux pays africains associés, et à d'autres pays ayant avec l'UE des liens tout aussi étroits, doit être évalué à part. Ce sera l'objet d'un prochain commentaire spécifique.

(F.R.)

 

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