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Bulletin Quotidien Europe N° 8776
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Contre l'interprétation "nationaliste" de la répartition des portefeuilles au sein de la Commission Barroso

L'autonomie des Commissaires. Je vais m'éloigner radicalement de la plupart des commentaires que j'ai eu l'occasion de lire le mois dernier à propos de la répartition des tâches et des responsabilités au sein de la Commission Barroso. Ce que j'ai lu, c'était très souvent une saga de nationalisme borné, plutôt désolante et de mauvais augure: la plupart des analyses s'efforçaient d'évaluer quel Etat membre était sorti gagnant (et lequel perdant) de la distribution des portefeuilles, lequel avait obtenu le plus de pouvoirs et de chances de faire prévaloir ses intérêts nationaux au sein de la Commission. Pour les uns, c'était le Royaume-Uni qui a gagné, pour d'autres, l'Allemagne, alors que la France serait perdante…

À ce jeu-là, la conclusion serait automatique: le pays le plus puissant d'Europe est désormais le Portugal, car il a le président ! Comme si chaque Commissaire n'était là que pour faire prévaloir les intérêts de son pays d'origine, comme si la raison d'être de la Commission n'était pas de définir et défendre l'intérêt européen général. Sauvegardons au moins ce principe, en soulignant que dans la déjà longue histoire de l'institution, très rares ont été les cas où un Commissaire a donné l'impression de définir son attitude en fonction surtout des intérêts de son pays d'origine. Je ne saurais en citer qu'une paire; et le collège était là pour redresser la barre. Dans la prochaine Commission, la collégialité devrait être encore plus forte, en raison du nombre des Commissaires et des responsabilités horizontales que le président a gardées pour lui-même ou confiées à l'un ou à l'autre des vice-présidents.

Ne pas exaspérer le déséquilibre (qui existe). Je ne méconnais pas l'exigence d'un certain équilibre national au sein du collège. Qui pourrait reprocher à cette rubrique d'avoir négligé cet aspect ? J'ai dit et répété, au point de mécontenter un certain nombre de lecteurs, que la composition de la Commission résultant du Traité de Nice est déséquilibrée au détriment des grands pays, que la Constitution, avec son principe de la « rotation égalitaire », n'améliorera pas la situation, et que ce déséquilibre comporte le risque d'amener les grands pays à renforcer le caractère intergouvernemental de l'Union en réduisant l'autonomie de la Commission (car ils s'y sentent insuffisamment présents). Mais ce n'est certes pas en insistant lourdement sur la nationalité des Commissaires que l'on fera face à ce risque ! Les nouveaux Commissaires, qui ont déjà eu l'occasion de se présenter devant le Parlement européen (pour l'examen préliminaire d'accès à la Commission Prodi), ont montré qu'ils sont conscients de leur devoir d'indépendance et de la nature supranationale de leur rôle. Faisons confiance à la nouvelle Commission sans exaspérer a priori les sensibilités nationales. Ces dernières peuvent légitimement s'exprimer pour permettre au collège de délibérer en pleine conscience des répercussions de ses décisions dans chaque Etat membre, mais ne devront jamais prévaloir sur l'intérêt européen général.

Impression globalement positive, mais… Je reviens donc au point de départ: il faut évaluer les décisions de M.Barroso à la lumière non pas des luttes nationales pour s'assurer des positions de prestige et de pouvoir mais à la lumière de l'équilibre d'ensemble et de la capacité de la Commission d'œuvrer efficacement dans l'intérêt européen. Ma première impression est globalement positive, à la condition que quelques précautions soient prises, et avec un gros point d'interrogation qui, de mon point de vue, est préoccupant. J'en parlerai demain.

(F.R.)

 

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