Bruxelles 01/08/2006 (Agence Europe) - L'UE a appelé mardi 1er août à une « cessation immédiate des hostilités » devant être suivie par « un cessez-le-feu durable » entre Israël et le Hezbollah. Réunis au sein d'un Conseil Relations extérieures et Affaires générales extraordinaire à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont conditionné le déploiement d'une force internationale au sud-Liban à un règlement politique entre les deux parties. Il s'agira d'une force de l'ONU mais avec une grande composante européenne, a précisé devant la presse le ministre finlandais des Affaires étrangères Erkki Tuomioja qui s'est félicité que l'UE parle d'une seule voix.
C'est la poursuite des violences sur le terrain qui « a incité, je dirais, obligé l'Union européenne à délivrer une déclaration claire quand à sa politique et sa contribution à une résolution du conflit » au Liban, a expliqué M. Tuomioja en se félicitant des conclusions finalement adoptées par le Conseil après près de quatre heures de discussions « intenses ». Bien entendu, la Présidence a nié des divergences entre les Etats membres de l'UE, faisant plutôt état d'un « important travail de rédaction » pour satisfaire toutes les délégations. Il n'empêche, alors que le projet de texte présenté en début de réunion par la Finlande demandait « un cessez-le-feu immédiat », le texte finalement adopté par le Conseil demande une « cessation immédiate des hostilités » devant être suivie par un « cessez-le-feu durable ». Plusieurs Etats membres (Royaume-Uni, Allemagne, Pologne, République tchèque, Pays-Bas) seraient à l'origine de cette modification finalement proposée par le Luxembourg. Pressé d'expliquer la différence entre une cessation des hostilités et un cessez-le-feu, le Président du Conseil a demandé de ne « pas faire de la sémantique ». Cessation des hostilités signifie « la fin des tueries » tandis qu'un cessez-le-feu « repose sur un accord politique durable », a-t-il affirmé.
Dans ses conclusions, le Conseil exprime « sa préoccupation très forte » pour les pertes civiles, aussi bien libanaises qu'israéliennes, les souffrances, la destruction des infrastructures civiles et le nombre de personnes déplacées. Il « condamne les attaques de roquettes du Hezbollah sur Israël » et « la mort de civils innocents, principalement des femmes et des enfants, dans une attaque aérienne israélienne sur le village libanais de Cana ». Le Conseil estime que « toutes attaques contre le personnel des Nations unies sont inacceptables et déplore la mort tragique des observateurs militaires de l'ONU ». « Toutes les parties doivent tout faire pour protéger les populations civiles et pour s'abstenir d'actions en violation avec le droit international humanitaire », ajoute le Conseil. Un texte moins fort que le projet de texte initial de la présidence qui stipulait que « le non respect des précautions nécessaires pour éviter la perte de vies civiles constitue une violation grave du droit international humanitaire ».
Le Conseil soutient les efforts des Nations unies visant à définir « un cadre politique pour une solution durable acceptée par les deux parties, qui est une condition nécessaire au déploiement d'une force internationale ». Cette force doit disposer d'un mandat fort des Nations unies en soutien à l'accord politique et aux forces armées libanaises. Les Etats membres sont prêts à contribuer à une telle opération une fois que son mandat sera connu et le cadre politique élaboré, a expliqué le Président du Conseil en précisant que cela devrait arriver « d'ici non pas quelques semaines mais quelques jours » et en insistant sur le fait qu'il s'agira « d'une mission des Nations unies pas de l'UE » mais à laquelle « l'UE apportera certainement le principal contingent » et en assurant qu'il s'agira d'un véritable « test pour la crédibilité de l'UE ».
Dans ses conclusions, le Conseil rappelle aussi l'engagement de l'UE envers le Liban et se dit « prêt à contribuer à la reconstruction d'un Etat libanais capable d'exercer sa souveraineté totale sur son territoire et de protéger sa population pour une solution durable». Il estime que le plan libanais, présenté la veille par son Premier ministre au Conseil de sécurité des Nations unies, constitue une « bonne base pour une solution durable » qui doit comprendre: le retour des soldats enlevés et des prisonniers, le rétablissement des frontières internationales du Liban, le déploiement des forces armées libanaises sur tout le territoire, soutenues par une force internationale, la mise en œuvre des accords de Taef (qui a mis fin à la guerre civile au Liban) et des résolutions 1559 et 1680 du Conseil de sécurité de l'ONU (qui prévoient notamment le désarmement du Hezbollah).
Le Conseil appelle « les parties dans la région qui ont de l'influence à aider à mettre un terme à la violence » (allusion faite à l'Iran, la Syrie, la Jordanie et l'Egypte). Il déplore également la violence à Gaza et en Cisjordanie qui a mené à « une situation humanitaire » désastreuse. L'UE se dit enfin prête à promouvoir un plan global pour la paix au Proche-Orient avec ses partenaires et les pays de la région, et charge le Haut représentant de l'UE pour la PESC Javier Solana à rester en contact avec toutes les parties concernées et à se tenir prêt à contribuer à une solution politique et au processus de paix.
Les réactions de plusieurs ministres
La ministre des Affaires étrangères britannique Margaret Beckett a déclaré à la presse qu'elle n'avait pas résisté face à ceux de ses collègues qui voulaient intégrer dans la déclaration les mots « cessation immédiate des hostilités » à la place de « cessez-le feu immédiat ». Selon elle, ce sur quoi les ministres se sont accordés est « la cessation de la violence », c'est-à-dire « quelque chose de pratique » qui puisse « être durable » et « conduire à un cessez-le-feu ». Quelle sera la réaction d'Israël à cette déclaration ? A cette question, Mme Beckett a répondu qu'il fallait « attendre et voir ». Quant à une future force internationale au Liban, elle a dit que « personne ne parlait d'une force devant désarmer le Hezbollah », puisque cette tâche revient aux forces libanaises. Elle a enfin estimé qu'il fallait, à plus long terme, envisager une relation nouvelle avec les pays du Moyen-Orient. « Nous avons eu une discussion satisfaisante parce que substantielle », a déclaré pour sa part l'allemand Franck-Walter Steinmeier à l'issue de la réunion, qui aura permis, selon lui, de faire « un pas en avant décisif ». « La cessation des hostilités n'est pas un cessez-le feu », a-t-il reconnu, précisant qu'un cessez-le-feu « peut être atteint plus tard ». Nous pouvons le demander au Conseil de sécurité, mettre la pression sur lui et « ne pas perdre plus de temps », a ajouté M. Steinmeier. Pour le français Philippe Douste Blazy, la réunion de mardi a « prouvé que l'Europe politique existe ». « J'avais déjà demandé sans succès lors de la conférence de Rome la cessation immédiate des hostilités, car il faut un accord politique pour un cessez-le-feu durable, c'est la seule condition pour participer à une force multinationale au Sud Liban », a-t-il dit, estimant que le texte approuvé par les 25 « a une forte valeur politique ». La France présentera maintenant son projet de résolution de l'ONU à l'ensemble de ses partenaires, il ajouté, assurant qu'il souhaite « travailler avec les Etats-Unis ». « L'Iran peut jouer un rôle mais il lui appartient de se montrer à la hauteur de ses responsabilités », a-t-il noté, soulignant par ailleurs que la seule solution pour désarmer le Hezbollah est politique: « Nous ne croyons pas à une solution militaire. Seul un accord politique peut permettre une sortie durable ». Nous avons adopté « un message fort » qui s'adresse aussi bien « à la partie fondamentaliste » qui veut alimenter le conflit qu'à « Israël », a déclaré à la presse Massimo d'Alema, ministre italien des affaires étrangères, qui rappelle que le Conseil de l'UE a adopté « la même formulation » que dans la proposition française de résolution au Conseil de sécurité. « Il y a eu une convergence unanime du Conseil » sur le texte des conclusions adopté, a répondu aux journalistes M. D'Alema, qui n'a vu « aucune opposition » de la part de l'Allemagne, du Royaume-Uni et des Pays-Bas. Il a réitéré la volonté de son pays de participer à une force internationale d'interposition sous l'égide de l'ONU, qui devrait être déployée « assez rapidement ».