Les Vingt-sept sont restés campés sur leur position, vendredi 21 octobre, tout en appréciant la démarche d’information poursuivie par le Premier ministre britannique, Madame Theresa May, sur la situation de son pays vis-à-vis de ses relations avec l'Union européenne.
Aucun dirigeant européen n’a d’ailleurs pris la parole pour engager le débat après que Mme May leur a présenté ses intentions, a rapporté une source européenne, la responsable britannique se bornant toutefois à rappeler ce qu’elle avait déjà dit début octobre lors de la conférence du parti conservateur à Birmingham, notamment l’engagement d’activer l’article 50 d’ici à la fin mars.
Certains dirigeants ont estimé, à l’issue de la première session de travail du Conseil européen, que la posture de Mme May avait été constructive et que cette dernière n’avait pas affiché l'intention de parvenir à une sortie pure et dure de l'Union (‘hard Brexit’). C'est ce qu'a déclaré en substance Xavier Bettel, le chef du gouvernement luxembourgeois. Il a aussi indiqué que, selon la Britannique, la législation européenne continuera d’être reflétée dans la législation britannique.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a apprécié le fait que Mme May souhaite que la négociation à venir se fasse dans l'intérêt du Royaume-Uni, mais « pas au détriment des Vingt-sept ». Ce sera dans la pratique « une voie difficile à emprunter », a-t-elle néanmoins jugé, qualifiant les propos de Mme May de « bonne base de travail ».
La Premier ministre britannique « a fait la présentation de sa démarche », a brièvement expliqué le chef de l’État français, François Hollande. « Elle s’engage dans un esprit constructif, mais nous verrons bien en mars ». En attendant, le Français a souligné que les lignes rouges restaient les mêmes, à savoir le respect des quatre libertés du marché intérieur et « pas de pré-négociations ».
Mme May a confirmé qu’elle invoquerait, avant la fin du mois de mars 2017, l’article 50 du traité relatif aux modalités de sortie d'un pays de l'UE, a dit le président du Conseil européen, Donald Tusk, expliquant par ailleurs que le Royaume-Uni resterait un membre à part entière de l’UE avec « ses droits et ses obligations » tant que le divorce n'aura pas été prononcé. Il répondait à des questions sur la mise à l’écart potentielle du Royaume-Uni de certaines discussions communes.
Après la notification de la volonté des Britanniques de quitter l'UE, il existe toutefois « une obligation légale de se réunir à Vingt-sept » pour évoquer la sortie, a expliqué M. Tusk. « Si vous me le demandez, je préfèrerais le format à 28 pour les prochains mois, années et décennies », a-t-il par ailleurs regretté, ajoutant que le caractère réversible ou non de la décision de quitter l'UE « était dans les mains des Britanniques ». (Solenn Paulic avec Emmanuel Hagry, Mathieu Bion et Jan Kordys)