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Bulletin Quotidien Europe N° 10774
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le projet Cameron est tellement irréaliste que l'auteur lui-même en est sans doute conscient - L'UE doit poursuivre le chemin prévu

David Cameron lui-même n'y croit pas. La déclaration de David Cameron sur les relations de son pays avec l'UE ne doit pas être prise à la lettre. Et ne doit pas non plus être dramatisée. Il est logique et justifié que les partisans d'une Europe ayant comme point d'arrivée l'union politique l'aient rejetée avec vigueur. Guy Verhofstadt en premier lieu, car l'avenir européen dessiné par le Premier ministre britannique et la désinvolture avec laquelle il a prévu des échéances tellement éloignées sont inadmissibles: d'après son calendrier, la solution du problème du Royaume-Uni serait renvoyée à 2017 ! Et la construction communautaire devrait entre-temps attendre et s'affaiblir ! Le rejet du plan Cameron est donc logique.

Mais, à mon avis, même son auteur n'y croit pas ; son message est adressé à ses concitoyens. Il ne peut pas s'imaginer que l'UE soit disposée à rester immobile dans l'attente du référendum londonien, et qu'ensuite l'UE devienne une Europe à la carte dans laquelle chaque État membre choisirait ce qui l'arrangerait. Le Premier ministre britannique a simplement choisi la voie qui lui permet à la fois de promettre toutes les garanties possibles à ses concitoyens eurosceptiques, en leur reconnaissant la faculté de se prononcer dans plusieurs années. Et le rêve continental d'approfondir l'intégration ? Il n'aurait qu'à attendre.

Le R.-U. ne peut pas sortir. En réalité, la sortie de l'UE aurait pour le R.-U. un coût impossible pour plusieurs raisons. Les Américains lui ont pratiquement imposé verbalement d'y rester, en affirmant sans gêne que Londres a le devoir de veiller à ce que les intérêts des États-Unis ne soient pas ignorés à Bruxelles. La City de Londres perdrait son attrait pour les transactions en euros ; d'ailleurs, on a constaté que l'Allemagne a déjà annoncé qu'elle va transférer, à Francfort surtout, l'essentiel de ses opérations. Le choix de Londres par les investisseurs continentaux n'aurait plus de raisons d'être. N'oublions pas que le refus britannique initial de participer à l'unité européenne date de l'époque où le Commonwealth était une réalité, avec Australie et Canada qui regardaient davantage à Londres qu'en Asie ou aux États-Unis…

Si le R.-U. rejette les règles de l'UE, Jacques Delors propose la formule correcte: il doit quitter l'UE et conclure avec elle un accord de libre-échange et de coopération. Hypothèse rejetée à Londres car elle lui enlèverait toute influence sur les décisions de Bruxelles: elle dirait a posteriori si elle les accepte…

La remarque décisive. Certes, les réactions sur le Continent n'ont pas été toutes aussi explicites que celle de Guy Verhofstadt. La Commission européenne s'est félicitée que David Cameron se soit prononcé en principe contre la sortie de l'UE: elle a mis l'accent sur les aspects positifs de la présence britannique (contribution au marché unique, à l'élargissement de l'UE et au commerce international), mais en laissant de côté tout ce que le R.-U. rejette et en oubliant des domaines de premier plan desquels les britanniques se sont déjà exclus et qui, en laissant de côté la monnaie, couvrent la zone Schengen, le Pacte de stabilité, etc.

Mais surtout: que pourrait faire l'UE en attendant 2017 ? Ainsi que l'a souligné Daniel Cohn Bendit, « nous ne pouvons pas avoir cinq années de Sommets et de réunions du Conseil bloqués et gênés par l'éventualité d'exemptions fondées sur l'hypothèse d'un référendum lointain ».

Je crois que cette dernière remarque est décisive. Le monde du commerce et de l'industrie se préoccupe logiquement que soit sauvegardé l'accès au marché britannique, mais ce souci est réciproque: la liberté des échanges est, du côté britannique aussi, l'objectif prioritaire. Et l'UE ne peut en aucun cas bloquer tout le reste pour attendre le référendum de M. Cameron. Les débats fondamentaux sur l'avenir politique de l'Europe sont pratiquement déjà en cours et leur parallélisme avec le fonctionnement de la zone euro est affirmé avec de plus en plus de vigueur, et a ses partisans même au Royaume-Uni ; il suffit d'ailleurs de rappeler que le président de l'Union des fédéralistes européens est Andrew Duff.

Un plaidoyer à usage interne. Conclusion: le désormais célèbre discours de David Cameron est un habile plaidoyer à usage interne, auquel même l'auteur ne peut pas croire. Discours qui ne doit ni bloquer ni ralentir les progrès de la construction européenne et les projets en cours. Des décisions fondamentales sont à prendre en 2013, en partie déjà dans les prochaines semaines. Le programme est ambitieux et ardu, l'habileté d'un discours à usage national ne l'arrêtera pas.

(FR)

 

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