Réunis dans le cadre d'un débat consacré aux défis macroéconomiques mondiaux, jeudi 18 juin dans la soirée, les dirigeants européens ont affiché leur volonté de répondre de manière plus coordonnée aux déséquilibres économiques avec la Chine, tout en évitant d'endosser une logique de confrontation avec Pékin.
Au terme de discussions prolongées après minuit, les chefs d'État ou de gouvernement se sont accordés sur la nécessité d'une réponse européenne fondée sur deux piliers :
- poursuivre un dialogue constructif avec les principaux partenaires économiques de l'UE, celui-ci devant aboutir à des résultats concrets;
- développer et, « à terme » ('eventually'), compléter la panoplie d'outils de défense commerciale et de politique industrielle, afin de garantir que l'Union européenne dispose de tous les instruments nécessaires pour défendre ses intérêts et réduire les risques.
Toutefois, le projet de conclusions du Conseil européen n'a pas été adopté lors de cette première session de travail.
Malgré l'aggravation du déficit commercial européen avec la Chine et des inquiétudes largement partagées liées aux surcapacités industrielles chinoises ou restrictions d'exportation de matériaux critiques, le sujet demeure politiquement sensible.
Vers un tournant dans les relations avec la Chine ? Pour la première fois, les Européens semblent partager une même analyse de la situation, mais, pour l'heure, ils n'affichent pas encore un front uni face à Pékin.
La Chine a longtemps tiré profit de ces divisions en soignant les relations bilatérales avec les capitales européennes.
Or, « l’Union européenne, en tant que bloc de 27 États membres, doit adopter une approche commune vis-à-vis de la Chine, car nous sommes clairement plus forts lorsque nous négocions au niveau des Vingt-sept plutôt que lorsque chaque État membre négocie de son côté », a plaidé le président chypriote, Níkos Christodoulídis, à son arrivée à Bruxelles.
Une évolution apparaît perceptible du côté de l'Allemagne, traditionnellement attachée à préserver les relations économiques avec Pékin. Berlin constate désormais les difficultés croissantes rencontrées par ses entreprises sur le marché chinois, qui se ferme peu à peu, tandis que la Chine continue d'écouler son excédent de production en Europe.
Toutefois, les dirigeants devraient prendre de soin de conserver une approche mesurée, prenant en compte différentes sensibilités parmi les capitales.
« Nous avons besoin d'amis. Nous devons être pragmatiques et il nous faut bâtir des ponts, aussi bien avec de grandes économies, des alliés potentiels comme la Chine, qu'avec les alliés traditionnels comme les États-Unis », a souligné le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, en amont du sommet.
Adapter les instruments. Mesures antidumping, taxation des 'petits colis' d'une valeur inférieure à deux euros, mesures de sauvegarde dans le secteur de l'acier… l'Europe n'est pas restée les bras croisés face à la Chine ces dernières années. Mais elle adopte des mesures extrêmement ciblées. C'est là que réside le problème, selon Esther Goreichy, chercheuse associée au Mercator Institute for China Studies (MERICS), interrogée par Agence Europe.
« Les outils de défense commerciale actuels ne sont pas suffisants, car ils traitent chaque situation au cas par cas et demandent des mois d'enquête. Or, en face, la Chine a un modèle de soutien structurel à son économie. Des outils ciblés ne suffisent pas à faire face à cette concurrence », a-t-elle expliqué.
D'où l'idée, évoquée jeudi soir, de réviser et compléter l'arsenal de défense commerciale de l'UE.
Mais avant d'aborder la question des outils, les dirigeants devront converger vers une position commune. « Une seule réunion ne suffira pas à résoudre ce problème. Mais si nous ne remédions pas aux déséquilibres économiques et commerciaux, cela représente une menace existentielle pour nos industries et nos économies », a résumé le Premier ministre luxembourgeois, Luc Frieden. (Juliette Verdes, avec la rédaction)