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Bulletin Quotidien Europe N° 7683
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/sommet de lisbonne

Accord de principe déjà atteint jeudi sur un "rendez-vous annuel économique et social" du Conseil européen et sur les grands principes de la stratégie à mettre en oeuvre

Lisbonne, 23/03/2000 (Agence Europe) - Les chefs d'Etat et de gouvernement, réunis à Lisbonne ces jeudi et vendredi en Conseil européen extraordinaire consacré à la réforme économique, l'emploi et l'innovation, étaient parvenus, après leur première session de travail à un large consensus sur la proposition de la Présidence portugaise d'un "rendez-vous annuel économique et social", chaque printemps, et sur les principaux éléments visant à faire de l'Union l'économie la plus compétitive et la plus dynamique, capable d'une croissance soutenue accompagnée d'une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande cohésion sociale. Les éléments de cette stratégie sont: a) préparer la transition vers l'économie de la connaissance; b) mettre en oeuvre des réformes économiques favorisant la compétitivité et l'innovation; c) moderniser le modèle social européen (en investissant dans les ressources humaines et un luttant contre l'exclusion sociale).

Pour concrétiser ces priorités, les Quinze devraient s'entendre sur une série d'objectifs assortis d'un calendrier, dont notamment: i) une croissance moyenne de 3% au niveau de l'UE pendant une période soutenue; ii) le plein emploi en 2010; iii) un taux d'emploi analogue à celui des Etats-Unis (autour de 70%); iv) une série d'objectifs intermédiaires en matière de réforme économique et sociale, d'éducation, de développement de la société de l'information. Les conclusions que le Conseil européen doit adopter ce vendredi et qui, dans l'intention de la présidence, devraient ne pas dépasser la quinzaine de pages, devraient contenir une vingtaine d'objectifs précis, en partie chiffrés et accompagnés d'échéances (en partie non-contraignantes). L'ambition de la présidence était d'atteindre un équilibre satisfaisant entre le volet économique et le volet social de cette nouvelle stratégie, et d'affirmer une ambition à concrétiser au niveau de l'Union européenne tout en respectant les différences nationales.

Au cours de ce sommet très ramassé, consacré à un seul thème (les discussions sur les questions de politique internationale se sont concentrées surtout sur les Balkans), la participation de l'Autriche, à travers le chancelier Wolfgang Schüssel, la ministre des Affaires étrangères Benita Ferrero-Waldner et le ministre des Finances Karl-Heinz Grasser n'a été marquée par aucun incident. La situation interne de l'Autriche a été évoquée seulement pendant le dîner de travail, l'intention étant que Wolfgang Schüssel explique cette situation et que le président du Conseil européen Antonio Guterres, et lui seul, lui réponde en rappelant la position prise le 31 janvier par les Quatorze en ce qui concerne leurs relations bilatérales avec l'Autriche. Alors que récemment des informations ont circulé sur une certaine lassitude qui commencerait à se manifester dans certains Etats membres concernant les sanctions bilatérales, les Quatorze entendaient maintenir un front uni à ce sujet, l'idée étant que des mesures décidées à Quatorze ne peuvent être levées que par une décision prise à Quatorze. Quant à la traditionnelle "photo de famille", M.Schüssel y était avec tous ses collègues: le ministre belge des Affaires étrangères, M.Michel, a indiqué que (alors que son premier ministre M.Verhofstadt y était) il avait préféré pour sa part ne pas y être afin de confirmer la cohérence de la politique adoptée par son pays concernant les relations bilatérales avec l'Autriche.

Maria João Rodrigues: "cela valait la peine de courir le risque"

Jeudi en fin de matinée, la Prof. Maria João Rodrigues, qui a joué un important rôle dans la préparation de ce sommet (voir EUROPE d'hier, pp.7/8) avait déjà annoncé: "nous sommes parvenus à un consensus sur une nouvelle stratégie pour l'Union européenne. Cela valait la peine de prendre le risque de faire des propositions ambitieuses". Mme Rodrigues a signalé que l'accord dégagé concernait les objectifs pour la société de l'information, l'accès de toutes les écoles à internet, une nouvelle approche de la politique de la recherche, et aussi sur la tenue d'un Conseil européen qui, à chaque printemps, fixerait les grandes priorités de politique économique et sociale et donnerait des mandats précis aux différents Conseils. Nous ne voulons pas alourdir le travail de l'Union européenne, mais simplement convenir que le sommet du printemps se concentrera sur ces questions, a-t-elle dit, en ajoutant que les Grandes orientations de politique économique devraient devenir un "outil central" afin d'améliorer la coordination entre les politiques macro-économiques et la politique sociale.

Par ailleurs, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaire Pedro Solbes a indiqué à la presse que le président Prodi avait, pendant le débat de la matinée, incité l'Europe à saisir l'occasion unique qu'offre la phase de croissance actuelle pour faire quelque chose de nouveau, sans s'écarter de la politique économique qui lui a permis d'établir une "culture de la stabilité" mais en mettant l'Europe en condition de cueillir les fruits de la "nouvelle économie" et de devenir ainsi plus dynamique et compétitive. Dans ce processus, a dit M.Solbes, nous devons utiliser l'expérience du passé (qui a débouché sur le Marché intérieur et la monnaie unique) et voir si des "critères objectifs" peuvent être appliqués dans les domaines qui sont au centre de ce sommet.

M.Jospin: la future Présidence française proposera d' adopter au sommet de Nice un
"agenda social européen" pour les prochains cinq ans

Le premier ministre français Lionel Jospin, dans son intervention, a annoncé d'emblée que, pendant le deuxième semestre de cette année, la Présidence française entendait promouvoir le projet "d'un "agenda social européen" rassemblant, sur cinq ans ou davantage, les actions à conduire dans le domaine social au plan européen. "Si le principe en est retenu dans les conclusions de ce Sommet, nous pourrions nous fixer pour objectif d'adopter cet "agenda social européen" à la fin de cette année à Nice", a-t-il dit. Quant au sommet en cours, il a estimé qu'"il s'agit aujourd'hui de mettre l'accent sur de nouvelles priorités sans créer de nouvelles procédures", et il a insisté sur plusieurs enjeux essentiels pour la France, parmi lesquels: - faire de la reconquête du plein emploi "l'objectif qui guide tous nos choix économiques et sociaux", et aussi donner la priorité à l'augmentation du taux de l'emploi à l'horizon 2010; - créer en Europe les conditions d'une croissance forte, durable et non inflationniste: selon lui, l'adoption à Lisbonne d'un "objectif de croissance d'au moins 3% par an en moyenne au cours des prochaines années" serait "très importante", et il faudrait aussi, pour "accroître la cohérence de nos politiques", établir un "tableau de bord rassemblant un petit nombre d'indicateurs stratégiques".

Pendant la session de travail de la matinée, la plupart des participants ont souligné la nécessité de maintenir la croissance: nous devons rendre cette croissance stable et durable, ont dit aussi bien le premier ministre italien M.D'Alema que le premier ministre luxembourgeois M.Juncker, et le premier ministre grec M. Simitis. Le premier ministre danois M.Rasmussen a salué l'idée d'un sommet annuel consacré essentiellement aux priorités économique et sociales, et le premier ministre finlandais M.Persson s'est félicité d'entendre parler à nouveau de plein emploi (et il a été le seul à évoquer le problème de l'environnement). Le premier ministre espagnol M.Aznar a insisté sur les réformes structurelles et la libéralisation. L'une des principales questions en suspens était celle de savoir si les conclusions du sommet contiendront des engagements précis concernant la libéralisation des transports et de l'énergie: la France en particulier a estimé que ce sommet n'est pas le lieu où en discuter alors que le premier ministre britannique M.Blair a cité cette libéralisation pendant la discussion de l'après-midi. Le chancelier allemand M.Schröder a souligné la nécessité d'un équilibre entre l'économique et le social, et a aussi rappelé les limites de ce que les Etats peuvent faire afin de relancer l'emploi, et le chancelier autrichien M.Schüssel a insisté notamment sur le bon fonctionnement des marchés financiers et le développement de la recherche. Quant au ministre des Finances finlandais M.Niinisto (qui remplaçait le premier ministre M.Lipponen, absent pour des raisons de santé), il a salué les propositions de la présidence concernant la société de l'information, tout en notant que les nouvelles technologies sont surtout un outil au service de certains objectifs.

Si le premier tour de table de la matinée a permis de dégager une large convergence sur la voie à suivre, malgré des nuances plus ou moins importantes, le débat de l'après-midi de la première journée de sommet a été plus laborieux, car il a abordé des questions moins consensuelles, à savoir les questions sociales et l'emploi. L'un des aspects les plus délicats discutés pendant cette séance (à laquelle ont participé les ministres des Finances et le commissaire aux affaires économiques et monétaires Pedro Solbes Mira) était la réforme du système de retraites, et une conclusion du sommet devrait être la mise en place d'un Groupe de travail à haut niveau sur l'établissement d'un système de retraites soutenable à long terme.

Balkans: MM. Solana et Patten recevront du sommet le mandat de coordonner la politique de l'UE dans la région

Lors de leur dîner de travail commun de jeudi, les chefs d'Etat et de gouvernement, les ministres des Affaires étrangères et la Commission européenne ont discuté de la nécessité de rendre l'action de l'UE dans les Balkans plus cohérente, plus incisive et plus visible (le problème du Kosovo a été discuté dans ce contexte). L'intention du Conseil européen est de donner mandat au Secrétaire général du Conseil de l'UE/Haut Représentant pour la Pesc Javier Solana et au Commissaire européen aux relations extérieures Chris Patten le mandat d'assurer la coordination politique de cette action de l'Union en Europe du Sud-Est, d'apporter à la politique de l'UE dans la région, sans la modifier, un certain nombre d'ajustements (afin de tenir compte en particulier de la situation en Serbie, où les sanctions n'ont pas affaibli le président Milosevic, mais où il faut continuer à appuyer la société civile et les forces démocratiques) et d'exploiter pleinement le potentiel que le processus de stabilisation et d'association à l'UE représente pour la poursuite des réformes économiques et démocratiques dans les pays concernés.

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