Le commissaire désigné à l’Union de la sécurité, Sir Julian King, a tenté, lundi 12 septembre à Strasbourg, de convaincre la commission des libertés civiles (LIBE) du Parlement européen qui l’auditionnait de sa volonté de remplir ses fonctions le mieux possible et de servir en toute intégrité l’intérêt général européen.
À en croire les réactions des groupes politiques, le diplomate britannique désigné en remplacement de son compatriote Jonathan Hill par l'ancien premier ministre David Cameron, semblait, à l’issue de ces trois heures de questions-réponses, avoir plutôt bien réussi son examen de passage.
Devant une assemblée qui était également constituée de membres de la commission des affaires étrangères (AFET), le Britannique, actuel ambassadeur du Royaume-Uni à Paris, a également dû contourner quelques questions sur la sortie de son pays de l’UE émanant en grande partie des groupes eurosceptiques et europhobes.
Sir Julian King s’est refusé toutefois à tout commentaire sur la position de son gouvernement et n’a ainsi pas pu répondre à une question sur la durée de son mandat étant donné que le commissaire désigné ne peut pas prédire « la durée des négociations » qui auront lieu entre le gouvernement britannique et l’UE une fois activé l'article 50 du traité, a-t-il ainsi expliqué.
Avertissement contre une sortie du Royaume-Uni d'Europol
Après plus de deux heures trente d’audition, le Britannique est toutefois sorti brièvement de sa neutralité, mettant ainsi en garde Londres contre une sortie d’Europol, l'agence européenne de coopération policière. « Si le Royaume-Uni décide de ne pas participer à Europol, alors il y aura un problème », a-t-il lâché, redoutant une « sorte de vide » pour son pays.
Le commissaire candidat, qui sera chargé de donner corps à l'Agenda sur la sécurité de l’Union et de travailler en coordination avec le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, ainsi que les commissaires aux Migrations et aux affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, et à la Justice, Věra Jourová, a fait valoir son expérience du terrain. Il a notamment été témoin des attentats terroristes de Paris, mais il avait aussi auparavant œuvré pour la paix en Irlande du Nord où il a pu se forger un acquis en matière de lutte contre le terrorisme.
Evitant subtilement de répondre précisément sur l’avenir de son pays auprès de l’UE, tout en assurant que le Royaume-Uni continuera de connaître les mêmes défis que l’UE en matière de sécurité une fois la séparation consommée, Sir Julian King a essentiellement insisté - comme il l’avait déjà fait dans ses réponses écrites aux députés (EUROPE 11620) - sur l’importance de lutter contre la cybercriminalité et de renforcer la cyber-résilience des États membres. Il a également prôné la mise en œuvre urgente des décisions déjà prises à l’image de la directive 'PNR européen' relative au transfert des données des passagers aériens vers les États-Unis (EUROPE 11535). Selon le candidat désigné, à peine trois États membres seraient actuellement capables de faire fonctionner les unités de traitement des données passagers.
Sir Julian King a aussi exhorté le législateur européen à s’accorder au plus vite sur la proposition de directive contre le terrorisme (EUROPE 11510). Le potentiel futur commissaire s’est dit prêt, en ce qui concerne la lutte contre la radicalisation, à augmenter les ressources du Réseau européen de lutte contre la radicalisation (RAN). Sur la question sensible du chiffrement des communications, le candidat désigné s’en est remis aux recommandations qu’il sollicitera auprès de praticiens et d’experts avant de décider de la marche à suivre.
Europol ne sera pas un FBI européen
Mais le Britannique s’est fixé une ligne très claire, à savoir celle de rester dans le cadre des Traités. À ce titre, Sir Julian King a expliqué qu’Europol et son centre de contre-terrorisme, appelés à se développer et à être renforcés via l'affectation de 80 à 90 personnes supplémentaires, ne pourraient pas devenir un FBI européen, Europol n’ayant « pas le même rôle coercitif ».
Le candidat désigné a également largement insisté sur l’un des points sensibles constatés entre les États membres, à savoir le partage d’informations et renseignements pertinents. Il a assuré qu'il ferait tout que les États membres utilisent le plus possible les systèmes d’information européens, comme le Système d’information Schengen, et qu'ils s’échangent des informations de qualité.
Le Britannique a aussi satisfait certains élus comme Sophie in’t Veld (ADLE, néerlandaise) ou Birgit Sippel (S&D, allemande) en assurant qu’il était également prêt à revoir l’efficacité des outils et stratégies existants. « Il faut une sorte d’état des lieux », a dit M. King, réfutant toutefois qu’il s’agisse de faire une « pause » dans l’action de l’UE.
La prestation du candidat a globalement été bien accueillie, notamment par le directeur d’Europol, le Britannique Rob Wainwright, qui en a salué la qualité, mais aussi par les élus écologistes. Ainsi, pour le député allemand Jan Philipp Albrecht (Verts/ALE), M. King a-t-il fait du « bon boulot », le député espérant qu’il en fera autant une fois en poste.
Le groupe S&D a également émis un communiqué favorable à M. King, Birgit Sippel jugeant la prestation « globalement positive ». Le groupe CRE a lui aussi salué une « solide » performance du candidat désigné.
Les coordinateurs de la commission LIBE se retrouveront, mardi 13 septembre à 9h, pour évaluer cette audition. Le PE doit voter sur cette désignation jeudi 15 septembre. Il reviendra au final au Conseil de l'UE de prendre une décision formelle sur la candidature de M. King en s'appuyant de l'appréciation du Parlement. (Solenn Paulic)