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Bulletin Quotidien Europe N° 9721
ÉDITION SPÉCIALE / (eu) ue/georgie

Les Vingt-sept s'engagent à contribuer activement au règlement du conflit entre la Russie, la Géorgie et ses républiques séparatistes, mais tout reste à faire

Bruxelles, 13/08/2008 (Agence Europe) - A l'issue d'une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères des Etats membres de l'Union européenne, mercredi 13 août à Bruxelles, le Conseil a salué l'accord en six points souscrit la veille par la Russie et la Géorgie sur la base des « efforts de médiation entrepris par l'Union ». Ces six points, qui garantissent la cessation des hostilités, l'accès de l'aide humanitaire et la recherche d'une solution politique, devraient rapidement être repris et précisés dans une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, où la Russie dispose d'un droit de veto. Comme l'a fait remarquer le ministre belge Karel De Gucht à un groupe de journalistes, des difficultés pourraient notamment naître de l'interprétation du point 5 qui dispose que « les forces militaires russes devront se retirer sur les lignes antérieures au déclenchement des hostilités. Dans l'attente d'un mécanisme international, les forces de paix russes mettront en œuvre des mesures additionnelles de sécurité ».

Dans l'immédiat, le Conseil exhorte les parties à respecter l'ensemble de ces engagements, à commencer par un cessez-le-feu effectif, et à en assurer la mise en œuvre effective et de bonne foi, tant sur le terrain que dans les enceintes concernées. Il convient de mettre au point rapidement le mécanisme international. « Le renforcement rapide des moyens d'observation de l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe: NDLR) sur le terrain est crucial. L'Union agira en ce sens à l'OSCE. Le Conseil invite instamment les parties à ne pas faire obstacle aux activités des observateurs », poursuit le texte, qui ajoute « le Conseil considère également que l'Union européenne doit être prête à s'engager, y compris sur le terrain, pour soutenir tous les efforts, dont ceux de l'ONU et de l'OSCE, en vue d'une solution pacifique et durable des conflits en Géorgie. Il invite le secrétaire général/haut représentant, en liaison avec la Commission, à préparer à ce sujet des propositions, en vue de la réunion informelle d'Avignon les 5-6 septembre prochains ».

De nombreux ministres, à l'instar du Britannique David Miliband, ont ressenti la nécessité d'évoquer les principes de l'OSCE, à commencer par le respect de l'intégrité territoriale de la Géorgie. Cette insistance fait notamment suite aux déclarations du président Nicolas Sarkozy à Moscou, qui a jugé « normal » que « la Russie veuille défendre les droits des russophones » hors de son territoire. Dans ses conclusions, le Conseil rappelle que « une solution pacifique et durable des conflits en Géorgie doit être fondée sur le plein respect des principes d'indépendance, de souveraineté et d'intégrité territoriale reconnus par le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies ».

« Maintenant tout est à faire », a déclaré Bernard Kouchner à l'issue de la réunion du Conseil, en reconnaissant que l'accord en six point est « un texte de compromis forcément imparfait », un texte qui résume des principes et qui doit maintenant être traduit dans un texte de nature juridique par le Conseil de sécurité des Nations unies et mis en œuvre effectivement sur le terrain. Pour le ministre français des Affaires étrangères et président du Conseil, il s'agit « d'impliquer l'UE dans la résolution pratique du conflit sur le terrain ». La résolution du Conseil de sécurité devrait encore être adoptée sous présidence belge, c'est-à-dire avant la fin du mois d'août, a dit le ministre qui a évoqué l'envoi de « moniteurs, de contrôleurs, de facilitateurs ou de médiateurs européens » sur le terrain.

« Nous resterons engagés », a promis Javier Solana en parlant de différentes contributions de l'Union européenne: le soutien des équipes d'observateurs de l'OSCE, la préparation d'un déploiement de personnels sur la base d'une résolution du conseil de sécurité, la recherche d'un règlement politique. Le Haut représentant de l'UE souhaite « avoir tout ça d'ici au Gymnich » (la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l'UE qui se tient à Avignon début septembre: NDLR).

Le Conseil a demandé à la Commission de veiller à la coordination de l'aide humanitaire européenne et de lui faire rapport sur les besoins de reconstruction lors de sa prochaine session. Devant la presse, le commissaire Olli Rehn a rappelé que la Commission avait débloqué dès dimanche une aide humanitaire d'urgence d'un montant d'un million d'euros. Celle-ci pourrait être portée par étapes jusqu'à dix millions.

Lors des discussions, tous les ministres ont apporté leur soutien à l'action de l'OSCE et à l'application effective du plan en six points. La plupart d'entre eux ont précisé que leurs pays étaient prêts à contribuer à l'envoi des personnels nécessaires. David Miliband, a estimé que les Nations unies et l'OSCE devaient jouer un rôle de premier plan afin de « s'assurer qu'il y ait une présence internationale adéquate ». Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a soutenu l'envoi d'observateurs, ajoutant que l'UE devrait éviter de se lancer dans le jeu des imputations de responsabilités et se concentrer sur la manière de jouer un rôle constructif pour stabiliser son propre voisinage et maintenir le contact tant avec Moscou qu'avec Tbilissi. Une position qui tranche nettement avec celle du secrétaire au Foreign Office prompt à évoquer une remise en cause des négociations sur un nouvel accord de partenariat que l'UE vient d'engager avec la Russie. A sa demande, les vingt-sept devraient discuter de la poursuite des négociations lors du prochain Gymnich.

A son arrivée, le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, a dit douter que Moscou autorise la présence d'observateurs européens dans les zones qu'il contrôle. « Rien n'indique que les Russes admettront quelqu'un d'autre. Je n'y crois vraiment pas, actuellement les Russes contrôlent fermement la situation », a-t-il observé.

Par ailleurs, le président polonais Lech Kaczynski a critiqué mercredi le plan de paix présenté par son homologue français Nicolas Sarkozy à la Russie et à la Géorgie, en réclamant qu'il inclue le droit à l'intégrité territoriale de la Géorgie. « Nous avons entendu parler des conditions de la suspension des opérations dans lesquelles il n'y a pas un mot sur l'intégrité territoriale de la Géorgie », a regretté Lech Kaczynski, devant la presse à Tbilissi. « C'est une région où l'on voit bien ce que valent les initiatives formulées dans un papier dicté loin d'ici, quelque part dans le Nord. Cela ne vaut rien », a encore dit le président polonais cité par l'AFP. Il a exhorté les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, réunis à Bruxelles, à faire preuve de plus de fermeté face à la Russie. « Le conseil des ministres de l'UE devrait prendre une position beaucoup plus décidée. J'appelle à ce qu'on le fasse », a-t-il dit.

Le président polonais a aussi appelé les Etats-Unis à garantir la sécurité de la Géorgie. « La nation géorgienne, et d'autres voisins, ont droit eux aussi à la sécurité. Si notre grand allié veut continuer à jouer le rôle de grand leader mondial, c'est l'endroit pour le démontrer », a affirmé Lech Kaczynski. « Je veux appeler le président Bush et ses collaborateurs à le faire ». Le président polonais s'était rendu mardi à Tbilissi en compagnie de ses homologues ukrainien, lituanien, estonien et du Premier ministre letton.

Tbilissi et Moscou avaient donné leur accord de principe, mardi 12 août, à un plan de paix préparé par la Présidence française de l'Union européenne. Le président français Nicolas Sarkozy, président en exercice de l'Union européenne, et son homologue géorgien Mikhaïl Saakachvili se sont entendus mardi soir sur une version amendée d'un plan de paix en six points, approuvé par le président russe Dmitri Medvedev. Dans la matinée de mardi, Dmitri Medvedev avait ordonné l'arrêt des opérations militaires en Géorgie, juste avant l'arrivée à Moscou de Nicolas Sarkozy. Mais mercredi, Russes et Géorgiens s'accusaient toujours mutuellement de tirs et ou de bombardements sporadiques.

Le plan, accepté mais pas signé par les deux parties, prévoit: - la fin des activités militaires ;
- l'engagement des parties à ne plus recourir à la force ; - l'accès de l'aide humanitaire ; - le retrait des forces russes sur leurs positions initiales ; - le retour des unités géorgiennes à leurs cantonnements. Son sixième point a été amendé à la demande de Saakachvili. Les "négociations" internationales prévues par le plan Sarkozy sont devenues des discussions. Elles ne porteront pas sur le statut futur de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, mais sur les "conditions de stabilité et de sécurité" des deux provinces séparatistes géorgiennes. Moscou a validé cette modification.

Les dirigeants de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud ont d'ores et déjà rejeté l'idée de négociations avec la Géorgie, accusant Tbilissi de « génocide », a rapporté mercredi l'agence russe Interfax depuis Soukhoumi, la capitale abkhaze. « Avec les organisateurs d'un génocide on ne discute pas (...) seuls les juges d'un tribunal international peuvent parler avec eux », a lancé Edouard Kokoïty, le dirigeant de l'Ossétie du Sud, coeur du conflit actuel entre Russes et Géorgiens. « Il n'y aura plus aucune négociation avec la Géorgie », a estimé le président abkhaze, Sergueï Bagapch, « on ne mène pas de négociations avec les criminels d'Etat, on les juge ».

L'offensive géorgienne, le 8 août, et la réaction russe n'ont pas surpris tout le monde. Un Think Tank polonais avait averti de l'imminence d'une conflagration (voir notre publication spécialisée Europe Diplomatie & Défense N° 152). Le conflit a entraîné une mobilisation rapide des Nations unies (réunions du Conseil de sécurité), de l'Union européenne (appels au cessez-le-feu du Haut représentant Javier Solana, envoi du président du Conseil et ministre des Affaires étrangères français dans la région, réunions du Comité politique et de sécurité et du COREPER mardi à Bruxelles), de l'OSCE (déplacement du président en exercice, le ministre finlandais des Affaires étrangères Alexander Stubb), du Conseil de l'Europe (visite du président du Comité des ministres, le Suédois Carl Bildt et du secrétaire général, le Britannique Terry Davis). A l'OTAN, le secrétaire général, Jaap de Hoop Scheffer, a condamné le caractère disproportionné de la réplique russe et reçu, mardi à Bruxelles, la ministre géorgienne des Affaires étrangères, qui a pris part à une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord.

Manifestant pour la première fois concrètement leur désapprobation, les Etats-Unis, accusés par la Russie de soutien à l'offensive géorgienne, ont annulé mardi des manœuvres navales conjointes avec la Russie, qui devaient avoir lieu la semaine prochaine dans l'océan Pacifique avec des navires français et britanniques. « Il est tout à fait impossible, en toute conscience, que nous puissions maintenir des manœuvres navales conjointes, compte-tenu de la situation de crise », a déclaré à Reuters un haut responsable américain de la défense, qui s'exprimait sous le sceau de l'anonymat, aucune annonce officielle n'ayant encore été faite. (O.J.)