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Bulletin Quotidien Europe N° 11087
ÉDITION SPÉCIALE - ÉLECTIONS EUROPÉENNES 2014 / (ae) pe 2014

Le PPE devant, selon les premiers résultats, les tractations s'ouvrent pour former une majorité

Bruxelles, 26/05/2014 (Agence Europe) - Une avance modeste, mais une avance quand même. Le Parti populaire européen (PPE) a revendiqué sa première place aux élections européennes dimanche 25 mai alors que tombaient les premiers résultats. Le PPE est arrivé en tête avec 212 sièges selon des résultats préliminaires, soit une avance de 26 sièges sur les sociaux-démocrates du S&D, crédités, eux, de 186 sièges (étaient encore attendus les résultats de Matteo Renzi en Italie, donné largement gagnant). Arrivé en troisième position, le groupe ADLE de Guy Verhofstadt affichait 70 sièges dimanche soir, moins qu'en 2009, lorsque le groupe avait décroché 83 sièges, mais ses effectifs devaient augmenter progressivement au gré des négociations avec les formations nationales. Les libéraux espèrent atteindre 90 sièges, a affirmé dans la soirée Guy Verhofstadt.

Quatrième formation, le groupe Verts/ALE étaient crédités de 55 sièges, un peu moins qu'en 2009, mais en meilleure posture que ce prédisaient certains sondages, suivi par les conservateurs du CRE avec 44 sièges (56 en 2009), le groupe GUE/NGL, gauche radicale, crédité de 43 voix, l'EFD de Nigel Farage, 36 sièges (contre 33 en 2009). Les non-inscrits obtenaient 38 sièges, selon les résultats préliminaires. Quant au groupe des « autres », assemblage hétéroclite de partis aux affiliations non encore définies, rassemblant par exemple le mouvement Cinq Etoiles de l'Italien Beppe Grillo ou l'AFD allemand et l'Aube dorée grecque, il affichait un score de 67 sièges en fin de soirée, en hausse par rapport à 2009.

Pour le candidat du PPE à la présidence de la Commission européenne, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, il ne fait aucun doute que ce score lui donne priorité pour tenter de former une majorité au Parlement européen, le seuil requis étant la majorité absolue de 376 sièges + 1. « Sans connaître les résultats finaux, nous savons que le PPE est en avance et je suis pleinement en droit de devenir le prochain président de la Commission européenne », a-t-il expliqué peu après la publication des premières tendances.

Arrivé en deuxième position, Martin Schulz, le président du Parlement européen et candidat des socialistes à la succession de José Manuel Barroso, ne s'est toutefois pas avoué vaincu. Persuadé que les projections du Parlement (son institution actuelle) « sont mauvaises », a-t-il dit dimanche soir, le candidat allemand est d'avis que les « forces démocratiques devront discuter entre elles » et qu'il sera impossible de former une majorité « sans accord avec le groupe socialiste ». Pour Martin Schulz, le PPE est loin d'avoir remporté une victoire retentissante. « Un parti qui a perdu 60 sièges ne peut pas prétendre diriger l'UE. Le PPE doit négocier (avec nous) pour trouver une majorité cohérente au PE », a dit M. Schulz. Et trois conditions seront fixées à cet accord: « lutte contre le chômage des jeunes, lutte contre la fraude et l'évasion fiscale et plus de règles et de contrôles au sein du secteur bancaire ».

Candidat des Libéraux à la présidence de la Commission européenne, Guy Verhofstadt s'est, lui aussi, jugé incontournable dans la formation de cette majorité au PE. Les négociations seront basées sur « le contenu », mais « pour nous, il est clair que nous ne participerons à une majorité stable que si le programme est différent de ce que nous avons vu au cours des cinq dernières années », a dit le responsable belge.

Intervenant un peu plus tard dans l'hémicycle du Parlement européen, Jean-Claude Juncker a répété qu'il disposait de la légitimité requise pour entamer les négociations avec les autres groupes du PE. Ouvert à des discussions tant avec le S&D qu'avec les Libéraux et les Verts, il refusera en tout cas catégoriquement tout soutien qui viendrait des eurosceptiques ou des extrêmes. Il exclurait par ailleurs de poursuivre sur cette voie, a-t-il répété. Mais le PPE étant crédité, même de manière provisoire, d'une avance de 26 sièges, Jean-Claude Juncker estimait dimanche soir rester le mieux placé pour devenir le prochain président de la Commission, appelant également les chefs d'État et de gouvernement à respecter eux aussi cette logique dès mardi, lors de leur dîner informel.

Alors que certains sondages les donnaient dans les limbes du scrutin, les Verts européens s'en sont finalement relativement honorablement sortis. « Les résultats de ce soir sont vraiment très bons (…) », a souligné Ska Keller, la candidate des Verts à la présidence de la Commission. Des parlementaires verts irlandais, hongrois ou croates pourraient ainsi faire leur entrée. « Nous sommes extrêmement fiers, le message vert s'étend aux pays où ils n'étaient pas représentés », a-t-elle souligné. « Les Verts ont des exigences, nous ne soutiendrons qu'un candidat qui a une politique verte », a expliqué la jeune Allemande. « Nous sommes intéressés d'entendre les propositions vertes de Schulz et Junker », a-t-elle ajouté, regrettant ne rien avoir entendu de leur part jusqu'à présent. Elle a aussi appelé à mettre un terme aux négociations sur le traité transatlantique. « Voilà ce que nous demandons à la nouvelle Commission », a expliqué la députée européenne verte.

Autre gagnant de la soirée: la Gauche radicale emmenée par le jeune leader du parti grec Syriza, Alexis Tsipras, dont le parti a remporté les élections en Grèce et qui a jugé « extrêmement important de mettre un terme à la politique catastrophique d'austérité ». « D'après ce que l'on sait, il y a une baisse considérable des principaux partis qui avaient formé un consensus sur les politiques d'austérité », a jugé Alexis Tsipras. « Plus personne ne peut ignorer notre programme politique », a-t-il encore estimé.

Les eurosceptiques de l'UKIP et du groupe Europe, liberté, démocratie (EFD) de Nigel Farage ont également passé une bonne soirée, l'UKIP étant arrivé en tête au Royaume-Uni. Ravi de cette poussée anti-UE, le leader britannique a expliqué plus généralement ce succès par le rejet d'une zone euro qui ne fonctionne pas et le rejet d'un « élargissement aux anciens pays de l'URSS qui a accru le fossé entre pays riches et pays pauvres ». « On a compris qu'il s'agissait d'erreurs graves », a dit Nigel Farage, tout en admettant que ce scrutin aurait surtout un impact au niveau national. « Le vrai impact ce sera lors des referenda nationaux sur le projet européen ». Fidèle à lui-même, Nigel Farage a également promis de bloquer les candidats potentiels à la succession de M. Barroso, ce qu'on fait aussi les conservateurs du groupe ECR, où siègent les Tories, opposés à la fois à MM. Juncker, Schulz et Verhofstadt.

Struan Stevenson, le président du groupe CRE a précisé que son groupe aurait 44 membres, contre 57 auparavant. « Nous avons atteint le seuil de 7 États membres et nous sommes confiants que nous arriverons à rallier davantage de pays de l'UE », a dit M. Stevenson. Des millions de personnes ont demandé des réformes et il faut écouter ces voix, a dit M. Stevenson. Il a estimé que ces élections n'étaient pas légitimes.

La grande inconnue de la soirée résidait encore, tard dimanche, dans la possibilité de voir émerger au PE un nouveau groupe d'extrême droite, formé notamment autour de la dirigeante du Front national français, Marine Le Pen (voir autre nouvelle), victorieuse dans son pays. Une certitude: les europhobes représenteraient plus de 140 sièges dans le futur PE, selon les dernières estimations disponibles, dont au moins 40 pour la mouvance lepéniste. Petite satisfaction commune de la soirée: le taux de participation s'affichait en hausse. Une hausse toutefois très relative, ce taux de participation s'étant élevé à 43,09% contre 43% en 2009. (SP/LC/EL/CG/MP/MB/JK)