C'est l'Europe qui parle. Les conclusions du Conseil européen du 16 septembre en matière de relations extérieures, submergées dans les media par les polémiques sur les Roms et sur l'immigration illégale, ont été souvent négligées: trop vagues pour retenir l'attention des commentateurs et, a fortiori, de l'opinion publique. Pourtant, Herman Van Rompuy avait ses raisons pour susciter ce débat au niveau le plus élevé, en mettant l'accent sur les relations avec les « partenaires stratégiques » de l'Europe. Le système communautaire impose que, dans les rencontres formelles avec ces pays, l'UE soit représentée par les présidents du Conseil européen et de la Commission ; M. Van Rompuy est toutefois conscient que ni son nom ni celui de M. Barroso n'attirent suffisamment l'attention des media internationaux et des populations d'autres continents. Mme Merkel, M. Sarkozy (avec ou sans sa femme), M. Cameron et quelques autres mobilisent davantage les télévisions et les photographes américains ou chinois ou d'ailleurs. Mais, en même temps, ces personnalités savent n'avoir de poids réel dans le monde que s'ils s'expriment au nom de l'Europe.
Et alors, que faire ? La réponse est dans les conclusions du Sommet: indiquer aussi clairement et officiellement que possible que les positions de M. Van Rompuy et M. Barroso ne sont pas personnelles mais qu'elles ont été préparées et mises au point en commun. C'est l'Europe qui parle. M. Van Rompuy l'a souligné jeudi soir au nom de l'institution qu'il préside. Ses remarques étaient claires, je dirais presque didactiques. Le président a dit. Je cite textuellement les passages qui me paraissent les plus significatifs et les plus explicites de la déclaration du président du Conseil européen à l'issue de la réunion:
« Le Traité de Lisbonne fait obligation au Conseil européen de définir les intérêts stratégiques de l'Union et de donner les orientations politiques générales pour les travaux des autres institutions. Je suis heureux que les chefs d'État ou de gouvernement aient tous souscrit à ce projet et décidé de participer de façon plus intense à la politique étrangère de l'UE.
Nous avons brièvement discuté de la façon de tirer le meilleur parti du Traité de Lisbonne: comment faire en sorte que ce qui émane de Bruxelles aille dans le même sens que ce qui émane des capitales; comment assurer une meilleure coordination entre les différents acteurs à Bruxelles ; comment traiter en tant qu'ensemble les différents aspects (économie, climat, valeurs, sécurité) des relations avec nos partenaires.
Le Conseil européen définit les messages clés, dont l'élaboration et la mise en œuvre incombent au Conseil Affaires étrangères, à la Commission et à la Haute Représentante.
Nous avons précisé comment nous positionner à l'égard de la Chine. Ainsi, lorsque le président de la Commission européenne et moi-même rencontrerons le premier ministre chinois (à Bruxelles dans trois semaines), nous parlerons au nom des 27 et pas seulement au nom de Bruxelles ».
Le Parlement doit rester vigilant. M. Van Rompuy a indiqué que le même exercice serait effectué le mois prochain en prévision du Sommet du G 20 et du Sommet UE/États-Unis. Les conclusions du 16 septembre indiquent sur ces deux dossiers les premières orientations ; cette rubrique en a rappelé les grandes lignes dans le bulletin n° 10217, notre bulletin du jour précédent avait rendu compte de la discussion. Les paragraphes qui composent le point 7 des conclusions méritent une lecture attentive, compte tenu aussi des évolutions récentes concernant l'opportunité d'une négociation directe avec les États-Unis sur les aides publiques à l'industrie aéronautique (affaire Airbus-Boeing) ou la nouvelle politique commerciale restrictive de la Chine (orientée vers la préférence à la production nationale pour tous les achats publics). Même sur de tels aspects, il reviendra au Conseil européen de définir les grandes lignes des positions de l'UE.
Le Parlement européen devrait-il se méfier ? Je crois qu'il devrait considérer que, de toute manière, les chefs d'État ou de gouvernement sont impliqués, aussi bien au niveau national que par les contacts entre eux ; il est positif que la discussion devienne communautaire (le Conseil européen est une institution de l'UE). Même Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit devraient en tenir compte, tout en restant vigilants.
Pour reprendre les deux exemples cités, les pays communautaires qui ont une industrie aéronautique ou qui sont grands exportateurs vers la Chine s'occupent des évolutions ; il est positif qu'ils en discutent au sein d'une institution communautaire, avec la participation de tous les États membres. Et le Parlement lui-même, compte tenu de ses compétences (considérables aussi bien en matière de commerce que de politique industrielle), pourra mieux s'exprimer si son interlocuteur est Herman Van Rompuy, qui doit l'informer et avec qui il a la possibilité de discuter régulièrement. (F.R.)