Le projet de budget de l’UE actuellement sur la table « doit être réduit de plusieurs centaines de milliards d’euros », a réaffirmé Friedrich Merz, mercredi 9 septembre. Le chancelier allemand s’exprimait aux côtés du président du Conseil européen, António Costa, de passage à Berlin à l’occasion de son « tour des capitales » européennes consacré au cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034. Leur tête-à-tête est intervenu trois jours après la victoire inédite du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) aux élections régionales le 6 septembre, en Saxe-Anhalt, infligeant une défaite cinglante à la CDU, le parti du chancelier.
Depuis, les autres États membres s’interrogent quant aux conséquences de la faiblesse politique de Friedrich Merz dans son pays et sur la propension de l’Allemagne à faire des compromis, à Bruxelles, dans le délicat dossier du CFP post-2027. D'autant plus que l'AfD, qui a actuellement le vent en poupe, est globalement opposée à l’UE et à la fiscalité.
Mercredi, le démocrate chrétien a en tout cas revendiqué maintenir « le même message » au sujet du futur budget de l’UE, jugé bien trop volumineux en l’état (EUROPE 13886/1).
« Dans le sillage de la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, la situation politique rend clairement plus difficile pour l’Allemagne d’accepter un budget européen en hausse. Je pense donc que Merz risque de se montrer encore plus frugal », pronostique Philipp Lausberg, analyste politique senior au sein du groupe de réflexion European Policy Centre (EPC).
« La pression au sein de son propre parti risque notamment de s’accentuer. L'aile conservatrice de la CDU-CSU perçoit la contribution financière à l’UE comme une forme de subvention aux autres États membres », indique encore cet enseignant à l’Université Catholique de Lille.
« Les appels du chancelier à réduire de 500 à 600 milliards d’euros le futur budget européen pour 2028-2034 pourraient trouver un écho auprès de nombreux électeurs conservateurs allemands, tant au sein de la CDU/CSU que de l’AfD », analyse Andrea De Petris, directeur scientifique du Centro Politiche Europee (CEP) à Rome. « Cependant, une réduction du budget européen limiterait également la capacité d’action de l’UE dans des domaines que Merz considère comme stratégiques, tels que la défense européenne et le contrôle des frontières extérieures afin de réduire l’afflux de migrants en situation irrégulière », poursuit cet universitaire.
En attendant, Friedrich Merz a campé sur ses positions, tout en espérant conclure cette « négociation extrêmement complexe » à la fin de l'année, « si possible ».
Le chancelier n’a d'ailleurs pas prononcé le moindre mot au sujet des nouvelles ressources propres. Si l’Allemagne doute de leur importance (EUROPE 13934/18), la France, comme António Costa, voient en un accord en la matière une clé de la négociation.
« Merz se trouve à la croisée des chemins : s’il privilégie la rigueur budgétaire en Europe, il pourrait renforcer sa popularité en Allemagne, mais au risque de détériorer ses relations avec des pays clés de l’UE comme la France et l’Italie », conclut Andrea De Petris. (Clément Solal)