Bruxelles, 26/01/2015 (Agence Europe) - Les Européens se sont dits prêts, lundi 26 janvier, à travailler avec Alexis Tsipras, le leader du parti d'extrême gauche Syriza vainqueur des élections législatives en Grèce qui s'étaient tenues la veille, tout en rappelant aux futures autorités grecques les engagements pris par les gouvernements précédents (EUROPE 11239).
Félicitant Syriza pour sa « nette victoire », le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a espéré être en mesure de travailler rapidement avec le prochain gouvernement grec pour affronter les « défis » économiques et budgétaires auxquels la Grèce demeure confrontée. Selon lui, les créanciers d'Athènes et le futur gouvernement - qui n'était pas représenté lundi à l'Eurogroupe - ont un objectif commun: « renforcer l'économie » du pays. « Appartenir à l'Eurozone signifie aussi que vous respectiez ce qui a été décidé d'un commun accord », a-t-il néanmoins souligné.
Sur la question de la viabilité de la dette grecque qui culmine à plus de 175% du PIB (EUROPE 11237), M. Dijsselbloem a estimé que les Européens avaient « déjà fait beaucoup pour alléger la charge de la dette en termes de taux d'intérêt et d'allongement des maturités ». Cette question sera de nouveau abordée « après l'achèvement de la 5ème mission de suivi » de la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI), a-t-il ajouté. Interrogé sur l'éventualité d'une suppression pure et simple d'une partie de la dette, il a néanmoins indiqué qu'il n'existait pas de soutien au sein de l'Eurogroupe pour cela.
Flegmatique, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a dit n'être « pas outre mesure nerveux » à propos des enjeux liés à la Grèce. Pour le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, Européens et Grecs veulent voir la Grèce se redresser et tenir debout, créer de l'emploi et de la croissance et payer ses dettes, car « c'est fondamental ». Les discussions ne porteront pas sur les fins, mais sur les moyens d'y arriver, a-t-il raisonné, espérant que l'Eurogroupe sera en mesure de donner un signal autorisant une reprise rapide des discussions avec la Grèce « dans le respect des engagements pris ». Même son de cloche pour son homologue chargé de l'Euro, Valdis Dombrovskis: « La base des négociations est très claire: chaque partie doit respecter ses engagements ». Et d'ajouter: « Nous voyons que l'économie grecque est à un tournant: la croissance est de retour, le chômage commence à baisser, un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette, NDLR) a été dégagé l'année dernière et le sera cette année. Il faut bâtir sur cette évolution positive pour que l'économie grecque puisse repartir ».
L'Allemagne a rappelé la Grèce à ses obligations. « Des règles existent, des accords ont été passés. Quiconque comprend ces choses connaît les chiffres, connaît la situation », a déclaré le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble. Pour Steffen Steibert, porte-parole de la chancelière allemande, Angela Merkel, les termes des accords passés avec la Grèce n'ont pas disparu de la table après le jour des élections.
Plus conciliant, le ministre français des Finances, Michel Sapin, a noté que le parti Syriza avait « fait preuve de responsabilité » pendant la campagne électorale puisque, « à aucun moment, il n'a parlé d'une sortie de l'euro ». Il a vu d'un bon oeil « les réformes administratives ou fiscales » envisagées par Syriza. « Tous les sujets doivent être abordés: les règles, les engagements, les réformes, le chemin. Le chemin ça n'est pas simplement une question de dette. Ce sont tous les éléments qui font qu'un pays comme la Grèce (…) retrouve l'envie d'être dans l'Europe d'aujourd'hui », a-t-il conclu.
En décembre 2014, le 2ème plan de sauvetage pour la Grèce avait été prolongé jusqu'à fin février. Sur les 130 milliards d'euros de l'aide totale engagée, une tranche de 3,6 milliards d'euros doit encore être versée. La possibilité de prolonger le plan d'aide était à l'ordre du jour de l'Eurogroupe, lundi. D'aucuns évoquent une extension de plusieurs mois de façon à donner du temps à des négociations qui s'annoncent ardues.
Entre-temps, des élections législatives auront lieu au printemps en Finlande. Lundi, le Premier ministre finlandais, Alex Stubb, a redit que son pays n'était pas prêt à accepter un effacement d'une partie de la dette grecque, mais plutôt à discuter d'une extension du plan de sauvetage et des maturités des prêts octroyés, à condition que les Grecs poursuivent les réformes économiques.
A. Tsipras a prêté serment. Lundi, Alexis Tsipras a prêté serment, en tant que nouveau Premier ministre grec, au lendemain de la victoire électorale de Syriza. Dans la matinée, il avait conclu un accord de gouvernement avec le mouvement des Grecs indépendants (droite souverainiste), qui dispose de 13 élus au nouveau Parlement. Syriza a frisé la majorité absolue, avec 149 députés sur un total de 300 à la Vouli. M. Tsipras devrait être présent à Bruxelles lors du prochain sommet européen, jeudi 12 février.
En 2015, la Grèce doit rembourser plus de 20 milliards d'euros à ses créanciers dont 3,5 milliards en mars. En obtenant un rééchelonnement du paiement de sa dette, le futur gouvernement économiserait de quoi financer en partie des mesures de relance promises à ses électeurs. Ont notamment été annoncés un coup de pouce aux bas salaires et aux retraites, un relèvement du seuil annuel de revenus imposables pour les particuliers, des aides sociales aux plus démunis. Syriza entend également lutter contre le caractère oligarchique de certains secteurs d'activités, notamment dans les médias.
De nouvelles élections présidentielles devront, par ailleurs, se tenir en Grèce au printemps. Parmi les noms qui circulent figurent ceux de l'ancien Premier ministre, K. Karamanlis, et de l'actuel commissaire aux Migrations, Dimitris Avramopoulos. (MB avec MD et SP)