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Bulletin Quotidien Europe N° 9851
ÉDITION SPÉCIALE
RÉUNION INFORMELLE DU CONSEIL EUROPÉEN
BRUXELLES - 1ER MARS 2009 /
(eu) ue/sommet

éviter d'ouvrir de nouvelles fractures en Europe

Bruxelles, 01/03/2009 (Agence Europe) - Organisée avant la rencontre informelle des chefs d'État ou de gouvernement de l'UE, dimanche 1er mars à Bruxelles, la réunion des dirigeants des pays d'Europe centrale et orientale a surtout été l'occasion de réaffirmer le besoin de solidarité au sein de l'UE. Une solidarité qui doit se manifester par un respect des règles du marché intérieur et des traités en général, ont insisté le Premier ministre polonais Donald Tusk et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, à l'issue de cette rencontre. Plusieurs pays européens se sont opposés à un plan spécial pour aider l'Europe de l'Est face à la crise économique, même si l'idée semble toujours soutenue par la Hongrie.

Dans une brève déclaration à la presse, M. Tusk a souligné la nécessité « de maintenir et d'adhérer à la solidarité paneuropéenne » et de respecter les règles et les principes du marché unique. « Nous souhaitons tous que l'Europe évite le protectionnisme et l'égoïsme », a-t-il déclaré, appelant aussi à « plus de responsabilités et plus d'optimisme ». M. Barroso a estimé cette rencontre utile pour comprendre plus directement certaines des préoccupations. Il a salué le fait que les nouveaux États membres adhèrent aux principes est « un grand encouragement pour tous ceux qui doivent, au quotidien, œuvrer à une réponse coordonnée de l'UE ». Selon lui, « il est très important, qu'en période de difficultés, nos citoyens comprennent que tous les pays d'Europe travaillent ensemble en suivant les mêmes lignes ».

Réunis à l'initiative de la Pologne, qui préside actuellement le groupe de Visegrád, les dirigeants des pays concernés (Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, République tchèque, Roumanie et Slovaquie) ont pu coordonner leur message dont la teneur devait être reprise à 27. Si la signification de cette rencontre en temps de crise n'est pas à négliger, sa portée politique est essentiellement symbolique. Les participants ne souhaitent pas véhiculer l'idée d'une opposition avec les anciens États membres ou ceux appartenant à la zone euro, certains reconnaissant même en privé ne pas comprendre toute l'utilité de ce mini sommet. Pour eux, l'idée de se réunir ne doit pas être perçue comme un rapprochement entre pays présentant des situations identiques. Tous sont certes durement frappés par la crise, avec un certain nombre de problèmes communs, mais les situations diffèrent fortement d'un pays à l'autre. Côté polonais, on minimise le caractère exceptionnel de la rencontre, en soulignant que les dirigeants de ces pays ont déjà eu l'occasion par le passé de se réunir avant d'autres Sommets. « Nous ne souhaitons créer aucune division en Europe », expliquait avant la rencontre un diplomate polonais. Il ne s'agissait pas de demander l'aide de l'UE pour la région dans son ensemble, faisait-il valoir.

« Je ne crois pas que l'Europe de l'Est soit une région spéciale, je ne crois pas qu'il soit nécessaire de séparer plusieurs pays au sein de l'UE, je soutiendrai une aide de l'UE à tout pays (qui en a besoin), pas spécialement l'Europe de l'Est », a en effet déclaré le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek, en arrivant à la réunion des Vingt-sept. Le Premier ministre estonien Andrus Ansip s'est lui aussi dit « fermement opposé à l'idée de créer un bloc » des pays de l'est au sein de l'UE. « Je ne crois pas qu'il y ait besoin de soutenir les pays d'Europe de l'Est (dans l'ensemble), ces pays sont très différents », a-t-il insisté, en rappelant que son pays ne souffrait pas d'une crise de liquidités, contrairement au voisin letton. L'Europe de l'Est ne forme pas « un bloc », mais fait face à des « problèmes spécifiques » dont il faut discuter, a renchéri le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, suivi en cela par le Premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt. Ce dernier a expliqué qu'il faut « agir en solidarité » avec les pays de l'Est, pas de façon collective mais aider « sur une base bilatérale, ceux qui ont besoin d'aide ».

Lors de son arrivée au déjeuner de l'ensemble des dirigeants de l'UE, le Premier ministre hongrois, Ferenc Gyurcsany, a en revanche de nouveau plaidé pour un plan d'aide spécifique en faveur du secteur bancaire des pays de l'Est. Tout en reconnaissant l'importance d'éviter « la mise en place d'un nouveau rideau de fer », M. Gyurcsany a déclaré: « Nous avons devant nous un nouveau défi: unifier l'Europe financièrement et économiquement ». Il souhaiterait notamment que soient mobilisés entre 160 et 190 milliards d'euros, bien plus que les 24,5 milliards d'euros sur deux ans que la BEI, la BERD et la Banque mondiale ont annoncé vendredi dernier vouloir octroyer (EUROPE n° 9850). « La situation est, selon moi, très variée. On ne peut pas comparer la Slovénie ou la Slovaquie avec la Hongrie », qui rencontre d'importantes difficultés de liquidités, a pour sa part constaté la chancelière allemande. « Nous avons jusqu'ici montré, justement dans le cas de la Hongrie, que nous aidons les pays qui en ont besoin et nous continuerons naturellement à le faire », a aussi dit Angela Merkel avant d'ajouter, dans une référence implicite à la proposition hongroise d'un fonds d'aide de 160 à 190 milliards d'euros pour les pays de l'est: « Je ne conseille pas d'aborder ce débat avec des chiffres astronomiques ».

Évoquée dans la semaine par le Premier ministre hongrois et son homologue polonais, l'idée d'une accélération de la procédure d'adhésion à la zone euro ne semble pas non plus faire recette (EUROPE n° 9847). « Je ne crois pas que les critères d'adhésion puissent être changés du jour au lendemain », a cette fois signifié le président de l'Eurogroupe, M. Juncker. (A.B.)