Bruxelles, 30/08/2014 (Agence Europe) - Les dirigeants de l'UE ont ouvert la voie, lors d'une réunion extraordinaire du Conseil européen, samedi 30 août à Bruxelles, au renforcement des sanctions contre la Russie et ont condamné l'escalade du conflit à l'Est de l'Ukraine et « l'agression des forces armées russes sur le sol ukrainien ».
Samedi soir, le Conseil européen s'est dit prêt à prendre de nouvelles mesures significatives à la lumière de l'évolution sur le terrain en Ukraine orientale. Le Conseil européen demande à la Fédération de Russie de « retirer immédiatement l'ensemble de ses moyens et forces militaires d'Ukraine ».
Le Conseil européen, dans les conclusions qu'il a adoptées, rappelle qu'il « continue de jouer un rôle dans le suivi et l'évaluation des mesures restrictives adoptées par l'UE » fin juillet. Il « se tient prêt à prendre d'importantes nouvelles mesures, en fonction de l'évolution de la situation sur le terrain ». Les dirigeants de l'UE demandent à la Commission d'entreprendre d'urgence des travaux préparatoires, conjointement avec le SEAE, et de présenter des propositions destinées à être examinées dans un délai d'une semaine. Il est demandé à la Commission d'inclure dans ses propositions une disposition sur la base de laquelle chaque personne et institution traitant avec les groupes séparatistes du Donbass sera inscrite sur les listes.
Le Conseil européen demande à la Fédération de Russie de « retirer immédiatement l'ensemble de ses moyens et forces militaires d'Ukraine ».
« Ces nouvelles mesures dépendront de l'évolution de la situation sur le terrain. Nous évaluerons la situation au jour le jour, mais il n'y a pas de critères précis », a précisé le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, à l'issue des travaux. En réalité, ce travail préparatoire a déjà commencé, a-t-il ajouté, expliquant que les travaux s'intensifieront cette semaine, à Bruxelles et dans les capitales de l'UE. « L'intérêt c'est ici de réagir plus rapidement que jamais depuis le début de la crise », a ajouté M. Van Rompuy, saluant « la détermination du Conseil européen à faire pression sur la Russie par toutes les voies possibles pour la faire revenir à la table des négociations, parce qu'il n'y a pas de solution militaire ». « Ce qui marche le mieux, ce sont les mesures restrictives. Même si cet instrument est source de problèmes et de tensions entre nos États membres, c'est le prix à payer », a conclu le président du Conseil européen.
« Ce soir, une unité s'est fait jour: si la Russie continue dans le sens de l'escalade, ceci lui coûtera cher. La Commission présentera d'autres propositions pour de nouvelles mesures restrictives, comme ceci lui a été demandé à l'unanimité par le Conseil européen. Ces sanctions visent à montrer aux autorités russes qu'au 21ème siècle leur attitude n'est pas acceptable. Cela ne tient pas la route de s'engager dans ce type de nouvelle guerre froide. Je l'ai encore dit de manière extrêmement claire au président russe Poutine vendredi », a commenté le président de la Commission, José Manuel Barroso. « Il y a une opposition trop forte entre les engagements du président Poutine et la réalité sur place. Il ne peut pas y avoir de solution militaire à une telle crise. Il faut que tout à chacun s'assoit autour de la table pour faire la paix. Il n'est pas trop tard, mais le temps bientôt nous manquera. La Commission va travailler d'arrache pied pour assurer la désescalade et en servant de médiateur sur (les contentieux sur) l'énergie et le commerce », a-t-il ajouté.
Invité par le Conseil européen à présenter, plus tôt dans la journée, la situation sur le terrain, le président ukrainien, Petro Porochenko, a déclaré que le conflit avec les séparatistes de l'Est de l'Ukraine était proche du « point de non retour » et a dit craindre une « guerre totale » avec la Russie. M. Porochenko espère que la réunion du groupe de contact entre les représentants de la Russie, de l'Ukraine et de l'UE, et de l'OSCE, prévue lundi 1er septembre à Minsk, permettra d'aboutir à un accord de cessez-le-feu. M. Porochenko s'est félicité de l'unité des dirigeants européens pour préparer de nouvelles sanctions contre la Russie, dont l'application sera conditionnée à la mise en oeuvre de son plan de paix.
« Il faut une réponse européenne qui soit ferme mais aussi un dialogue. La fermeté ce sont des sanctions, qui soient prononcées et appliquées pleinement et durablement. Ces sanctions peuvent être augmentées, c'est ce qui a été demandé à la Commission. Au niveau du dialogue, il y a une réunion du groupe de contact lundi à Minsk. Le dialogue est toujours possible, mais encore faut- il une base et une conclusion. Il ne faut pas perdre de temps. Les sanctions ce n'est pas pour punir mais pour prévenir et ramener les autorités russes au dialogue », a commenté le président français, François Hollande.
« Il ne peut y avoir de solution militaire. Il faut garder ouverts les canaux de communication pour essayer d'obtenir un cessez le feu bilatéral et envisager des sanctions. Etant donné l'escalade, nous devons décider de nouvelles sanctions (…) Les secteurs seront les mêmes que ceux visés jusqu'ici, le domaine financier et l'énergie », a précisé la chancelière allemande, Angela Merkel.
Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a fustigé les sanctions « sans effet et contre-productives » de l'UE contre la Russie et menacé d'opposer son veto à de nouvelles mesures de rétorsion.
L'option militaire, passant par la fourniture d'armes a, elle, été totalement exclue. « II y a eu consensus. Chacun a dit qu'une solution militaire n'aura pas lieu », a confirmé Mme Merkel. La demande faite en ce sens par Kiev cette semaine a été relayée par certains pays de l'Est, comme la Roumanie et la Lituanie en tête. « La Russie est en état de guerre avec l'Ukraine, un pays qui veut faire partie de l'Europe, ce qui signifie que Moscou est pratiquement en guerre contre l'Europe », avait lancé la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité, à son arrivée au sommet, plaidant pour « envoyer du matériel militaire à l'Ukraine ».
Embargo. Le Conseil européen salue les mesures exceptionnelles prises par la Commission pour stabiliser les marchés des produits agricoles et des denrées alimentaires de l'UE afin d'atténuer les effets des restrictions à l'importation imposées par la Russie en ce qui concerne certains produits agricoles de l'UE. Il invite la Commission à suivre la situation et à envisager l'adoption d'autres mesures éventuelles, le cas échéant. (EH avec CG, AN, IL, FG et LC)