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Bulletin Quotidien Europe N° 9062
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Politique européenne de l'énergie: les ambitions et les obstacles

Un plan ambitieux. Le rôle central de l'énergie pour faire face aux défis actuels et futurs est reconnu par tous ; ou bien l'humanité maîtrise ces défis, ou elle risque de perdre le contrôle de son destin. Ce qui est vrai pour l'humanité en général l'est encore plus pour l'Europe, qui ne dispose pas de ressources énergétiques naturelles à la mesure de ses besoins et dont le salut dépend donc de sa capacité à donner des réponses adéquates sur tous les plans: environnemental, social, économique, et donc aussi politique. Et elle ne pourra le faire qu'en réunissant les forces et les capacités des pays et des peuples qui la composent. C'est à ce niveau d'importance et d'urgence qu'il faut évaluer les premiers symptômes d'une prise de conscience des chefs d'Etat et de gouvernement à propos de la nécessité d'une politique commune de l'énergie, constatés au Sommet informel de Londres (voir cette rubrique d'hier).

Dans son discours de vendredi dernier, le Commissaire européen à l'énergie Andris Piebalgs a résumé les actions indispensables et les travaux de la Commission, en cours ou en préparation, en vue de: éliminer les gaspillages et réduire la consommation ; mieux contrôler le fonctionnement du marché pétrolier en le rendant prévisible et transparent ; développer des énergies propres et durables. « Malgré beaucoup de bavardages et de bonnes intentions, une partie importante de l'énergie produite continue à être gaspillée en Europe », a dit le Commissaire en fournissant quelques chiffres: le potentiel d'économies d'énergie grâce à des comportements raisonnables dépasse 20% de la consommation ; la simple application effective de la législation communautaire déjà existante permettrait d'en économiser 10%. Le potentiel global d'économies est beaucoup plus élevé, mais ces 20% aisément atteignables correspondent à un quart du coût des importations européennes. C'est une question de volonté politique. Plusieurs mesures sont déjà en vigueur au niveau européen, surtout dans les domaines de l'électricité et du gaz ; il faut les appliquer.

Si la guerre aux gaspillages représente la première priorité, la deuxième est celle des investissements d'infrastructure, sérieusement négligés au cours des dix dernières années, que ce soit pour le raffinage ou pour les réseaux de transport. Maintenant, les possibilités financières existent, les entreprises concernées doivent faire leur devoir. Le troisième aspect concerne les énergies renouvelables. L'Europe est pour plusieurs aspects à l'avant-garde, par exemple pour l'énergie éolienne, qui, selon le Commissaire, présente les meilleures perspectives de développement (ensemble avec la biomasse). La Commission est en train de préparer une communication sur le financement des énergies renouvelables ainsi qu'un plan spécifique pour la biomasse. Quant à la recherche, les priorités sont inscrites dans le projet du programme de recherche 2007-2013.

Divergences et critiques. Faut-il conclure du tour d'horizon du Commissaire que tout est en place et que l'avenir est assuré ? Ce serait trop beau. En réalité, l'essentiel reste à faire. Les objectifs déjà fixés pour la production d'énergies alternatives ne sont pas atteints et ne le seront pas dans les prochaines années (avec quelques exceptions, comme le Danemark et, pour la biomasse, la Finlande) et, surtout, des critiques et des réserves se font entendre sur ces objectifs eux-mêmes, et a fortiori sur la possibilité de les rendre encore plus ambitieux. Trois études publiées en Belgique affirment que la promotion des filières bioéthanol et biodiesel à partir des cultures de betteraves et de colza n'est pas viable ; en Wallonie, il faudrait y consacrer 31% de toute la surface agricole pour atteindre le pourcentage prévu d'incorporation de biocarburant dans les carburants actuels. Seuls les espaces brésiliens et, en Europe, certaines zones de la France justifieraient des cultures agricoles destinées de manière spécifique à la production de biocarburants. Le recours à la biomasse, aux résidus végétaux, serait beaucoup plus prometteur (le Canada a déjà pris cette direction). Parallèlement, dans certaines zones, les «verts» soutiennent les protestations des populations locales contre la prolifération des éoliennes qui occupent et abîment certains paysages, et ils critiquent, parfois, aussi l'énergie solaire (non pour les maisons individuelles mais pour la production d'électricité).

On le voit, le chemin vers les énergies renouvelables est lui aussi escarpé et controversé. Sans parler du retour envisagé à l'énergie nucléaire, autour duquel les positions pour et contre s'opposent de façon radicale. En outre, des problèmes politiques délicats sont implicites dans la coopération avec les pays fournisseurs lorsqu'ils ont les dimensions de la Russie, sans parler des intérêts financiers en jeu. Ce sont des aspects que l'on ne peut pas négliger, et qui justifient un commentaire supplémentaire, la semaine prochaine, pour en rendre compte. (F.R.)

 

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