Bruxelles, 19/02/2010 (Agence Europe) - La Commission européenne va dévoiler, lundi 22 février, une solution de compromis sur la pêche et le commerce de thon rouge, une espèce menacée d'extinction. La Commission recommandera que l'UE défende, lors de la quinzième session de la conférence des parties à la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), du 13 au 25 mars 2010 à Doha (Qatar), une interdiction du commerce international du thon rouge.
La Commission devrait toutefois assortir sa proposition d'interdiction de conditions: - des exemptions pour permettre la poursuite de la pêche artisanale (l'interdiction du commerce met fin de facto à la pêche industrielle en haute mer, mais permet le maintien d'une pêche, réduite, destinée au marché domestique intra-européen: NDLR) ; - et surtout d'attendre novembre 2010 avant d'inscrire formellement le thon rouge à l'annexe 1 de la CITES où figurent les espèces menacées d'extinction dont le commerce international est interdit. En outre, des aides à la reconversion des marins pêcheurs et des programmes de sortie de flotte (avec des fonds communautaires et nationaux) sont possibles, dans le cadre du Fonds européen pour la pêche (FEP) qui couvre la période 2007-2013. Mais la Commission ne prévoit pas de fonds supplémentaires pour indemniser les marins-pêcheurs et les armateurs affectés par l'arrêt de la pêche au thon rouge.
En novembre 2010 doit se tenir la prochaine réunion de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA). Il faut se rappeler qu'en novembre 2009, les parties à la CICTA avaient pris des mesures pour restreindre la pêche au thon rouge (dont une baisse de 40% des possibilités de captures), tout en laissant une toute petite porte ouverte à une suspension de la pêche de ce poisson, pour laisser les stocks se reconstituer en cas de besoin. La Commission espère que la CICTA décidera la fin du commerce international en novembre, sinon, elle espère une intervention rapide de la CITES en faveur de cette interdiction.
Greenpeace juge la position de la Commission acceptable. Le délai qui serait proposé par la Commission est jugé plutôt raisonnable par certaines organisations écologistes, dont Greenpeace. « Ce délai ne rajoute pas une saison de pêche », laquelle se tient en mai-juin, se félicite Isabelle Philippe, de Greenpeace. La France a proposé d'inscrire le thon rouge à l'annexe I, mais au bout de 18 mois seulement, ce qui permettrait aux professionnels de mener les campagnes de pêche 2010 et 2011. La position de la France est jugée inacceptable par les environnementalistes. En outre, Greenpeace espère que si la recommandation de l'UE est acceptée (d'abord par le Conseil des ministres de l'UE, puis lors de la convention de la CITES, ce qui est loin d'être fait - NDLR), elle servira de « levier pour inciter la CICTA à décider, en novembre, un quota de pêche le plus proche possible de zéro », explique encore Isabelle Philippe.
Comme la France, l'Italie s'est montrée favorable à un arrêt de la pêche, tandis que l'Espagne (qui doit toutefois rester discrète, car elle préside le Conseil des ministres de l'UE - NDLR), la Grèce, Chypre et Malte continuent de s'y opposer.
La Commission communiquera publiquement lundi sur la recommandation qu'elle fera pour le thon rouge, mais compte rester muette s'agissant des autres espèces. L'ours blanc, certains coraux, certains requins et certains éléphants figureraient parmi la liste des espèces dont l'UE prône une meilleure protection. (L.C.)