Le Parlement européen renouvelé est logiquement favorable aux politiques communes de l'UE et à l'utilisation des nouveaux instruments offerts par le Traité de Lisbonne pour les élargir et les développer. Cette orientation couvre aussi bien les politiques nouvelles envisagées, comme celle de l'énergie, que les deux existantes qui ont été récemment mises en discussion, du moins du point de vue budgétaire: la politique agricole commune (PAC) et la politique de cohésion (voir cette rubrique d'hier).
Le soutien à la PAC s'élargit. Personne ne conteste que la PAC doive être en partie révisée et corrigée, mais sans remettre en cause son existence et ses objectifs. Les évolutions préoccupantes et parfois dramatiques de la situation mondiale plaident pour le renforcement et le développement de l'agriculture européenne, vitale pour l'UE, nécessaire pour le monde. Le Parlement européen a demandé à la Commission européenne d'exclure toute nouvelle concession commerciale dans le secteur agricole dans la phase finale du Doha Round (voir notre bulletin n° 10043), et la prise de conscience englobe aussi les États membres. En décembre dernier, les ministres de l'Agriculture de vingt-deux pays se sont réunis pour affirmer haut et fort que la PAC doit être en mesure de faire face à l'objectif que, dès 1957, le Traité de Rome lui confiait: assurer la sécurité alimentaire en Europe. Cet objectif demeure prioritaire, et on sait à quel point le rôle de l'agriculture s'est entre-temps élargi: sauvegarde de la nature, équilibre territorial, contribution à la lutte contre la faim dans le monde, et ainsi de suite. Je crois que l'organisation de la réunion ministérielle citée, en laissant en marge cinq États membres (Royaume-Uni, Pays-Bas, Suède, Danemark, Malte), avait été une maladresse. Même dans l'hypothèse que ces pays soient favorables à une renationalisation de la PAC et à la réduction radicale de sa dotation budgétaire, il ne s'agit pas de les exclure, mais de les convaincre. Je reviens au rôle du Parlement européen: il sera de plus en plus essentiel, car il a enfin le contrôle sur les dépenses agricoles de l'Union, qui lui ont échappé jusqu'à l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. L'intervention de M. Paolo De Castro, président de la commission « agriculture », lors de l'audition parlementaire du nouveau commissaire européen au budget, Janusz Lewandowski, a été instructive (voir notre bulletin d'hier).
Soutien presque unanime. Quant à la politique de cohésion, le Parlement n'avait pas attendu les auditions et l'investiture de la Commission « Barroso 2 » pour s'exprimer ; il avait organisé, le 18 décembre dernier, un débat spécifique (voir notre bulletin n° 10044), même si, logiquement, il ne pouvait avoir comme interlocuteur que le commissaire actuel à la Politique régionale, Pawel Samecki, et pas encore le commissaire désigné Johannes Hahn. L'objectif du PE était triple: a) obtenir la confirmation que le document des services « Réformer le budget, changer l'Europe » ne sera jamais adopté par la Commission ; b) obtenir de la Commission des engagements pour le futur ; c) affirmer avec vigueur l'appui du PE à cette politique.
Le premier objectif a été atteint sans difficultés (même s'il est curieux que quelques parlementaires, comme le Français Bruno Gollnisch, aient parlé du secret qui entoure le document cité, alors que notre bulletin n° 10004 l'avait amplement résumé dès le 23 octobre). Le deuxième objectif ne pouvait être atteint que partiellement, car M. Samecki ne pouvait pas anticiper ce que la nouvelle Commission décidera sur la réforme budgétaire: il a promis une position claire pour l'automne prochain, et un dialogue avec le Parlement à ce sujet. Mais sur l'orientation générale, il a été très clair: la politique de cohésion est et restera un élément essentiel de l'activité communautaire, c'est l'instrument permettant de réduire progressivement les différences de développement et de bien-être entre les régions. Sur les détails, c'est la Commission Barroso 2 qui aura à s'exprimer, et le Parlement aura évidemment son mot à dire.
Dernier élément: les interventions des parlementaires ont représenté une véritable plaidoirie de la plupart des groupes politiques en faveur de la politique de cohésion, avec des rares exceptions. Danuta Hübner, présidente de la commission parlementaire du développement régional, connaît ce dossier dans les détails, aspects techniques y compris: c'est normal, il a quelques mois, elle était encore commissaire européenne à la Politique régionale ! Elle a donc posé une série de questions auxquelles M. Samecki ne pouvait pas, dans quelques cas, répondre, en attendant que la nouvelle Commission soit en fonction. Mais on peut faire confiance à Mme Hübner ; le Parlement jouera pleinement son rôle.
Conclusion: l'évolution de ces deux dossiers essentiels - agriculture et cohésion - semble positive, leur compréhension progresse. Mais rien n'est encore acquis. (F.R.)