Bruxelles, 07/11/2003 (Agence Europe) - Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), il faudra 16.000 milliards de dollars américains (USD) au niveau mondial pendant les trois prochaines décennies pour satisfaire la demande énergétique mondiale. C'est ce qui ressort d'une étude réalisé par l'AIE, "World Energy Investment Outlook", présentée mercredi à la presse. Cette étude révèle également que l'électricité absorbera près de 60 % des investissements mondiaux nécessaires, soit près de 10.000 milliards d'USD, le reste étant réparti entre le pétrole et le gaz (3.000 milliards d'USD chacun) et le charbon (400 milliards).
Ces 16.000 milliards de dollars seront nécessaires pour développer de nouvelles capacités d'approvisionnement énergétique, mais aussi pour en remplacer des anciennes. Les pays en développement auront besoin de près de la moitié des investissements mondiaux, la Russie et les pays en transition d'environ 10% et les pays de l'OCDE de 41%. Comme les pouvoirs publics se "désengageront" progressivement, les capitaux proviendront de plus en plus de sources privées et étrangères. Dans ce contexte, le financement des investissements nécessaires dans les pays en développement sera le plus grand défi à relever.
Sur les 10.000 milliards d'USD d'investissement absorbés par le secteur électrique mondial, plus de 50% seront affectés au renouvellement des installations. Les pays de l'OCDE devront investir 4.000 milliards d'USD dans leur secteur électrique dont la moitié dans les réseaux de transport et de distribution. La transition vers une ouverture complète des marchés à la concurrence suscite de nouvelles incertitudes en raison de ces besoins d'investissement. Les cinq plus grands pays non membres de l'OCDE (Chine, Russie, Inde, Indonésie, Brésil) auront besoin d'un tiers de l'investissement mondial dans le secteur de l'électricité, alors que les économies en transition et les pays en développement auront besoin de 60%. Cependant, rien ne dit que ces pays pourront financer les investissements nécessaires pour faire face à la demande ou, dans le cas des pays en développement, qu'ils pourront attirer les capitaux privés. En outre, 1,4 milliard de personnes seront encore privés d'accès à l'électricité en 2030, soit à peine 200 millions de moins qu'aujourd'hui.
L'investissement total dans l'industrie pétrolière atteindra près de 100 milliards de USD. Le Moyen-Orient devrait satisfaire près de 2/3 de l'augmentation de la demande mondiale de pétrole d'ici 2030 si le volume d'investissement nécessaire n'est pas assuré. L'investissement en gaz représentera 3.100 milliards de dollars. Pour répondre à l'augmentation de la demande, il faudra accroître la capacité de production gazière de 300 milliards de mètre cubes par an. Cependant, plusieurs facteurs (réformes du marché de l'énergie, instabilité politique) pourront entraîner de l'incertitude dans la disponibilité des investissements et faire apparaître des goulets d'étranglement. Le charbon devrait totaliser 400 milliards d'USD d'investissement.
En présentant à la presse les résultats de cette étude, Claude Mandil, le directeur de l'AIE, a tenu à préciser que les prévisions avaient été établies sur la base de la situation en 2002, en partant de l'hypothèse qu'il n'y aurait pas de changements drastiques des politiques, et sans prendre en compte la "percée" de nouvelles technologies comme l'hydrogène. C'est pourquoi, l'étude indique en conclusion que les politiques d'environnement envisagées dans les pays de l'OCDE (notamment pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et pour économiser l'énergie) ainsi que le développement de nouvelles technologies (l'hydrogène, la séquestration du carbone) pourraient transformer radicalement la répartition de l'investissement énergétique.
Le secteur public doit veiller sur les investissements dans le domaine de l'énergie
Comme l'a expliqué M. Mandil au cours d'une conférence de presse, l'Europe n'échappe pas à la règle puisque 65% des investissements iront à l'électricité dans l'Europe "OCDE". La production pétrolière, de même que les investissements, va diminuer. Par contre, la croissance du gaz sera plus importante et les deux principaux fournisseurs seront la Russie et l'Algérie. Pour M. Mandil, "cette étude constitue une sonnette d'alarme pour les gouvernements et la Commission (européenne)", dans le contexte de la libéralisation du marché intérieur de l'énergie. Alors que cette libéralisation est "très importante et positive", selon lui, "il ne faut pas en déduire" que les gouvernements seront moins impliqués. Les gouvernements, dit-il, ont un rôle à jouer notamment pour assurer des investissements privés en suffisance et, surtout, pour veiller à leur utilisation à bon escient. M. Mandil a également présenté un scénario "alternatif" pour l'UE dans lequel les Etats membres soutiendraient davantage les énergies renouvelables, la cogénération, l'efficacité énergétique (la plus importante aux yeux de M. Mandil car la moins onéreuse). Même si les émissions de CO2 de l'UE diminueraient, cela ne permettrait cependant pas à l'UE de remplir les objectifs de Kyoto, a-t-il ajouté en concluant qu'il faudrait davantage de nucléaire et une utilisation plus flexible du Protocole de Kyoto.