Le Caire, 04/04/2000 (Agence Europe) - Le premier "sommet" des chefs d'Etat ou de gouvernement de l'UE et de toute l'Afrique devait se terminer dans la soirée par l'adoption du document commun baptisé "Déclaration du Caire". Mais dans la soirée, on n'exclurait pas que la discussion puisse être relancée avant la clôture sur l'un ou l'autre aspect. La "déclaration du Caire" doit marquer la volonté de faire de ce Sommet le point de départ d'un effort commun pour éviter une marginalisation dramatique du continent qui compte la grande majorité des pays pauvres de la planète. Sa part dans le commerce mondial tend à décroître sensiblement et tous les efforts sont annihilés sous le poids d'une dette estimée à 350 milliards de dollars.
La question de la dette a été au centre de tous les discours africains. Mais du côté européen, on estime que la rencontre du Caire ne doit pas être présentée comme le "sommet de la dette". C'est, selon le porte-parole de M. Nielson, un thème crucial que l'UE traite dans diverses enceintes et notamment avec les ACP et il était "effectivement important d'en parler pour la première fois entre chefs d'Etat". Mais il y a eu aussi débat sur les aspects politiques: droits de l'homme, démocratie et bonne gouvernance. Selon M. Nielson, de manière générale, le "sommet" se déroule même "mieux que prévu" et il a permis des "échanges de vues approfondis" sur tous les thèmes. Loin du scepticisme général qui affecte ce genre de rencontres, le "sommet" peut être perçu comme l'amorce d'une entente globale non seulement diplomatique mais valable aussi dans les enceintes économiques, l'OMC en premier. Cela commence, modestement, par la mise au point d'un "code de conduite" commun en l'occurrence d'une "déclaration du Caire" de même nature que celle de Barcelone pour le partenariat euro-méditerranéen.
Les Quinze s'étaient en tous cas déplacés en nombre: un chef d'Etat (M. Chirac) et douze chefs de gouvernement ainsi que deux ministres des Affaires étrangères (Grande-Bretagne et Grèce). Du côté africain, presque tous les dirigeants du continent étaient présents sauf ceux de la Somalie et du Rwanda. Dans la délégation sénégalaise, le nouveau chef de l'Etat, qui vient à peine d'être investi, a eu, selon un diplomate européen, un "geste élégant et démocratique" en déléguant au "sommet" son prédécesseur, Abdou Diouf. Le secrétaire général de l'Onu, seul observateur invité, s'est fait représenter.
Sans une "solution originale" sur la dette, il n'y aura pas de développement
Le président Moubarak avait donné le ton dès l'ouverture: comme après lui presque tous les orateurs africains, il a insisté sur la question de la dette. Divers pays du continent ont "franchi d'importantes étapes vers la mise en place d'un environnement propice", après s'être engagés dans des programmes de réforme et de modernisation de leurs infrastructures et dans des politiques d'intégration sous-régionales. Cela ouvre, à son avis, la voie à une sortie de la "spirale infernale". Il estime que le développement est une "responsabilité africaine au premier chef" mais les meilleurs efforts n'ont pas permis d'éviter la marginalisation économique, commerciale et en apports financiers (investissements privés et publics), alors que les prix des biens importés se sont notablement accrus: "dans un tel contexte externe, la dette africaine s'est aggravée dans des proportions sans précédent et les mécanismes de règlement existants se sont révélés soit extrêmement lents soit inadaptés".
Il a appelé Africains et Européens à rechercher ensemble des "solutions originales en rappelant que les présidents algérien et sud-africain ont reçu du sommet de l'OUA en 1999 le mandat d'imaginer, avec les pays créanciers, le moyen de sortir d'une telle situation. M. Moubarak a souligné que les pays africains se sont donné pour perspective d'accélérer le projet de "Communauté économique africaine", d'un "parlement de toute l'Afrique" et de faire de l'an 2000 "l'année de la paix" et de promotion de la démocratie. Pour lui, l'avenir du continent doit reposer sur un triangle vertueux "démocratie, développement et stabilité". Ceci conforte les décisions déjà prises au récent "sommet" d'Alger de l'OUA contre le terrorisme, et en 1995 au Caire, d'un mécanisme africain de prévention des conflits et en 1996 d'un consensus pour faire de l'Afrique une "zone exempte d'armes nucléaires. Nous souhaitons élargir cela au Moyen-Orient", a-t-il ajouté en reprenant un thème cher à son pays et en observant que "cela concerne aussi la sécurité de l'Europe".
Après lui, le président en exercice de l'OUA, le chef de l'Etat algérien, a souligné la qualité et l'importance du lien entre l'Afrique et l'Europe. L'UE est "un nouveau pôle (auquel) l'Afrique s'adresse aujourd'hui. Elle le fait avec d'autant plus d'espoir qu'elle estime que c'est en Europe qu'elle est susceptible de rencontrer le plus de compréhension". L'Afrique a pris conscience de ses retards de développement et aussi des "immenses lacunes que comporte chez elle l"Etat de droit (…) "Dans son immense majorité, l'Afrique les juge intolérables et s'efforce de les limiter et elle ne redoute pas d'en parler. Mais peut être accepte-t-elle mal d'être jugée sommairement, sans considération des progrès inégalement rapides mais certains, qu'elle accomplit". Il y ajoute la difficulté de combattre la corruption "quand celle-ci a des relais, des facilités et des incitations mêmes dans les pays développés". On prête à M. Bouteflika, de source algérienne, l'intention de plaider une action commune contre les transferts illégaux en Europe d'avoirs africains et le retour de tels fonds.
Prodi: placer "l'Afrique au centre des politiques de l'Union"
Le président de la Commission a affirmé son intention européenne de "placer la coopération avec l'Afrique au centre des politiques de l'Union", provoquant quelque étonnement parmi les délégations de certains Etats membres. "En organisant ce sommet, nous avons voulu montrer que les relations entre l'Europe et l'Afrique, déjà si riches, doivent aujourd'hui s'inscrire dans un nouveau cadre stratégique". Les accords de partenariat (Méditerranée et ACP) "constituent à l'évidence une réponse partielle" mais elle est "ambitieuse". Il invite les Africains à "dire quels sont leurs besoins et priorités (…) La Commission est prête à vous écouter" et elle est prête à "offrir son expérience d'intégration".
Sitôt après la séance d'ouverture, les chefs d'Etat avaient entamé lundi soir leurs discussions centrées autour des trois thèmes convenus: les aspects économiques et sociaux (avec la participation de l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, les Pays-Bas et la Suède), les aspects politiques (Autriche, Danemark, Finlande, Grèce et Grande-Bretagne) et mardi matin les questions du développement (Irlande, Luxembourg, Portugal et Espagne). Dans la succession de discours, on retiendra deux annonces, l'une du Chancelier Schroeder d'un allégement de la dette de 30 pays les moins développés pour un total de 700 millions DM, l'autre du Président Chirac qui propose d'annuler à 100% (au lieu des 90% annoncés à la réunion du G7 en juillet 1999 à Cologne) la dette des PMA. Le roi du Maroc, Mohamed IV, a lui aussi fait part de "l'annulation de l'ensemble des dettes des pays africains les moins avancés vis-à-vis du Royaume et la levée de toutes les barrières douanières imposées aux produits importés de ces pays". Plusieurs autres intervenants européens ont indiqué leur volonté d'accélérer la mise en œuvre de l'initiative internationale d'allégement de la dette des PMA.