Bruxelles, 21/08/2008 (Agence Europe) - Compte tenu de la gravité de la situation humanitaire et des opérations d'épuration ethniques menées dans les territoires occupés par les russes, la Géorgie réclame l'envoi rapide d'une mission d'observation de l'Union européenne dans la région, a indiqué, mercredi 20 août, la ministre géorgienne des Affaires étrangères, Eka Tkeshelashvili, à Bruxelles. « Il faut envoyer une commission de vérification sur le terrain dans le cadre d'une mission PESD pour que des tiers puissent être témoins de la violations flagrante de l'accord signé avec la Russie. C'est urgent », a déclaré Mme Tkeshelashvili, aux députés de la commission des affaires étrangères, de la sous-commission de sécurité et défense et de la délégation pour le Sud-Caucase du Parlement européen, réunis lors d'une session extraordinaire.
Pas de mission au rabais. La ministre a annoncé le plan de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), pourtant accepté par Moscou et Tbilissi, qui consiste à envoyer immédiatement 20 observateurs internationaux supplémentaires dans les zones adjacentes à l'Ossétie du Sud. L'OSCE voudrait déployer jusqu'à 100 observateurs pour au moins six mois, contre huit actuellement. « La décision de l'OSCE n'est pas très encourageante pour nous (…) Comment 20 personnes pourront-elles changer la donne sur le terrain ? », a estimé Mme Tkeshelashvili, qui regrette que ces renforts ne puissent pas opérer directement dans la province d'Ossétie du Sud, où les troupes russes et les miliciens sud-ossètes participent à des opérations d'épuration ethnique solennelle. La ministre a par conséquent appelé l'UE à envoyer ses propres observateurs et suggéré l'idée d'une refonte de l'organisation du maintien de la paix en Géorgie qui est toujours confié pour une partie aux forces russes depuis le démantèlement du bloc soviétique au début des années 90. Dans ce contexte, le président de la commission Affaires étrangères du PE, Jacek Saryusz-Wolski (PPE-DE, polonais), a déclaré qu'il proposerait prochainement une résolution appelant à la création d'une mission PESD en Géorgie. Pour l'instant, la Russie s'oppose au déploiement d'une telle force, mais Mme Tkeshelashvili a jugé que l'envoi d'une telle mission en Géorgie dépendait de la seule volonté de son gouvernement. Les ministres des Affaires étrangères de l'UE devraient s'entretenir à propos de l'envoi d'une force européenne lors de leur réunion informelle des 5 et 6 septembre à Avignon.
Appel au retrait des troupes russes. « La Russie ignore carrément le cessez-le-feu » et « aucun signe ne tend à montrer que les forces russes se retirent » de Géorgie, a martelé la ministre, jugeant au contraire que leur champ d'action s'élargit jusqu'à créer des points de contrôle dans le pays qui permettent le bouclage de certaines zones où continuent à avoir lieu des pillages et des épurations ethniques. « La présence militaire n'est pas temporaire, elle est en train de se conforter et de devenir permanente », a affirmé la ministre, jugeant par conséquent que le plan de paix n'est pas respecté. « Si la présence militaire russe continue, il est difficile d'envisager qu'il n'y ait pas d'escalade, les populations étant forcées de réagir », a prévenu Mme Tkeshelashvili. Jeudi, plusieurs médias faisaient état d'un début de retrait des troupes russe stationnées en Géorgie, mais l'ampleur et le rythme des mouvements restaient faibles.
Les députés ont soutenus majoritairement la Géorgie et sa population, à l'image de Marie Anne Isler Béguin (Verte, française): « c'est une guerre des nerfs qui est lancée contre le peuple géorgien » qui est victime d'exactions continues de la part de la Russie. Adam Bielan (UEN, polonais) a critiqué le fait que l'accord de cessez-le-feu ne mentionne pas un seul instant l'« intégrité territoriale » de la Géorgie. M. Saryusz-Wolski a souligné que l'UE devrait s'impliquer dans le processus de reconstruction. À cette fin, il a appelé à une révision du budget pour débloquer des fonds additionnels pour la Géorgie. Néanmoins, certains députés ont critiqué ouvertement les agissements de la Géorgie. « Comment le président Saakashvili a pu être aussi stupide pour s'enfoncer dans la gueule du loup ? », a demandé Andrew Duff (ADLE, britannique). L'Allemand Tobias Pflüger (GUE/NGL) a mis en garde contre le danger de s'en tenir à une seule description du conflit, ajoutant que les attaques de la Géorgie contre les civils devraient être également condamnées. (B.C.)