Les Vingt-sept ont adopté « à l’unanimité », samedi 29 avril, leurs lignes directrices en vue des négociations sur le Brexit, qui démarreront mi-juin après les élections législatives au Royaume-Uni.
Les lignes directrices, qui ont légèrement évolué depuis leur présentation fin mars, ont été adoptées « en moins de quatre minutes » a expliqué le président du Conseil européen, Donald Tusk, à l’issue du sommet européen.
Ces lignes directrices fixent le cadre politique des négociations à venir. Elles seront complétées par des directives de négociation qui constitueront le mandat du négociateur de l'UE, Michel Barnier. La Commission dévoilera celles-ci le 3 mai, le Conseil 'Affaires générales' les adoptera formellement le 22 mai.
Samedi, les Vingt-sept ont affiché une unité à toute épreuve autour de principes clefs: - une approche par étapes: les négociations sur la future relation commerciale avec Londres n'aura lieu que si les Vingt-sept estiment avoir suffisamment avancé sur les termes du divorce; - la résolution en premier de trois grandes problématiques liées aux droits des citoyens, au solde des comptes de l’appartenance britannique à l’UE et à la question de la frontière nord-irlandaise.
Cette unité autour des principes de négociation n’est pas une « unité de façade » mais traduit une véritable « ambition commune », a assuré le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker. Il n'a pas nié qu'« une négociation difficile » est à venir que le maintien de l'unité des Vingt-sept serait lui aussi « difficile ». M. Juncker a anticipé de possibles divisions sur les questions budgétaires avec des « pays qui ne voudront pas payer plus et des pays qui ne voudront pas recevoir moins ».
Sur la question des droits des citoyens, le président de la Commission a souhaité que les négociations aboutissent non pas à « des principes sommaires mais à de vraies garanties ».
Les leaders européens ont abordé avec Michel Barnier d’autres problèmes concrets comme un scénario découlant d'une absence d'accord, a indiqué une source sans préciser ses propos.
Décision sur les agences à l’automne
La question des deux agences européennes basées à Londres - l'Agence européenne bancaire et l'Agence européenne des médicaments - constituera un autre enjeu majeur des négociations, cette fois uniquement entre les Vingt-sept (EUROPE 11770).
Les chefs d’État et de gouvernement n’auraient que brièvement évoqué cette question. MM. Juncker et Tusk ont dit aux Vingt-sept qu’ils présenteraient une liste de critères en juin. « Ce qui est sûr, c’est que les agences doivent rester dans l’UE. Le Coreper (ambassadeurs nationaux auprès de l'UE) examinera la question une fois les critères présentés et prendra une décision avant l’automne cette année », a déclaré le Premier ministre irlandais, Enda Kenny. Le président français, François Hollande, et le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, ont aussi parlé d'une décision à l'automne.
Satisfecit général
« Nous voulons à l’avenir avoir de bonnes relations avec la Grande Bretagne, mais nous voulons aussi représenter nos intérêts. Çela a jusqu’à présent extrêmement bien marché », a déclaré la chancelière allemande, Angela Merkel, refusant tout idée de « coalition » anti-britannique.
« Nous avons insisté sur le fait que nous avons des défis géostratégiques communs aux Vingt-sept, que nous avons des intérêts communs en matière de sécurité, que nous devons travailler ensemble dans l’OTAN. Ces paramètres vont préciser les négociations », a ajouté la chancelière. Elle a souligné l'importance de continuer d'avancer en parallèle sur les agendas de Rome (EUROPE 11754) et de Bratislava (EUROPE 11626) « car le monde va continuer à tourner dans les deux prochaines années » et parce que ces feuilles de route « ont exactement la même importance que les négociations sur le retrait de la Grande-Bretagne ».
M. Kenny s’est dit « content » des résultats: le texte adopté samedi reconnait les situations et difficultés particulières de l’Irlande du Nord mais aussi de Gibraltar et de Chypre. M. Rajoy a rappelé que tout accord entre le Royaume-Uni et l'UE se référant à Gibraltar devra au préalable obtenir l'assentiment de l'Espagne.
« Ce qui est très important, c’est que les Vingt-sept aient pu faire leur unité sur les deux phases » des négociations à venir, a réagi le chef de l’État français François Hollande, dont c’était le dernier sommet européen. Et d'ajouter: « Ce qui était essentiel, c'était que nous puissions nous mettre d’accord sur un principe tout simple qui vaut pour le Royaume-Uni comme pour tout pays qui voudrait quitter l’UE: ce pays ne doit pas être dans une situation plus favorable à l’extérieur qu’il ne l’était dans l’UE. Il y a toujours un prix, un coût, une conséquence à quitter l’UE ».
Les leaders européens se retrouveront fin juin à Bruxelles, à vingt-huit avec le Premier ministre britannique, Madame Theresa May, puis à nouveau à vingt-sept, l’idée étant qu’ils discutent plus précisément du sort des agences européennes.
Voir le texte des lignes directrices: http://bit.ly/2qgxXBy (Solenn Paulic avec Lionel Changeur, Emmanuel Hagry, Pascal Hansens, Elodie Lamer, Sophie Petitjean)