Bruxelles, 28/06/2015 (Agence Europe) - La zone euro s'orientait en territoire inconnu, dimanche 28 juin, Athènes n'étant vraisemblablement pas en mesure d'honorer un remboursement d'1,6 milliard d'euros au FMI, mardi 30 juin, jour de l'achèvement de son plan de sauvetage.
Le soir même à la télévision, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a annoncé la fermeture des banques grecques jusqu'au 6 juillet, ainsi que l'instauration d'un contrôle des mouvements de capitaux, suite à la décision de la BCE, le jour même, de ne pas augmenter les liquidités d'urgence (ELA) actuellement octroyées aux banques grecques, en raison de l'échec des négociations, samedi, sur l'extension du plan de sauvetage grec.
Malgré l'existence d'une garantie des dépôts bancaires à hauteur de 100 000 euros, les Grecs ont accru leurs retraits bancaires. Cette hémorragie, qui fragilise l'ensemble du secteur bancaire grec, s'est accélérée depuis l'annonce, vendredi par M. Tsipras et ensuite confirmée dimanche par le parlement grec (178 voix pour, 120 contre), de la tenue d'un référendum, dimanche 5 juillet, sur le paquet de réformes qu'Athènes devrait mettre en place en échange du maintien de la perfusion financière de ses créanciers institutionnels.
Athènes a aussi appelé ses partenaires européens à prolonger le plan de sauvetage au moins le temps que le référendum ait lieu. « Une requête démocratique de base » selon M. Tsipras, refusant « le chantage » des créanciers. L'Eurozone n'avait pas répondu, dimanche soir, à la requête grecque, la confiance envers Athènes étant sérieusement entamée. Les rumeurs d'un énième sommet de l'Eurozone allaient bon train, le président du Conseil européen, Donald Tusk, ayant réitéré que la place de la Grèce était dans l'Eurozone.
L'Eurogroupe refuse l'extentsion du programme. Samedi 27 juin, l'Eurogroupe avait refusé l'extension d'un mois du programme qu'avait sollicitée Athènes. Rejetant l'échec des négociations sur la partie grecque, il s'était réuni dans la foulée, sans la Grèce, afin d'envisager les mesures éventuelles à prendre pour préserver la stabilité financière dans la zone euro.
L'annonce de la tenue du référendum en Grèce met en péril, selon les 'institutions' (Commission européenne, BCE, FMI), les efforts des cinq derniers mois pour trouver un compromis. De chaque côté, les lignes avaient pourtant bougé et, selon plusieurs sources, un compromis semblait possible, notamment sur le taux de TVA à appliquer sur l'hôtellerie, au moment où, vendredi avant minuit, les négociateurs grecs ont appris via Twitter la tenue d'un référendum, avant d'être sommés par Athènes de quitter les négociations.
Les autorités grecques ont assuré avoir prévenu l'Allemagne et la France, vendredi matin lors d'une réunion trilatérale au plus niveau politique, de la tenue dudit référendum (EUROPE 11343). Or, selon le ministre français des Finances, Michel Sapin, les Grecs ont eu « la courtoisie » d'en informer M. Hollande juste avant l'annonce de la votation populaire, vendredi soir. S'il avait été au courant à temps d'un tel projet, le couple franco-allemand se serait attelé à convaincre M. Tsipras de renoncer, estime-t-on.
L'incertitude demeure sur la question qui sera posée aux Grecs, dimanche 5 juillet. Les autorités grecques affirment que les Grecs se prononceront sur les efforts budgétaires et économiques réclamés et qu'en cas d'approbation elles appliqueraient un programme qu'elles appellent pourtant à rejeter. Selon M. Tsipras, un rejet renforcerait la position de son pays. En face, on voit mal comment soumettre à référendum un paquet de réformes qui n'aurait pas été finalisé après la fin plan de sauvetage, mardi.
Pour le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, le refus des ministres des Finances de la zone euro d'étendre le plan de sauvetage grec, afin de laisser plus de temps pour négocier un meilleur compromis de nature à faire changer d'avis le gouvernement de M. Tsipras, ruinera « de manière permanente la crédibilité » de l'Eurogroupe. Qualifiant d'« injuste » de conseiller aux Grecs de rejeter les réformes sur la table, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a souligné l'importance de « l'appropriation » ('ownership') d'un programme de réformes par les autorités d'un pays. Or, « ils ont parlé si négativement du programme », a-t-il ajouté. D'après lui, les créanciers de la Grèce ont fait preuve d'une « flexibilité maximale » afin d'éviter un retour de la récession en Grèce et de respecter la volonté du gouvernement Syriza de changer de politique. La Commission a publié dimanche la dernière version des mesures réclamées à Athènes par les 'institutions'.
Reste que, « aussi regrettable cela soit-il, le programme expirera mardi soir », a conclu M. Dijsselbloem samedi, avant de présider une 2ème réunion cette fois à dix-huit afin d'envisager les mesures qui pourraient être nécessaires pour garantir la stabilité de l'eurozone. Il n'est pas clair si M. Varoufakis a été mis hors jeu par ses pairs ou s'il est parti de son propre chef, chaque côté ayant sa propre vision des faits.
À l'issue de cette seconde réunion de l'Eurogroupe, M. Sapin a expliqué qu'avaient été abordées les difficultés liées à la situation actuelle, qui n'a « rien à voir avec le 'Grexit' », telles que le manque de liquidités aux guichets bancaires. Un milliard d'euros aurait quitté les banques grecques, samedi, contre 30 millions lors d'un week-end normal.
La Grèce reste membre de la zone euro. Dans sa déclaration, l'Eurogroupe se dit « prêt à se réunir pour prendre des décisions si nécessaires, dans l'intérêt de la Grèce en tant que membre de la zone euro ». M. Sapin a affirmé qu'il n'était dans l'esprit de personne de voir sortir la Grèce de la zone euro. « La zone euro compte dix-neuf membres », a déclaré le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici. Toutes les 'institutions', y compris le FMI, semblent prêtes à reprendre les négociations. Au niveau européen, on estime toutefois injuste pour les Grecs de dissocier la question des réformes du plan de sauvetage de la place de la Grèce dans la zone euro. Dimanche via Die Presse, le ministre autrichien des Finances, Hans Joerg Schelling, a néanmoins estimé une sortie de la zone euro « presque inévitable ».
À la Commission, on critique à la fois l'inconsistance des Grecs, le temps inutilement perdu dans les négociations, l'insistance du FMI envers une réduction du nominal de la dette grecque qui effraie les États membres, ceux-ci réclamant alors plus d'austérité. Était également visée l'absence d'un interlocuteur qui s'engage aux noms des États membres. (Elodie Lamer et Mathieu Bion)
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