Bruxelles, 26/05/2014 (Agence Europe) - La montée en puissance des eurosceptiques est indéniable au lendemain du scrutin européen. Les extrémistes pourraient devenir la troisième force dans l'hémicycle européen, forts de 140 sièges, selon les premières estimations. Une bonne partie sera occupée par les élus français du Front national (FN), parti d'extrême droite, arrivé en tête en France, avec 25% des votes.
Le raz de marée de l'europhobie en France a marqué le scrutin. Le parti de Marine Le Pen décrocherait jusqu'à 22 des 74 sièges destinés aux eurodéputés français, réalisant un score historique. « Le peuple souverain a parlé haut et clair, il a clamé qu'il voulait reprendre les rênes de son destin en main », a réagi Marine Le Pen, dimanche 25 mai. « Notre peuple exige une seule politique, pour les Français, avec des Français », a-t-elle poursuivi.
Cette poussée europhobe est observable aussi dans d'autres pays, avec des partis d'extrême droite sortis vainqueur des scrutins. Outre-Manche, le parti UKIP se hisse en tête, avec près de 29% des suffrages exprimés au Royaume Uni. Un résultat record également, qui relègue les conservateurs en seconde position. Le chef de l'UKIP, Nigel Farage, qui siège déjà au Parlement européen et dirige le groupe Europe Liberté et Démocratie (ELD), a fait valoir qu'il ne voulait plus de l'UE ni de son drapeau, avertissant aussi que sa formation viserait à bloquer le candidat à la présidence de la Commission. Le parti UKIP et le Parti du peuple danois, bien qu'eurosceptiques, se démarquent toutefois idéologiquement du FN français.
En Autriche aussi, le parti d'extrême droite (FPÖ) frôle la barre des 20%. Au Danemark, le parti anti-euro arrive en tête des suffrages. Le Parti du peuple danois raflerait plus de 23% des voix, et pourrait s'assurer de la sorte trois sièges au Parlement européen. Aux Pays-Bas, toutefois, les pronostics ont été démentis: le Parti de la liberté (PVV, Partij Voor de Vrijheid) n'a obtenu que 13% des suffrages, accusant un revers par rapport aux prévisions et à de précédents résultats électoraux (17%). La liste de Geert Wilders se placerait néanmoins en deuxième place, ex aequo avec le Parti chrétien-démocrate (CDA), et pourrait occuper trois sièges dans l'hémicycle. En Italie, le mouvement Cinq étoiles du polémiste Beppe Grillo sortirait lui aussi second du scrutin européen, dépassant 20% des suffrages et obtenant 20 sièges. L'autre parti radical italien europhobe, la Ligue du Nord, avoisinerait 6% des suffrages et pourrait prétendre à 5 sièges. La tendance à l'euroscepticisme se serait aussi confirmée en Grèce, avec la progression du parti néonazi Aube dorée qui obtiendrait un dixième des voix (9,4%) et trois sièges au Parlement européen. Le parti de la gauche radicale, Syriza, renforcerait sa position, devenant le 1er parti en Grèce, avec 26,4% des voix et 7 sièges.
Les candidats à la présidence de l'UE ont tous déploré la montée en puissance des extrêmes. Jean-Claude Juncker, manifestement vainqueur des élections européennes, a fermement rejeté toute alliance avec des partis d'extrême droite. Le candidat socialiste Martin Schulz a condamné plus sévèrement ces résultats, expliquant le raz de marée du FN, « parti si ouvertement raciste, xénophobe et antisémite », par « la déception des gens, qui ont perdu confiance en l'UE. Cela ne veut pas dire que les Français sont extrémistes, ils ont perdu la confiance et l'espoir ». Les libéraux-démocrates demeureront certes la troisième force au PE (74 sièges), mais d'autres projections font état d'environ 140 sièges au total pour les eurosceptiques, si on agrège les formations les plus radicales (36 ELD, 38 Non-Inscrits et 67 Autres). Ces formations promettent de bousculer les partis traditionnels qui, de leur côté, doivent affiner leur position face à la poussée europhobe. Selon M. Verhofstadt, les trois principaux groupes du Parlement, qui captent les deux-tiers des suffrages, sont condamnés à s'entendre pour poursuivre sur la voie de l'intégration.
Groupe eurosceptique. Les eurosceptiques les plus virulents pourraient former un groupe politique européen sous l'impulsion de la française Marine Le Pen. Une réunion entre les leaders des partis membres potentiels pourrait se tenir à Bruxelles mercredi 28 mai. Des projections informelles tablent sur une coalition qui devrait réunir au moins sept partis nationaux. À côté du FN (22 sièges), s'aligneraient le la Ligue du Nord italienne (5 sièges), la FPÖ autrichienne (4 sièges), le PVV néerlandais (4 sièges), suédois SD (2 siège) et le Vlaams Belang belge (1 siège). Les partis polonais Congrès de la nouvelle droite (KNP, 4 sièges) et l'Alliance pour la Croatie (1 siège) seraient aussi courtisés et pourraient être décisifs pour la formation d'un tel groupe. Le UKIP britannique et le Parti du peuple danois se sont déjà distanciés des projets de Marine Le Pen. (MD)