Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a plaidé, lundi 20 février, pour que les États membres de l’UE envoient les munitions qu’ils ont en leur possession à l’Ukraine.
« Il faut fournir à l’Ukraine ce qui est nécessaire pour faire face aux combats. Pour cela, les États membres doivent donner la priorité à l’Ukraine dans l’utilisation de leurs capacités actuelles et dans les contrats passés avec l’industrie », a estimé M. Borrell à l’issue du Conseil 'Affaires étrangères'.
À son arrivée au Conseil, M. Borrell avait estimé que « la question la plus importante et la plus urgente pour l'armée ukrainienne était d'avoir un flux continu de munitions de calibre 155 - également de calibre 152 ». « L'artillerie russe tire environ 50 000 coups par jour. Par jour. L'Ukraine doit être au même niveau de capacité. Ils ont des canons, mais ils manquent de munitions », a-t-il prévenu.
Pour le Haut Représentant de l'UE, il faut « lancer des procédures pour produire plus et plus vite ». « Nous devons intensifier nos efforts, notamment par le biais d'achats communs au niveau de l'UE », a-t-il ajouté, tout en rappelant qu'à court terme, il fallait envoyer les munitions des stocks des États membres, qui existent déjà. M. Borrell a ajouté que les Européens discutaient avec l'industrie pour renforcer les capacités, « mais cela ne se fait pas du jour au lendemain ».
Selon une source européenne, la proposition estonienne de marché commun pour les munitions, soutenue par Kiev, a été bien accueillie par les ministres européens des Affaires étrangères.
À son arrivée au Conseil, le ministre estonien, Urmas Reinsalu, a expliqué que l’UE devrait commencer par des munitions de 155 mm, avec un objectif d’un million de pièces, ce qui coûterait environ 4 milliards d’euros. Selon lui, la Russie utilise en un jour en Ukraine autant d’obus que ce que l’UE en produit en un mois. Avec les capacités industrielles actuelles, il faudrait environ six ans pour couvrir les besoins de l’Ukraine, a expliqué M. Reinsalu.
M. Borrell devrait faire des propositions lors de la réunion informelle des ministres européens de la Défense, les 7 et 8 mars, à Stockholm.
Adoption des sanctions attendues avant le 24 février
Le Haut Représentant a expliqué que les ministres s’étaient engagés à surmonter les obstacles qui demeurent pour l’adoption du 10e paquet de sanctions de manière à ce qu’il puisse être adopté par procédure écrite avant le 24 février.
À leur arrivée au Conseil, certains ministres ont déjà appelé à aller plus loin que la proposition de la Commission. M. Reinsalu estime qu'il faut sanctionner le gaz naturel liquéfié et baisser le plafonnement du prix du pétrole de 60 à 30 dollars. Le ministre lituanien, Gabrielius Landsbergis, a mis en avant Rosatom. « Je sais que certains pays s'inquiètent des contrats en place, qu'ils ont besoin de ces contrats pour que leurs centrales soient opérationnelles. Ils en ont besoin pour la sécurité nucléaire, la sécurité énergétique, et c'est compréhensible. Mais nous pouvons y déroger », a-t-il expliqué.
Au-delà de sanctions supplémentaires, plusieurs ministres ont mis en avant la nécessité de s’attaquer au contournement des sanctions.
Soutien international espéré
Le soutien international à l’Ukraine a aussi été abordé alors que l’Assemblée générale des Nations Unies, à laquelle M. Borrell et plusieurs ministres vont participer, devrait voter, jeudi, une résolution défendant la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. « Il s'agit d'un vote très important aux Nations unies. Rappelez-vous, 143 votes (pour la résolution condamnant l’annexion de la région ukrainienne par la Russie, le 12 octobre (EUROPE 13042/5), NDLR). Voyons quel est le niveau de soutien du monde entier à l'Ukraine et à la condamnation de l'agression de la Russie », a souligné M. Borrell. Il a précisé que l’UE, l’Ukraine et les pays du G7 menaient une action de sensibilisation « intense », pour garantir le soutien de l’Assemblée générale à la résolution.
« Il est important d’être capable d’adopter avec une large majorité la résolution sur la paix en Ukraine, de manière à avoir une légitimité pour cette approche », a ajouté le ministre roumain, Bogdan Aurescu. (Camille-Cerise Gessant avec Léa Marchal)