Le dialogue qui s'est déroulé mardi entre Eneko Landaburu, directeur général "relations extérieures" de la Commission européenne, et les parlementaires responsables du même secteur, me suggère quelques autres considérations au-delà de celles relatives à la situation au Kosovo (voir cette rubrique d'hier). Si l'une ou l'autre question laissait apparaître une connaissance approximative des positions de l'UE (ce qui n'est pas étonnant de la part des parlementaires fraîchement élus), l'attitude générale indiquait la volonté du PE de jouer un rôle croissant dans la définition et la conduite des relations de l'Union avec les pays tiers.
Une intervention militaire au Soudan? Personne ne s'étonnera si la situation au Soudan a été évoquée par plusieurs parlementaires, parfois avec des accents dramatiques qui anticipaient le débat approfondi de jeudi avec l'ambassadeur soudanais (voir notre bulletin d'hier, pp.4/5). Ce qui se passe là-bas est inacceptable, et M.Landaburu a été clair à ce sujet, comme indiqué dans notre bulletin du 29 juillet, p.3. Ce qui m'a frappé, c'était la détermination de certains parlementaires. La suédoise Cecilia Malmström a utilisé le terme de génocide et a réclamé une intervention militaire de l'UE sur place. M.Landaburu considère que la dernière prise de position du Conseil a représenté une "prise de conscience" de la gravité et du caractère inadmissible de la situation, et il a ajouté que si les autorités de Khartoum ne respectent pas leurs engagements, l'Union doit prendre d'autres mesures, et agir sans exclure une intervention militaire. Il a toutefois souligné que ceci ne dépend pas de la Commission, car nous sommes dans le domaine de l'intergouvernemental. Il avait l'air de le regretter. Si c'est le cas, je ne le suivrai pas tout à fait dans ce regret, car j'estime que les décisions sur la paix et la guerre reviennent de droit aux gouvernements et aux Parlements nationaux. Il n'est pas pensable d'outrepasser ce qui est prévu par la Constitution, c'est-à-dire le concept du ministre des Affaires étrangères de l'UE, qui sera vice-président de la Commission et en même temps lié au Conseil. Tout dépend du vote de l'ONU, car l'UE doit respecter le principe du multilatéralisme qui est le pilier de la doctrine européenne (PESC). Je ne crois pas que les déclarations de Khartoum, affirmant que toute intervention militaire éventuelle serait considérée comme une agression, doivent décourager la fermeté de l'UE, à la condition qu'il soit bien clair que l'objectif n'est pas, comme c'était le cas en Iraq, d'imposer un changement de régime, mais de protéger la population noire.
L'Ukraine dans la bonne direction. À propos de l'Ukraine, j'ai trouvé étrange que certains parlementaires aient considéré que les propos de M.Koutchma, annonçant que son pays renonce à l'adhésion à l'UE et à l'OTAN, représentent un échec de la "politique de voisinage" de l'Union. C'est le contraire qui est vrai, car cette politique vise justement à établir des relations étroites de partenariat avec les pays avec lesquels l'adhésion ne serait pas un objectif raisonnable. La nouvelle orientation ukrainienne va donc dans la bonne direction, et il me semble positif que ce pays entende s'orienter vers le rétablissement d'une amitié renforcée et davantage de coopération avec son grand voisin russe.
M. Poutine met dans l'embarras les investisseurs privés. Interrogé sur la politique de M.Poutine et l'affaire Yukos, M. Landaburu a reconnu que les investisseurs privés potentiels s'interrogent et hésitent avant d'investir en Russie. La démarche de la Commission à Moscou demandant au premier ministre Fradkov d'indiquer si l'orientation vers l'économie de marché est confirmée (voir notre bulletin déjà cité), vise à obtenir des assurances permettant de surmonter les doutes des investisseurs européens. Toujours à propos des relations avec la Russie, M.Landaburu a confirmé que Moscou n'a toujours pas ratifié les accords avec les pays baltes relatifs aux frontières; la Commission évoque ce point dans toutes ses rencontres avec Moscou. Quant à Kaliningrad, les discussions se poursuivent et elles sont "longues et parfois pénibles".
Autres sujets. À propos des financement de l'Union à l'Autorité palestinienne, M.Landaburu a reconnu qu'il existait un flux d'argent sans que l'on sache très bien "où il finissait", et que certains médias ont dénoncé des fraudes. Mais maintenant un système de contrôle efficace a été, à son avis, mis en place.
M.Landaburu a en outre indiqué que: a) la création éventuelle d'une délégation de la Commission à Bagdad sera décidée en octobre. Certains Etats membres font pression, mais les problèmes de sécurité doivent être attentivement examinés; b) l'objectif des négociations avec le Mercosur demeure celui d'une zone de libre-échange. Si cette affirmation représente un signe obligatoire de respect formel aux règles de l'OMC, je m'incline. S'il signifie la confirmation d'un objectif réel, je confirmerais toutes mes réserves; d) la situation en Biélorussie est préoccupante car "la liberté et la démocratie se meurent". Des messages clairs ont été envoyés de Bruxelles aux autorités de ce pays. (F.R.)