La pause de l'activité européenne pour les fêtes de Pâques n'a pas impliqué le silence des Européens ; certaines prises de position méritent d'être citées, avec quelques remarques personnelles.
1. Kosovo: l'euroscepticisme ne touche pas les pays candidats. Veton Surroi, homme politique et intellectuel kosovar, a déclaré que « le Kosovo n'a plus le temps d'attendre. Il est urgent de commencer cette année le processus d'adhésion à l'UE.» Interrogé sur les raisons d'une telle impatience à faire partie d'une Union « en plein chaos et de moins en moins populaire», il a répondu: « Nous n'avons pas la même définition du chaos ; nous en avons l'expérience. Pour nous, l'UE est une construction continue ; la crise actuelle n'est qu'un avatar de son développement: elle doit mettre en place les instruments de l'euro. Notre objectif n'est pas d'obtenir des subventions, mais de faire partie de la famille. Nous ne voulons pas être différents. Notre société va dans la bonne direction, elle met sur pied des institutions démocratiques ; mais elle a besoin d'un environnement. Cet environnement, c'est l'UE. La perspective d'y appartenir conditionne la volonté de se conformer aux institutions et aux critères de la Communauté européenne. »
M. Surroi confirme ainsi les considérations développées dans cette rubrique précédente à propos de la mode de l'euroscepticisme, étant entendu que les bonnes intentions ne suffisent pas ; le Kosovo devra prouver, comme tout autre pays candidat, qu'il remplit les conditions de l'adhésion.
2. Jean-Claude Juncker n'aime pas le « Pacte pour l'euro-plus ». Le président de l'Eurogroupe n'avait jamais caché son absence d'enthousiasme à l'égard de ce compromis élaboré par le Conseil européen, qui comporte, à son avis, beaucoup de principes et pas de règles. Il n'a pas changé d'avis et le fait que ce document ait été souscrit même par des pays qui ne font pas partie de la zone euro n'y change rien. En s'exprimant vendredi dernier devant le Mouvement européen international, M. Juncker a réaffirmé son scepticisme particulier à l'égard de ce texte qui ne comporte rien de nouveau.
Il estime en revanche que les positions du Parlement européen sur la gouvernance économique vont dans la bonne direction et il espère que la négociation Conseil-Parlement aboutira d'ici juin dans son sens.
3. Le Premier ministre turc renonce aux précautions. La Turquie ne cache pas depuis longtemps son mécontentement pour les retards et les difficultés des négociations d'adhésion à l'UE, mais elle le fait d'habitude dans un langage prudent et modéré. Et voici que, dans un autre contexte, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a mis de côté le langage diplomatique. Il l'a fait devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe ; son pays en est membre et il se sent donc à l'aise pour s'exprimer sans précautions diplomatiques. Il a invité les pays européens à faire leur autocritique ; il a critiqué la France pour sa politique d'expulsion des Roms et pour l'interdiction du port du voile intégral, en demandant aux parlementaires de tous les pays européens, et au-delà: « Est-ce cela la démocratie ? »
Dans un autre contexte, M. Erdogan a annoncé qu'Istanbul sera divisée en deux villes, l'une sur la rive européenne et l'autre sur la rive asiatique. Il reconnaît ainsi que la partie européenne de son pays ne dépasse pas une moitié de la ville qui s'appelait autrefois Byzance ou Constantinople, le reste étant asiatique. Comment un pays presque totalement asiatique peut-il faire partie d'une Union européenne ?
4. Oscillations dans les relations avec la Chine ? Cette rubrique a consacré récemment une double analyse à l'amélioration et au resserrement des relations entre l'UE et la Chine (bulletins n° 10351 et n° 10352). Et voici qu'un certain nombre d'informations font état d'accrochages et de points de désaccord. Fin de l'idylle ?
J'estime qu'il ne faut pas s'en préoccuper. La coopération subsiste et se renforce: achats par la Chine de bons du Trésor en euros émis par des pays européens en difficulté ; meilleur équilibre des échanges commerciaux avec réduction du déficit européen ; perspectives de réévaluation de la monnaie chinoise. Il est normal que lorsque les liens se développent, les accrocs se multiplient. En outre, en Chine, la bataille idéologique a repris de l'élan, avec les nostalgiques de l'époque Mao libres de s'exprimer. C'est pourquoi j'estime que l'augmentation du nombre des divergences n'est pas un symptôme négatif ; elle permet au contraire à l'UE de faire valoir ses positions et de défendre ses droits dans des domaines qu'autrefois on ne pouvait même pas évoquer (par exemple l'accès aux marchés publics chinois). Il est logique qu'en même temps le commissaire européen au Commerce M. De Gucht exprime sa déception face à l'absence de progrès de la Chine dans l'amélioration du climat des affaires et dans l'ouverture de son marché, en annonçant que l'UE utilisera les instruments dont elle dispose. Des divergences, il n'en manquera pas: c'est bon signe.
(F.R.)