Paris, Le Bourget, 14/12/2015 (Agence Europe) - Pari tenu à la COP 21 de Paris, pour un gain mondial. Les 196 parties à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques sont parvenues, samedi 12 décembre à 19h30, à conclure un accord universel, contraignant, dynamique et différencié pour faire face au défi du changement climatique (EUROPE 11451).
Six ans après l'échec de Copenhague (COP 15) et au terme de deux semaines de négociations marathon, cet accord amorce un tournant vers la transition énergétique mondiale et un avenir décarboné. Il a été conclu dans la liesse et qualifié d'historique. Cela, même si, dans le texte de l'accord, les 196 parties se disent préoccupées par le fait que les contributions nationales (INDC) sur la table conduiraient à un réchauffement mondial d'environ 3 degrés Celsius en 2100. Compte tenu du nombre de pays et d'intérêts en jeu, c'était sans doute le meilleur accord possible, à défaut de répondre déjà à l'urgence à laquelle sont confrontés les petits Etats insulaires vulnérables, menacés d'être engloutis par la mer.
L'Accord de Paris, appelé à entrer en vigueur en 2020, vise à renforcer la riposte mondiale à la menace du réchauffement, en contenant la hausse moyenne des températures « nettement en dessous des 2 degrés Celsius » à la fin du siècle et en poursuivant les efforts pour limiter la hausse à 1,5 degré. Une différence de 0,5 degré Celsius correspond à une réduction de 70% à 80 % des émissions de gaz a effet de serre d'ici à 2050.
L'accord contient un objectif de long terme pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre et une actualisation, tous les cinq ans, tant des contributions des différents pays, sur la base des données scientifiques, que des financements. Il accorde une place accrue à l'adaptation, reconnaît la nécessaire coopération en matière de pertes et dommages, et prévoit la mobilisation de financements accrus et prévisibles pour soutenir les efforts d'atténuation et d'adaptation des pays en développement.
Selon le Président de la COP 21, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, chaleureusement remercié par tous les ministres et délégués, c'est « un accord différencié, juste, durable, équilibré et juridiquement contraignant, qui reconnait les principes de justice climatique, de responsabilités et capacités différenciées ». De l'avis du Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, c'est « un accord qui tracera à la planète une voie nouvelle, vers un avenir affranchi des émissions de gaz à effet de serre ».
L'Union européenne, qui a œuvré au relèvement du niveau d'ambition, a fait part de sa « grande satisfaction » face au résultat obtenu, même si ce n'est qu'un début. « C'est une avancée historique. C'est le premier accord sur le climat, universel et contraignant. Nous avons aussi 186 parties qui mettent déjà en œuvre leur INDC », s'est félicité le commissaire à l'Action pour le Climat et à l'Énergie, Miguel Arias Canete. Il voit récompensés les efforts déployés par l'UE depuis 2011 (Durban) et ici à la COP 21, pour forger et consolider des alliances. « C'est un succès pour l'Europe et c'est un gain majeur pour la communauté internationale », a-t-il dit, indiquant à la presse avoir compris que la 'Coalition des pays plus ambitieux' pouvait donner l'impulsion décisive « quand de grands pays comme les États-Unis, le Brésil et l'Australie nous ont rejoints ». Selon lui, les objectifs de l'accord, les INDC, les financements pour soutenir les pays en développement, la différenciation fondée sur les circonstances et capacités nationales, sont autant d'outils qui rendent l'accord apte à remplir son rôle. Il convient maintenant de le mettre en œuvre.
« C'est un jour dont nous pouvons être fiers. C'est une feuille de route pour un monde meilleur, plus juste et durable. L'UE s'est battue pour avoir un accord aussi robuste que possible. Mais n'oublions pas que Paris n'est que le début d'un long voyage », a renchéri Carole Dieschbourg, la ministre de l'Environnement du Luxembourg, qui au nom de la Présidence du Conseil, a négocié avec le commissaire pour le compte de l'UE, avant de conclure: « Avec tous les acteurs - ONG, les entreprises, chaque citoyen - il nous incombe maintenant de traduire cet accord en actions. »
L'eurodéputé Giovanni La Via (PPE, italien), qui conduisait la délégation du Parlement européen à Paris, s'est réjoui d'une avancée sans précédent. « Le monde est à bord et l'ambition aussi. Le moment est venu de la traduction en politiques concrètes », ce qui ne saurait tarder avec « la réforme de l'ETS post-2020 et les propositions attendues sur le partage de l'effort, l'efficacité énergétiques et les renouvelables », a-t-il rappelé.
Pratiquement « un mois jour pour jour » après les attentats de Paris, le président français, François Hollande, avait conjuré toutes les parties d'adopter l'accord « pour faire du 12 décembre 2015 non seulement une date historique, mais une grande date pour l'humanité, un message de vie ». Il a été entendu.
L'Accord de Paris, un texte de 12 pages rédigé en termes généraux, concerne l'action post-2020. Il est annexé à une décision de 19 pages qui en détaille les dispositions. L'Accord et la décision sont d'égale importance, car ils contiennent chacun des éléments contraignants. Les INDC ne sont pas contraignants, pour ne pas mettre les États-Unis en difficulté avec le Congrès américain. Mais le cadre de transparence des engagements et le mécanisme de surveillance, de déclaration et de vérification, garant de la crédibilité des efforts, sera, lui, contraignant. L'intensification des efforts avant 2020 est détaillée dans la décision dont certaines dispositions sont contraignantes. Cet accord sera ouvert à la signature à New York du 22 avril 2016 au 21 avril 2017. Pour entrer en vigueur, il devra avoir été ratifié par 55 parties représentant au total au moins 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES).
Objectif de long terme. Le texte est flou, ne contient aucun chiffre et ne parle plus de 'neutralité climatique'. Les parties chercheront seulement à « parvenir à un pic des émissions le plus rapidement possible » pour entamer une réduction des émissions peu après. Cela, afin de parvenir, à la fin du siècle, à un équilibre entre émissions de gaz à effet de serre et absorption des émissions par les puits de carbone (la capacité des forêts à absorber le CO2).
Mécanismes post-2020. Tous les cinq ans, les contributions nationales seront révisées, mais jamais à la baisse. La décision prévoit que les 100 milliards de dollars US par an aux pays en développement à l'horizon 2020 sont un plancher et qu'un nouveau montant collectif sera établi au plus tard en 2025. Le texte précise que les pays développés « devraient » assurer le leadership du financement, tant de l'atténuation que de l'adaptation, et que les autres pays (comme les pays émergents) seront encouragés à contribuer sur une base volontaire. Rappelons que l'UE, les États-Unis et le Japon refusaient que le financement de l'adaptation des pays en développement repose sur leurs seules épaules.
L'absence de méthodologie pour la comptabilisation des financements a constitué un élément de blocage tout au long des négociations. La décision prévoit que cette méthodologie devra être établie avant la COP 22 de Marrakech l'an prochain.
Action renforcée pré-2020. Un 'dialogue facilitateur' sur le niveau d'ambition des INDC sera lancé en 2018 et un premier bilan mondial des actions sera fait en 2023, puis tous les cinq ans.
Pertes et dommages. Ce sujet fait l'objet d'un article spécifique dans l'accord et de plusieurs paragraphes dans la décision. Les Parties sont convenues de la poursuite du mécanisme de Varsovie et reconnaissent la nécessité de coopérer et de renforcer, tant la compréhension du problème, que l'action et le soutien aux pays en développement. Ce soutien couvrira notamment les systèmes d'alerte précoce, la préparation aux situations d'urgence, l'évaluation et la gestion des risques, l'assurance-risques et les pertes non économiques.
Transparence. La transparence, les informations à fournir pour garantir la comparabilité des données, concerneront tant les émissions que les INDC, les transferts de technologie, les financements.
Prix du carbone. La reconnaissance de son utilité n'est plus mentionnée. Le texte ne fait qu'évoquer les crédits carbone internationaux. La France prône une coalition des pays volontaires pour fixer un prix du carbone.
Des ONG et la société civile qui se sont mobilisées pour l'objectif de 100% d'énergie renouvelables à l'horizon 2050 et pour la justice climatique sont déçues. Réduction d'émissions insuffisantes des pays industrialisés, offre de financement et de soutien à l'adaptation des pays en développement insuffisante au regard de leur responsabilité historique, absence de compensation pour les pays vulnérables subissant des pertes et des dommages irréparables: telles sont les grandes faiblesses de cet accord, selon Sarah Sow de Friends of the Earth International, qui reproche aux pays riches de « ne pas assumer leur juste part et de chercher à démanteler la Convention des Nations Unies pour l'adapter à leurs propres intérêts ». (Aminata Niang)