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Bulletin Quotidien Europe N° 9061
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Energie: quelques espoirs pour l'Europe après le Sommet de Londres, mais …

Un premier pas est franchi. Ce n'est pas par hasard que cette rubrique d'hier a été consacrée à un aspect du problème de l'énergie. Quelque chose s'est passé au Sommet de Londres; pour la première fois peut-être, on a constaté un mouvement explicite de plusieurs Etats membres, au niveau le plus élevé, en faveur d'une politique énergétique commune. Certes, ce n'est pas jeudi dernier que les gouvernements ont découvert le rôle et l'importance de l'énergie pour l'Europe: mais de là à parler d'une politique européenne, il y avait une distance qui paraissait infranchissable: une certaine coopération, quelques mesures coordonnées, des règles uniformes pour le stockage obligatoire, d'accord, mais il n'était pas question, à ce niveau, d'aller plus loin. Au Sommet de Londres, quelques chefs de gouvernement ont franchi le pas, et pas seulement ceux que l'on pouvait attendre (voir notre bulletin n. 9059).

Jacques Chirac n'a pas prononcé les mots « politique commune », mais il a parlé de « mettre en place une politique énergétique permettant notamment de sécuriser et diversifier les approvisionnements ». Il est plus que vraisemblable que le président français a en tête seulement des actions intergouvernementales. Mais Guy Verhofstadt a été plus loin, en parlant explicitement d'une responsabilité qui revient d'abord à la Commission européenne: « Il ne faut pas confier ce travail à un groupe d'experts des Etats membres, c'est au commissaire responsable de l'énergie de le faire. Le rôle important dans ce domaine doit revenir à la Commission.» La surprise, toutefois, est venue de Tony Blair. La veille du sommet, devant le Parlement européen, il avait inclus la politique énergétique commune parmi ses priorités ; et le jour suivant il l'a logiquement répété devant ses collègues. Tout aussi logiquement, les journalistes l'avaient ensuite interrogé sur ce changement de cap, il a répondu en justifiant son opposition d'hier par la crainte que la Commission envisage de réglementer tout le secteur, alors qu'à son avis, il est aujourd'hui clair que l'objectif est de réaliser l'interconnexion des infrastructures (oléoducs, gazoducs, réseaux électriques) en rendant plus efficace et compétitif le réseau global, à l'avantage de la sécurité de l'approvisionnement et des utilisateurs. Cet objectif est tellement évident que le Premier ministre britannique n'avait pas à craindre d'oppositions: qui contesterait l'utilité de connecter l'ensemble des réseaux énergétiques européens en réduisant les risques de crises ainsi que le coût de l'énergie pour les consommateurs, qu'ils soient les utilisateurs industriels ou privés ?

Un commissaire qui voit loin. J'ignore évidemment si le président de la Commission a donné à Tony Blair quelques assurances sur la modération de ses intentions, et si éventuellement lui-même est en réalité plus ambitieux que ce qu'il a dit aux journalistes à Londres (où la concentration d'anti-européens est vigoureuse). Mais les objectifs confirmés par le commissaire européen à l'énergie immédiatement après le Sommet sont autrement ambitieux. Andris Piebalgs, en s'exprimant le 28 octobre dans la capitale islandaise Reykjavik, à la conférence ministérielle de la BSREC (Baltic Sea Region Energy Cooperation), a exposé un plan global européen en cinq points, tous déjà connus mais qui prennent un poids différent à la lumière des avancées des chefs de gouvernement. La première initiative est celle qui a tellement impressionné Jeremy Rifkin, l'Américain qui admire l'Europe, les économies d'énergie (voir cette rubrique d'hier). Le deuxième point concerne le développement des sources d'énergie alternatives et «amies de l'environnement», un domaine où le caractère européen (au lieu des initiatives nationales éparses) pourrait jouer un rôle essentiel. Le troisième point concerne la transparence et la prévisibilité du marché du pétrole, élément fondamental mais qui devra faire face à l'opposition ouverte ou sournoise de ceux qui profitent de la situation actuelle. Le quatrième est l'approfondissement du dialogue entre producteurs et consommateurs de pétrole, impliquant un dialogue spécifique avec l'OPEC. Le cinquième volet est interne à l'UE qui doit se mettre en condition de réagir rapidement et efficacement aux situations d'urgence. S'ajoute à ces initiatives tout ce que l'Europe peut faire si elle est unie et qui dépend essentiellement d'autres commissaires: il suffira de citer la recherche.

Divergences profondes. Il faut toutefois se méfier de tout optimisme facile. Ce ne sont pas seulement les réticences politiques à la mise en commun de certaines compétences et le poids des intérêts financiers en jeu qui invitent à la prudence, mais aussi la constatation des divergences profondes au sein de l'UE elle-même sur le contenu de la politique commune à développer: soutien et en même temps fermes oppositions à la relance de l'énergie nucléaire ; polémiques sur l'efficacité et la faisabilité du développement de l'énergie éolique et solaire dans un continent en Europe où les espaces sont limités ; méfiance à propos du trajet de certains grands oléoducs futurs…Ce sont de vrais problèmes: il faut oser en parler. (F.R.)

 

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