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Bulletin Quotidien Europe N° 10067
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Lien entre immigration illégale et équilibre économique des États membres

Coordination indispensable. Sortir de la rhétorique et regarder en face la réalité ; il n'existe pas d'autre voie pour définir et mettre progressivement en œuvre une réponse commune adéquate au drame de l'immigration illégale. C'est ce que les ministres de l'Intérieur des États membres ont fait la semaine dernière à Tolède, au cours de la réunion informelle convoquée par la Présidence espagnole. Les grands principes que l'UE, et chaque État membre individuellement, doivent respecter n'ont pas été oubliés. Mais la plupart des ministres n'ont pas caché que leur souci immédiat est l'immigration illégale (voir notre bulletin n° 10062). La France et la Grèce avaient effectué auparavant une démarche commune demandant des initiatives européennes face à la situation en Méditerranée: surveillance des frontières maritimes par Frontex, vols communs pour le retour des clandestins, etc.. Et plusieurs ministres ont réitéré les difficultés auxquelles leur pays est confronté.

Cette rubrique s'était exprimée en septembre dernier (bulletins N° 9969 et N° 9970) sur la problématique générale et sur les situations, parfois intenables, de certains États membres ; je ne vais pas y revenir. Je voudrais en revanche souligner l'exigence d'un minimum de coordination entre les différents aspects de l'action communautaire. Je prends l'exemple de la Grèce. Les institutions ou organismes européens qui s'occupent d'économie et de finances (Conseil Écofin, Eurogroupe, Commission européenne, Banque centrale européenne) font logiquement pression sur Athènes afin qu'elle redresse sa situation budgétaire et mette de l'ordre dans ses comptes publics. La Grèce fait des efforts en ce sens et elle a réussi à reconquérir, du moins en partie, la confiance des marchés financiers: en début de semaine, elle a recueilli sur les marchés 8 milliards d'euros (alors qu'elle s'attendait au maximum à 5 milliards), et elle aurait pu emprunter davantage si elle l'avait souhaité. Très bien, car ce résultat « prouve la confiance des investisseurs dans l'économie grecque », dit le communiqué du ministère des finances. Mais tout a un prix: le taux d'intérêt auquel la Grèce emprunte est de 6,2%, tandis que l'Allemagne, par exemple, peut emprunter à un taux de 3,18%; or, la monnaie est la même ! L'UE réclame de la Grèce le respect des règles de la zone euro, et c'est normal ; mais elle devrait en même temps prendre en considération la pression insoutenable que représente pour la Grèce l'immigration clandestine qui passe essentiellement par la Turquie.

Relations extérieures et solidarité communautaire. Jacques Barrot, vice-président de la Commission encore pour quelques semaines, dans l'interview à notre Agence publiée dans les pages suivantes, confirme à la fois: a) le poids que représente pour la Grèce le problème de l'immigration clandestine ; b) les réticences de plusieurs États membres à accepter la gestion concertée des migrations et une politique commune en matière d'asile. C'est à la fois une question de relations extérieures (avec la Libye, la Turquie et quelques autres pays) et de solidarité communautaire. Jacques Barrot s'est dit optimiste quant à la possibilité d'un « véritable partenariat » avec la Turquie car les négociations progressent de manière positive. Mais il reconnaît en même temps que les effets seront lents et progressifs. Or, ce que l'UE demande à la Grèce sur le plan budgétaire est nécessairement rapide: la valeur de l'euro et le bon fonctionnement de la zone euro l'exigent. Les rumeurs sur des prêts bilatéraux d'autres États membres (lancées par Le Monde, voir notre bulletin d'hier) ont été démenties, ainsi que celles (lancées par le Financial Times) d'une négociation entre Athènes et Pékin pour un prêt chinois à la Grèce. Selon le premier ministre grec, toutes ces rumeurs font partie d'une tentative de déstabiliser la zone euro en attaquant son point le plus faible.

La fermeté ne nuit pas aux clandestins. Quelles que soient les manœuvres monétaires, le poids de l'immigration clandestine ne peut pas être négligé ; il ne concerne pas seulement la Grèce, mais tout autant Malte et les États membres méditerranéens en général. La question est aussi hautement politique: la très vive réaction de la France au débarquement de clandestins en Corse le prouve. Les côtes européennes ne peuvent pas devenir un lieu de débarquement libre.

Il ne faut surtout pas croire que la fermeté nuise aux clandestins ; au contraire, le laisser-aller aggrave la détresse car il encourage les ignobles filières criminelles de passeurs à tromper et mettre en péril de plus en plus de pauvres gens: les passeurs les dépouillent d'abord de toutes leurs ressources et les abandonnent ensuite en mer ou sur quelques plages. L'immigration illégale fragilise l'intégration des immigrés réguliers, provoque de terribles drames humains et risque de susciter des réactions xénophobes dans les zones moins favorisées de l'UE. L'immigration est nécessaire à l'Europe mais elle doit être maîtrisée.

(F.R.)

 

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