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Bulletin Quotidien Europe N° 10217
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Un Conseil européen qui mettra en difficulté les historiens du futur

Une tâche malaisée. Il ne sera pas simple, pour les historiens du futur, de rendre compte du Conseil européen du 16 septembre 2010 ! Ceux qui se fondent essentiellement sur les textes officiels et sur les archives, écriront que les chefs d'État et de gouvernement se sont occupés de relations extérieures de l'UE et un petit peu de la gouvernance économique communautaire. Car pas un mot des conclusions officielles ne cite les Roms ni les problèmes de l'immigration. Les historiens qui, en revanche, se fonderont sur les comptes rendus de la presse et sur les témoignages des participants, écriront que les chefs d'État et de gouvernement ont surtout procédé à un débat contradictoire, par moment agité, sur la question des Roms et des immigrations irrégulières. Et ils devront se méfier de certains journalistes ou commentateurs entraînés par leur verve polémique à écrire un certain nombre de contre-vérités sur le fonctionnement de l'Europe. Seuls pourront se rapprocher de la réalité les historiens qui feront confiance à notre Agence en tant qu'instrument indispensable pour écrire l'histoire de la construction européenne.

Déviations corrigées. Herman Van Rompuy a annoncé que « l'on discutera de la problématique des Roms lors d'un Conseil européen futur ». En tant que président du Conseil européen, c'est à lui qu'il revient de fixer les ordres du jour ; ce qu'il a annoncé, il le fera ; on verra à ce moment-là quelles seront les conclusions officielles. La discussion informelle du déjeuner de jeudi dernier a eu des moments très vifs, et il est compréhensible qu'une large partie des media ait mis l'accent sur ces aspects ; mais elle a eu aussi le mérite de corriger ou réduire certaines « déviations » (pour utiliser un terme modéré) à l'orthodoxie communautaire. J'en rappelle quelques-unes: confondre un membre de la Commission et son pays d'origine (M. Juncker a souligné que ses contacts avec sa compatriote commissaire, Mme Reding sont très rares et qu'il souhaiterait qu'il en soit de même dans tous les cas) ; la France a confirmé avoir corrigé l'acte administratif qui citait explicitement les Roms en tant qu'objectif prioritaire de la politique d'expulsion ; M. Sarkozy a affirmé que son pays continuera à agir dans le strict respect du droit communautaire et il a reconnu que la Commission européenne a pour rôle de veiller au respect du traité, qu'elle peut poser des questions et que la France continuera à y répondre, et que s'il y a eu des erreurs, « naturellement on les corrigera ». De telles phrases démentent que l'un ou l'autre État membre entende démolir le système institutionnel communautaire ou la solidarité entre les États membres. Il est permis de mettre l'accent sur les âpretés du débat et sur les remarques désagréables, mais on ne devrait pas cacher les aspects plus positifs. Cette rubrique reviendra sur la problématique des questions complexes et sensibles liées aux immigrés clandestins.

Relations extérieures: rappels et confirmations. Les « conclusions » officielles de la session ne comportent pas de surprises dans la partie relative aux relations extérieures. Le Sommet indique des orientations et des principes sur le rôle de l'UE sur la scène internationale et souligne qu'elle doit avoir une influence dans le monde. Les États membres reconnaissent ainsi, en pratique, que l'Europe n'a de poids que si elle s'exprime en tant qu'ensemble, en rappelant qu'elle demeure « le plus important bailleurs de fonds pour les pays démunis » (ces pays ne devraient pas l'oublier) et « la première puissance commerciale mondiale », et en confirmant l'intention de renforcer la politique de sécurité et de défense commune. Le Conseil européen affirme en particulier qu'il reviendra prochainement sur ses intentions à propos de la stabilisation des Balkans et il annonce l'intention de formuler régulièrement « à son niveau » (toujours le souci d'affirmer le rôle des chefs d'État ou de gouvernement en tant qu'institution communautaire) des orientations stratégiques claires « avant les événements importants ». Les conclusions en offrent un avant-goût succinct à propos des sommets prochains avec la Chine, la Corée du Sud et plus tard l'Inde et à propos du sommet du G 20, et elles annoncent que le mois prochain, le Conseil européen mettra au point les messages politiques qui seront présentés au sommet de novembre avec le président américain Obama (où l'UE sera représentée par M. Van Rompuy et M. Barroso).

La « phase deux ». Les conclusions sur le deuxième sujet de ce Sommet, la gouvernance économique, sont laconiques ; nos lecteurs ont trouvé beaucoup plus d'indications utiles dans notre bulletin d'hier au sujet des travaux de la task force présidée par M. Van Rompuy, en particulier sur l'exigence de séparer partiellement les pays de la zone euro des autres et sur l'opportunité d'une phase deux, permettant à la task force elle-même de discuter ultérieurement des aspects de la gouvernance qui impliquent une révision du traité.

(F.R.)

 

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