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Bulletin Quotidien Europe N° 13956
ACTION EXTÉRIEURE / Chine

« un premier pas dans le processus de rééquilibrage » - à Pékin, l'UE obtient de nombreux engagements, notamment sur l'automobile

« Une première étape cruciale, mais un premier pas seulement dans le processus de rééquilibrage » : c’est ainsi que le commissaire chargé du Commerce et de la Sécurité économique, Maroš Šefčovič, a résumé ses échanges avec ses homologues chinois, vendredi 9 octobre.

L’Union européenne et la Chine, qui cherchent depuis plusieurs mois à rééquilibrer leurs relations commerciales, se sont entendues sur un certain nombre de points (seize au total) à l’issue de la deuxième réunion des consultations UE-Chine sur le commerce et l’investissement (TIC) à Pékin.

Une déclaration commune (voir en fin d'article) détaille ces engagements. La Chine a notamment accepté de modérer ses exportations de véhicules hybrides vers l'UE et d'appliquer des droits de douane réduits à certains produits, au titre de la clause de la nation la plus favorisée. Cela représente une économie en droits de douane de 225 millions d'euros. Les produits concernés sont les pièces automobiles, l'huile d'olive ou encore les denrées alimentaires, a précisé la Commission européenne.

Accord sur les véhicules hybrides. La victoire la plus importante pour la Commission concerne sans doute le secteur automobile.

« Nous sommes parvenus à un accord commun visant à limiter les exportations chinoises de véhicules hybrides et de véhicules hybrides rechargeables vers l'Union européenne. Cela ouvre la perspective d'une réduction de plus de la moitié des exportations chinoises », a déclaré Maroš Šefčovič lors d’une conférence de presse. « Pour la première fois, la Chine accepte de modérer ses exportations sans passer par une phase de tensions commerciales préalables », a-t-il salué.

L’Association des constructeurs d’automobiles européens (ACEA) a aussitôt salué ces annonces. « Cette annonce constitue une avancée positive vers l'apaisement des tensions commerciales entre les deux parties », a réagi l’organisation, sous réserve d’analyser les détails de l’accord.

Pour évaluer la réduction attendue, la Commission européenne s’appuie sur les flux commerciaux observés sur une période de quatre ans. « Nous constatons que les exportations de véhicules hybrides et d’hybrides rechargeables vers l’Union européenne seraient réduites de plus de moitié par rapport à un scénario de statu quo », a précisé M. Šefčovič. Avec cette nouvelle mesure, « plusieurs millions de voitures destinées à être exportées de Chine vers l'Union européenne » seraient donc privées d’entrée sur le marché européen.

Les modalités concrètes de ces restrictions restent toutefois à préciser : M. Šefčovič a déclaré qu’il devait « d’abord obtenir l’aval des dirigeants sur les mesures à prendre au sein de l’Union européenne ». « La procédure que nous proposons est conforme aux règles de l’OMC », a-t-il assuré.

Accès aux terres rares. Un point important de l’accord concerne également les terres rares, dont la Chine contrôle actuellement 90% de la chaîne de valeur mondiale (EUROPE 13856/8).

« Les deux parties sont convenues de l’importance d’améliorer la prévisibilité et la stabilité des chaînes d’approvisionnement industrielles mondiales. La Chine est disposée à continuer de faciliter la délivrance de licences d’exportation pour la fourniture de terres rares et d’aimants permanents à l’UE par le biais du mécanisme accéléré », indique le communiqué commun.

La dépendance européenne à l’égard de la Chine pour ces ressources naturelles, ainsi que le risque d’une instrumentalisation commerciale, constituent une préoccupation majeure pour l’UE, notamment en cas d’escalade des tensions. Les terres rares sont essentielles à de nombreuses industries, dont l’automobile, la défense et les semi-conducteurs.

Le dialogue se poursuit. La pression diplomatique s’était intensifiée autour de la Commission en amont de cette visite. Dans un document informel publié lundi, la France et l’Allemagne avaient avancé plusieurs pistes pour répondre à la concurrence jugée déloyale de la Chine (EUROPE 13952/1). Quelques jours plus tard, le Parlement européen avait également durci le ton (EUROPE 13954/9). Vendredi matin, la Chine a rappelé qu’elle disposait également d’outils de défense commerciale qu’elle pourrait activer si les tensions venaient à s’aggraver, selon Bloomberg.

Les consultations de haut niveau et la visite du commissaire européen ont donc permis d’aboutir à plusieurs engagements, sans encore lever toutes les incertitudes sur leur mise en œuvre. Les modalités de l’accord sur les véhicules hybrides doivent notamment être précisées, tandis que les dirigeants européens devraient examiner la suite à donner à ces avancées lors du Conseil européen des 15 et 16 octobre.

Un troisième cycle de consultations sur le commerce et l’investissement aura lieu à Bruxelles en mars 2027, tandis qu’une visioconférence ministérielle est prévue en janvier prochain. D’ici là, Maroš Šefčovič continuera d’échanger avec ses homologues chinois.

Voir la déclaration conjointe : https://aeur.eu/f/nv1 (Juliette Verdes)

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