Strasbourg, 13/04/2000 (Agence Europe) - Le président autrichien Thomas Klestil, à l'occasion d'une réunion à huis clos, mercredi après-midi, avec la présidente du Parlement européen Nicole Fontaine et les présidents des groupes politiques, a réaffirmé la nécessité de rechercher ensemble une solution afin de sortir de la difficile situation créée par les sanctions bilatérales de Quatorze Etats membres à l'égard de l'Autriche. Il est très difficile de séparer les relations bilatérales de la vie au sein de l'Union européenne, a répété le président Klestil, qui a remarqué par exemple que l'ambassadeur autrichien à Paris devrait être en mesure de contribuer à la préparation de la future Présidence française du Conseil de l'UE, et a cité au moins quarante cas de personnes qui ont été pénalisées par les sanctions bilatérales. EUROPE croit savoir que la discussion de mercredi après-midi a fait ressortir, avec des nuances, la compréhension des chefs de groupes politiques pour les arguments du président autrichien, à l'exception du président du groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique Francis Wurtz, qui a dit que la seule solution à la crise serait la sortie du FPÖ de Jörg Haider du gouvernement autrichien; ceci est "le choix éthique à faire, le reste, c'est de la politique". Plusieurs chefs politiques ont déclaré plus ou moins explicitement que l'Autriche continue à faire partie de la "famille européenne" (réponse indirecte au souhait qu'avait exprimé Mme Fontaine que l'Autriche puisse "redevenir" un membre à part entière de l'Union, tout en ajoutant immédiatement qu'elle n'avait jamais cessé de l'être: voir EUROPE d'hier, pp. 7/8).
Le président Klestil a souligné que, en l'état actuel, les Articles 6 et 7 du Traité (sanction en cas de violations des valeurs de base de la construction européenne) ne sauraient s'appliquer à l'Autriche et a répété que Vienne est favorable à un mécanisme de monitorage si un Etat membre, quel qu'il soit, viole ces principes de base. Plus tard, devant la presse, M. Klestil s'est félicité de constater que cette idée, qu'il avait déjà présentée au sommet européen de Lisbonne, avait été accueillie favorablement par les présidents des trois principaux groupes. Pour le président du groupe socialiste M. Baron, la nécessité de renforcer les Articles 6 et 7 est un argument supplémentaire en faveur de l'insertion de la Charte des droits fondamentaux dans le Traité; mais M. Klestil a observé que l'Autriche ne souhaite pas devoir attendre la fin de la négociation sur la Charte pour trouver une solution à son problème.
Le président du groupe du PPE, M. Pöttering, a répété que l'Autriche est membre à part entière de l'Union, et que les sanctions bilatérales risquent d'entraîner des violations du droit communautaire, alors que le président du groupe socialiste M. Baron a noté que l'UE est une famille et qu'il y a eu une querelle avec un des membres de cette famille, en soulignant que le problème, c'est la nature du FPÖ. Pat Cox, président du troisième groupe par le nombre, le groupe libéral, a affirmé que "nous sommes une Union de Quinze", et a dit qu'il aurait souhaité une présence de la présidence du Conseil dans l'hémicycle pendant le discours de M. Klestil. La coprésidente finlandaise du groupe des Verts Mme Hautala a regretté que les sanctions bilatérales ne soient pas mieux "ciblées", et a demandé au président Klestil (qui lui a répondu qu'il avait réprimandé à plusieurs reprises Jörg Haider pour ses propos) si le responsable du FPÖ a fait des affirmations impliquant des violations des principes fondamentaux de la construction européenne. Pour l'Union de l'Europe des nations, M. Collins (Irl.) a affirmé que, alors qu'il n'a rien à partager avec quelqu'un comme Haider, le peuple autrichien est libre d'élire qui il veut, et Charles de Gaulle (Front national), en parlant pour le Groupe technique des députés indépendants, s'est clairement désolidarisé des décisions du président Chirac et du gouvernement français à l'égard de l'Autriche. Le président danois du groupe de l'Europe des démocraties et des différences M. Bonde est allé plus loin, en conseillant à M. Klestil de lancer "une action d'urgence" à la Cour de Justice de Luxembourg, en demandant à la Cour de "biffer" les sanctions des "Quatorze". M. Bonde a confirmé son opposition à la politique du FPÖ et à toute forme de racisme et de xénophobie, mais a estimé que les sanctions empêchent l'Autriche d'agir en tant que membre à part entière de l'Union.
Le président Klestil a par ailleurs rappelé qu'il avait déjà souligné la nécessité de trouver à Quinze une solution à cette crise, dans une lettre adressée au Premier ministre portugais Antonio Guterres. Dans cette lettre, M. Klestil notait que certains Etats membres avaient adopté des mesures allant au-delà de la portée des sanctions bilatérales prévues et rappelait qu'il avait déjà demandé à la Commission européenne de veiller à ce que l'Autriche ne soit pas discriminée. Le président du PPE Hans-Gert Pöttering a estimé qu'il faudrait d'abord lever les sanctions bilatérales, et seulement ensuite discuter la mise en place d'un mécanisme européen de surveillance.