L'initiative du conventionnel français William Abitbol de proposer un "prix européen" (à sa façon, voir plus loin) fait des émules, et je vais participer moi aussi à ce petit jeu à propos de la Convention et des travaux connexes, en invitant éventuellement les lecteurs à formuler à leur tour quelques suggestions. Voici ma première liste de "prix européens 2002":
1. Prix de l'imagination à Valéry Giscard d'Estaing, président de la Convention, pour sa définition de ceux qui ne comprennent pas que le premier traité constitutionnel doit trouver un équilibre entre l'Europe des peuples et l'Europe des Etats-nations: "Ceux dont le crâne serait trop étroit pour accueillir les deux lobes du cerveau - le cerveau gauche, l'affectif, celui de l'union des peuples, et le cerveau droit, dépositaire de la mémoire, celui de la survie des Etats-nations - feraient capoter le projet."
2. Prix de la méfiance à Andrew Duff, conventionnel britannique, pour cette réaction à l'idée d'attribuer au Haut Représentant de la PESC le poste de vice-président de la Commission européenne: "une bonne recette pour créer de mauvaises relations entre lui et le président de la Commission, ce sera un coucou du Conseil qui fera son nid dans la Commission."
3. Prix de l'élégance (vestimentaire) à Chris Patten, Commissaire européen, pour la réaction suivante à la proposition (retenue par la Commission) d'unifier les rôles de Haut Représentant de la PESC et de Commissaire européen aux relations extérieures, en lui attribuant une double casquette: "la casquette serait très large, elle exigerait une grosse tête."
4. Prix de la sincérité à Noëlle Lenoir, ministre française des Affaires européennes, pour la description suivante (devant le Sénat de son pays) de ses premières expériences à la recherche de positions communes avec le Royaume-Uni: "Concernant le lien franco-britannique, le dialogue est complexe. Il n'y a guère que sur la défense que l'on semble en état de pouvoir avancer ensemble. Sur le reste, le Royaume-Uni est demandeur de propositions communes, mais il se trouve dans une situation délicate. Nous organisons beaucoup de discussions mais on constate peu de rapprochements tangibles."
5. Prix de la causticité au conventionnel anonyme qui a donné la description suivante de la "méthode Giscard d'Estaing" de présidence: "Si un intervenant exprime son désaccord avec courtoisie, Valéry Giscard d'Estaing retient la courtoisie. Si un autre exprime son désaccord en vociférant, il retient la vocifération. Si d'autres approuvent ses thèses, c'est un consensus significatif. Quand ils ne sont pas d'accord, c'est un certain consensus. Quand 40 conventionnels successifs le désapprouvent, le consensus progresse dans la bonne direction." Prix ex aequo au conventionnel Alain Lamassoure qui, de son côté, a ainsi décrit les réactions au style du président: " face à Giscard d'Estaing, il y a deux sortes de gens, ceux qui sont irrités mais sous le charme et ceux qui sont sous le charme mais qui sont irrités"
6. Prix de la litote à Valéry Giscard d'Estaing, déjà primé (voir le point 1), pour sa réponse à la question du parlementaire européen Antonio Tajani à propos de l'idée de participer lui-même à la Conférence intergouvernementale qui aura à se prononcer sur les résultats de la Convention: "Je suis d'accord que vous le proposiez".
7. Prix de l'optimisme à Pierre Moscovici, ancien ministre français des Affaires européennes et ancien conventionnel, qui, à la question de savoir si un résultat positif de la Convention pourrait être remis en cause par la Conférence intergouvernementale, a répondu: "Si la Convention parvient à un consensus, comment imaginer que les Etats, qui ont participé aux travaux, le remettent en cause ? La CIG aura déjà eu lieu, en quelque sorte, à l'intérieur de la Convention."
8. Prix de l'incompréhension au conventionnel William Abitbol pour avoir attribué son "prix européen de la stupidité" au Commissaire Günter Verheugen, qui avait déclaré que "l'élargissement de l'UE coûtera 25 euros par habitant, la seconde guerre mondiale a coûté beaucoup plus cher". La déclaration de M. Verheugen prend sa signification si on l'interprète comme une allusion au fait que la seconde guerre mondiale a été tout d'abord une guerre intra-européenne, c'est-à-dire l'une de ces guerres que la création de la CE a rendues impossibles, et que le prochain élargissement éliminera à jamais aussi pour les pays adhérents. La déclaration de M. Verheugen était donc le rappel discret mais très approprié d'une vérité fondamentale sur les effets de l'intégration européenne, que l'on se plaît parfois à oublier ou à méconnaître.
(F.R.)