Bruxelles, 22/02/2015 (Agence Europe) - La Grèce et les ministres des Finances des autres États membres de la zone euro sont parvenus, vendredi 20 février au sein de l'Eurogroupe, à un accord sur une extension de quatre mois de l'accord-cadre d'assistance financière (MFAFA).
L'accord indique que l'objectif de l'extension du programme grec est de « compléter la dernière mission de suivi des institutions sur la base des conditions de l'arrangement actuel, en faisant le meilleur usage de la flexibilité offerte (…) ». Les autorités grecques doivent envoyer d'ici lundi soir 23 février une liste de réformes que la Commission européenne, la BCE (Banque centrale européenne) et le FMI (Fonds monétaire international) évalueront. Si les réformes sont jugées suffisantes, les procédures nationales pourront commencer mardi, après une conférence téléphonique de l'Eurogroupe. Si tel n'est pas le cas, l'accord ne tiendra plus. En cas de feu vert des institutions, les autorités grecques et le trio institutionnel (Commission, BCE et FMI) auront jusque fin avril pour détailler les mesures à prendre et définir précisément cette flexibilité. Si cela est fait avant fin avril, c'est encore mieux, a précisé Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe. Toute nouvelle mesure décidée par la Grèce devra être totalement financée par le gouvernement, sans mettre à mal les objectifs budgétaires. C'est ce que M. Dijsselbloem entend par 'flexibilité'. La décision d'étendre le programme de quatre mois, au lieu de six (comme demandé par la Grèce), se justifie par la nécessité d'aller vite, car les fonds restants sont limités, a fait valoir M. Dijsselbloem.
La validité de la dernière tranche du FESF (Fonds européen de stabilité financière) est prolongée, de même que le 1,9 milliard d'euros de profits acquis par la BCE dans le cadre du SMP (Securities Market Program), que la BCE a accepté de rétrocéder. Le versement des deux sommes est conditionné à l'approbation de l'Eurogroupe. Les 10 milliards d'euros mis de côté pour les banques dans le HFSF (Fonds hellénique de stabilité financière) retourneront dans le FESF, mais resteront disponibles pour recapitaliser les banques, sur demande de la BCE en sa qualité de superviseur unique des banques. Une source de la BCE a expliqué que l'argent n'était pas nécessaire tout de suite, car les banques grecques sont solvables.
Pourquoi cet argent retourne-t-il au FESF au lieu de rester dans le HFSF ? « Il y avait une inquiétude », selon M. Dijsselbloem, que cet argent ne soit pas utilisé pour les banques, mais pour les besoins du gouvernement. « Cela n'a jamais été notre intention », a rétorqué Yanis Varoufakis, le ministre grec des Finances. Il a plutôt évoqué la gestion des NPL (Non-performing Loan), les prêts toxiques. Une source de la BCE a expliqué que si cet argent était destiné à faire comprendre aux mauvais payeurs de ne pas rembourser, alors la Grèce n'obtiendrait pas cette somme. Si les banques grecques font face chaque jour à des retraits considérables, des sources de la BCE expliquent qu'un contrôle du mouvement des capitaux ne sera pas nécessaire. M. Varoufakis a indiqué que la campagne électorale du gouvernement sortant s'était fondée sur l'instauration de la peur en cas de victoire de Syriza, et que les épargnants seraient bientôt rassurés.
Pour parvenir à cet accord, largement scellé en amont de l'Eurogroupe entre les principaux acteurs, la Grèce a dû faire d'énormes concessions, notamment reconnaître la présence des trois institutions, que l'on évitera désormais d'appeler 'troïka'. Les autorités grecques s'engagent à honorer, en temps et en heure et dans l'entièreté, toutes leurs obligations financières envers chacun de leurs créanciers. Les autorités grecques s'engagent également à assurer des excédents budgétaires primaires « appropriés ». M. Varoufakis a loué ici une « ambiguïté constructive ». « Aujourd'hui, nous avons évité une séquence de plusieurs années d'excédents primaires étouffants que notre économie ne peut simplement pas produire », a dit M. Varoufakis. La Grèce avait pour objectif un excédent primaire de 3% en 2015 et de 4,5% dès 2016 et au-delà. La déclaration commune de l'Eurogroupe dit que pour l'objectif de 2015, les institutions prendront en compte les circonstances économiques du pays.
M. Varoufakis s'est félicité que la déclaration ne fasse pas mention de hausse de la TVA ou de baisse des retraites. Interrogé sur sa volonté de relever le salaire minimum, il a expliqué qu'il s'agissait du secteur privé et que donc cela n'aurait pas d'impact sur le budget de l'État. Il a rappelé que le gel de la prise d'actions unilatérales pour le gouvernement était valable pendant quatre mois. En juin, le salaire minimum pourrait être remis sur la table des négociations. Le ministre grec des Finances s'est félicité de n'avoir signé aucun protocole d'accord et d'avoir permis à la Grèce de devenir « coauteur de son script de réformes ».
Le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a estimé que l'accord « équilibré » permettra au gouvernement de mettre en oeuvre « les changements qu'il souhaite», et garantit que les engagements pris seront tenus. La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a rappelé que ces quatre mois laisseraient le temps nécessaire pour dessiner quelque chose qui « pourrait être différent ». M. Dijsselbloem a expliqué que tout le monde était d'accord pour avoir une discussion sur la nécessité d'un accord de suivi, à la fin du programme.
« Les Grecs vont avoir du mal à expliquer cet accord à leurs électeurs », a commenté Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, qui dès jeudi avait rejeté la demande grecque d'extension du programme. Le ministre grec, lui, n'a pas vu de différence entre la substance du texte de l'Eurogroupe et la lettre qu'il avait signée jeudi, demandant une extension. Selon une source à la BCE, le Conseil des gouverneurs est prêt à accepter à nouveau la dette grecque en garantie pour le financement des banques, une fois que les étapes nécessaires pour l'extension seront franchies et que le programme sera bien achevé. (Elodie Lamer)
Veuillez trouver ci-après la Déclaration de l'Eurogroupe du 20 février 2015. Seule la version anglaise est actuellement disponible.