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Bulletin Quotidien Europe N° 10049
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Guy Verhofstadt a relancé le débat sur la nature de l'UE de demain

Priorité à l'efficacité, mais… Herman Van Rompuy, après avoir expliqué comment il interprète et il entend exercer ses fonctions de président stable du Conseil européen (voir cette rubrique d'hier), avait été tout autant explicite devant la presse: « Mes opinions n'auront aucun poids, mon rôle est de chercher le consensus. Mes positions seront celles que le Conseil européen aura approuvées ». Cette affirmation est sans doute trop réductive ; en fait, son rôle de président sera essentiel, les positions communes seront très souvent issues de son action de conciliation et de compromis. Mais il voulait indiquer qu'un Président de l'UE plus ou moins analogue à un Président des États-Unis n'existe pas ; il sera le chairman d'une des institutions communautaires et il travaillera en liaison avec le président de la Commission et avec le Parlement européen. Cette clarification renforcera la méthode communautaire et le projet d'une UE qui se veut compacte mais en même temps respectueuse des opinions de tous: « Sans le respect de notre diversité, nous ne construirons jamais notre unité ».

Mais dans quel sens iront les orientations à définir et les objectifs à poursuivre: vers une intégration de plus en plus étroite ou vers une simple coopération entre États? En direction d'une Union véritable ou d'une copie du Conseil de l'Europe et de l'OCDE ? Les positions nationales ne sont pas uniformes, on le sait. Je ne me réfère pas aux dossiers spécifiques ou techniques sur lesquels les orientations ne coïncident pas car les intérêts divergent ; la recherche permanente de compromis opérationnels est inévitable et d'ailleurs les résultats auxquels l'UE aboutit sont souvent positifs. Ce qui manque, c'est le consensus sur la conception même de l'UE future, sur la vision d'avenir.

Un avertissement, une mise en garde. Ce débat sur la doctrine et les grands principes ne sera pas repris par M. Van Rompuy, dont l'ambition est que l'UE fonctionne efficacement. Mais voici qu'il vient d'être relancé par le président du groupe libéral du Parlement européen, Guy Verhofstadt, qui a pris au vol l'occasion offerte par une constatation qui, à son avis, a sonné l'alerte: au moment du compromis final du Sommet de Copenhague sur le climat, l'Europe était absente ! Il y avait autour de la table Barack Obama pour les États-Unis, Wen Jibao pour la Chine, Singh pour l'Inde, Lula pour le Brésil et Zuma pour l'Afrique du Sud ; aucun Européen. M. Verhofstadt ne s'est pas exprimé sur le résultat global de Copenhague (sur lequel cette rubrique reviendra demain), sa cible était le fait en lui-même que « l'Europe n'était pas invitée » à la rencontre décisive, elle n'y était représentée ni par l'un ou l'autre des États membres ni par l'UE en tant que telle: et selon M. Verhofstadt, « c'est dur de se réveiller ainsi ».

Sa conclusion est simple: ou l'UE devient une union politique, ou bien elle n'aura plus de place à la table des négociations internationales les plus importantes: « les États membres n'ont pas le choix, soit ils font entendre leur voix via l'Europe, soit on ne les entendra plus. » Nous n'en sommes pas encore là, mais Copenhague représente, à son avis, « un sérieux avertissement ». Le Traité de Lisbonne donne à l'Europe les instruments pour agir: une diplomatie européenne et une stratégie économique commune. Si l'UE ne les utilise pas rapidement et efficacement, l'Europe ne sera plus écoutée sur rien, car « les nouveaux empires ne se contenteront pas du pouvoir économique (…) mais ils vont s'entendre sur les conflits » et sur les alliances internationales ; en définitive, « nous laisserons d'autres pays décider sans nous ».

Exagérations ? On peut certes trouver excessive la position de M. Verhofstadt en rappelant qu'en fait l'UE a joué à Copenhague un rôle essentiel et que, dans toute l'affaire climatique, elle a eu une attitude de pointe, sans laquelle la négociation n'aurait même pas commencé ; ce n'est pas l'absence de l'UE à une rencontre qui modifie cette réalité. Mais le message de M. Verhofstadt se veut clair: ou les États membres consolident leur unité, ou leur poids périclite.

La question de la nature et de l'évolution de l'UE se posera de toute manière, au moment de définir les nouvelles perspectives financières, le maintien de la politique de cohésion, l'adhésion de la Turquie. La position de Guy Verhofstadt, on la connaît: il estime que l'UE ne pourra pas se soustraire à une réflexion de fond sur la « différenciation » entre les États membres, soit par le recours aux « coopérations renforcées » soit, si nécessaire, de manière encore plus radicale, vu que la faculté de quitter l'Union a été introduite par le Traité de Lisbonne. Ce sera, le moment venu, un débat incontournable.

(F.R.)

 

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